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Le calcul du Temps est important. Ce Temps comportant et comptant le temps de chaque être et de chaque chose. Ainsi, le temps est un contenant stagnant aux contenus épisodiques. Des contenus déterminés par un début et une fin. L’intervalle entre le début et la fin peut paraître long ou court, selon son déroulement utile ou nuisible, agréable ou désagréable, amusant ou stressant.
Donc, le temps se mesure par la période et se conjugue au passé, au présent et au futur.
Vers la fin de l’année passée, je suis allé à Bamako (Mali) pour y passer mes vacances. Précisément le 20 décembre 2008 à 08 heures du matin, ma grande sœur et moi, à bord d’une auto personnelle, nous avons pris la direction de Kankan (Guinée) pour rendre visite à notre mère.
Le trajet Bamako-Kankan, nouvellement bitumé, s’effectuait aisément entre 5 et 6 heures de temps. Lors de notre passage du côté malien puis guinéen de la frontière (Kourémalen), les agents de la douane, de la police et de la gendarmerie ont été agréables dans l’exercice de leurs tâches. De cette frontière à Kankan directement, il n’y a pas de poste de contrôle.
Avec notre mère et une autre grande sœur, nous avions prévu de quitter Kankan dans la matinée du 23 décembre vers 9 heures. Mais, la veille, suite à l’annonce officielle de la mort du président Lansana Conté, cet appel du Premier ministre aux forces de défense et de sécurité pour : « assurer la sécurité aux frontières et le calme à l'intérieur du territoire national», a précipité notre départ. Quand nous avons démarré à 4 heures 30 du matin, le reste de la famille s’inquiétait pour moi, le vacancier. C’est dans cette atmosphère de nervosité que je conduisais ma mère et mes deux grandes sœurs.
Vers 8 heures, nous avons entendu à la radio, l’annonce d’un coup d’État militaire, sans nomination de la tête dirigeante. Nous étions à moins de 10 minutes du barrage frontalier. Le remplissage de mes formalités de passage a été lent à cause des discussions et des interrogations entre agents de services frontaliers sur la non identification du principal auteur de ce coup de force. Heureusement pour moi, nous avons traversé la frontière sans pépins.
En ce lundi 27 avril 2008, nous sommes à 4 mois et 4 jours du déclenchement de cet évènement. Pendant cette période, beaucoup de choses ont été apprises sur l’identification, l’orientation et les actions des nouveaux dirigeants guinéens, regroupés au sein d’un Conseil National pour la Démocratie et le Développement(CNDD) que commande le capitaine Moussa Dadis Camara.
Je trouve nécessaire de faire une brève mais sincère analyse contextuelle de la situation sociopolitique de la Guinée, avant la récupération du pouvoir par la junte actuelle.
Pendant un peu plus d’un demi siècle (de son indépendance en 1958 jusqu’à maintenant), cette Guinée n’a jamais expérimenté la pratique d’une démocratie pluraliste, favorable aux élections libres et transparentes.
En 26 longues années de règne sans partage (1958-1984), le président Ahmed Sékou Touré, très autoritaire, a pu au moins protéger son peuple contre toute dégénérescence culturelle et empêcher à ses autorités politico administratives de pratiquer impunément la délinquance financière.
Quant à la période (1984-2008) des 24 ans de pouvoir du général président Lansana Conté, elle a largement contribué à la dépravation lamentable des valeurs culturelles, à l’institutionnalisation de la corruption et la concussion, à la prolifération des narcotrafiquants et surtout à l’aggravation alarmante de la pauvreté des populations.
Tel est le déplorable environnement socioculturel et politico-économique dans lequel pataugeait l’écrasante majorité des guinéens quand ont surgit les membres du CNDD. Leur chef, le capitaine président de la république a promis, dès ses premiers discours et entrevues, que lui et ses compagnons ne seront que des arbitres lors des prochaines élections démocratiques.
Question de transition
À mon avis, la transition est une période d’érection d’un État anormal qui se transforme en un État intermédiaire entre l’État défait et l’État à faire. Ainsi, le chef investit d’un État intermédiaire a le devoir de faciliter l’instauration d’un nouvel État issu d’élections populaires libres et justes.
Donc, à la lumière de cette réalité, la Guinée est dans une difficile période de transition menée par le CNDD qui doit être accompagné par les partis politiques, les forces vives de la nation et la communauté internationale.
Apparemment, les bonnes intentions de collaboration avaient été bien exposées entre les accompagnateurs et le meneur (CNDD) lorsque, dans son premier discours du 27 décembre 2008, le capitaine président Moussa Dadis Camara a rendu hommage aux responsables politiques ainsi : «Je lève mon béret pour vous » et ajoute «Vous pouvez avoir des postes clés au futur gouvernement», pour ensuite affirmer son intention de nommer «un premier ministre civil».
Le nouvel homme fort a surtout demandé aux partis politiques et aux partenaires sociaux de faire « des propositions de programmes de société. Je vous confie cette tâche», a-t-il dit.
Les dirigeants de ces différents secteurs ont tous accepté de tenir cette main tendue du dirigeant du pays. Entre les deux parties, d’autres rencontres se sont déroulées.
Mais, c’est sous une forte et constante pression interne et externe pour le raccourcissement du délai des élections, que le capitaine président et son équipe dirigeante ont cédé, le 7 février dernier, en publiant ce communiqué :
«Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) engage le ministre de l'Administration du territoire et des Affaires politiques et le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) à respecter les engagements pris devant le peuple de Guinée et la Communauté internationale, d'organiser des élections libres, transparentes et crédibles pendant le dernier trimestre 2009», que l’AFP a relayé et commenté ainsi : «Au lendemain de leur putsch, les militaires avaient d'abord promis d’organiser des élections libres fin décembre 2010", mais les partis et les organisations internationales avaient jugé ce délai beaucoup trop long».
Ces mêmes groupes de pression ont accentué leur exigence jusqu’à obtenir des nouveaux dirigeants, la future création d’un CNT (Conseil National de la Transition) et l’approbation d’un chronogramme des élections.
Cette annonce a été aussi faite dans les médias dont la RTG, le 28 mars :
« Communiqué no 50 du CNDD. Suite à la 2ème réunion du groupe de contact international, le président du CNDD a reçu, le 28 mars 2009, des forces vives (partis politiques, syndicats et sociétés civiles), leur proposition datée du 17 mars, portant sur la gestion de la transition et assortie d’un chronogramme : … Mai-juin 2009, correction et publication du fichier électoral; juillet-août, confection et distribution de car te électorales; septembre, adoption par Ordonnance de la Loi fondamentale révisée; 11 octobre, élections législatives; 13 décembre, 1er tour des élections présidentielles; 27 décembre, 2ème tour des élections présidentielles. En tout état de cause, l’élection présidentielle mettant fin à la Transition, doit se tenir au plus tard fin 2009…Le CNDD adhère à cette proposition sus-mentionnée… Signée le Président de la République, Moussa Dadis Camara.»
Pourtant, quelques heures après confirmation de son titre de Président de la République, suite aux capitulations du Président de l’Assemblée Nationale et du Premier ministre, Moussa Dadis Camara avait dit et répété qu’il organisera les élections libres et transparentes en décembre 2010.
Cette promesse a été réitérée dans cet extrait d’une entrevue que le nouveau Chef d’État a accordé à Jeune Afrique, le 25 décembre 2008 :
« - Allez-vous rendre le pouvoir, comme vous l’avez promis, en décembre 2010 ?
- Absolument.
- À cette date, vous n’aurez que 46 ans et vous aurez goûté, pendant deux ans, aux facilités et honneurs liés au pouvoir. Vous pourriez changer d’avis…
- Je n’ai jamais été animé par l’ambition d’exercer le pouvoir. Je ne crois pas que je changerai d’avis. Et puis, il faut tenir compte des réalités de notre temps. Ce qui s’est déroulé dans le passé n’est plus possible aujourd’hui ».
Ainsi coincé entre ces deux échéances électorales, 2010 du CNDD et 2009 des forces vives, l’homme se sentait inconfortable dans son fauteuil de commandement suprême.
Coïncidence ou manigance, le 29 mars, une titanesque manifestation juvénile de soutien au CNDD, organisée au stade de football par le gouverneur de Conakry, a permis aux très nombreux participants de scander, devant le président, l’année 2010 pour les élections.
Face aux choix de fin 2009 ou 2010, le président a souligné, dans un discours le même jour, «l'organisation d'une plate-forme, de concertation Nationale ou d'un forum».
Depuis ce discours, d’énormes appréhensions et incompréhensions ont continué à planer sur la périodicité, la modalité et la fiabilité de ce processus de transition. C’est dans de tel climat de tension et de suspicion que le militaire-président s’est adressé, le 15 avril dernier, aux responsables des partis politiques : «S'ils ne reconnaissent pas le CNDD, comme nous les avons reconnu, s'ils ne mettent pas de l'eau dans leur vin, je vais ôter la tenue et je vais me présenter aux élections prochaines contre eux. »
Même si le général, Mamadouba Toto Camara, Ministre de la Sécurité et vice-président du CNDD a réaffirmé, ce lundi 27 avril à Bruxelles, que : « la transition prendra fin comme prévu par des élections en décembre 2009», le doute n’est pas encore dissipé.
Question de transaction
Vue dans son angle sociopolitique, je considère la transaction comme un moyen par lequel, les différentes parties font cessation de confrontation et de contestation, pour faire des concertations et des concessions réciproques.
Mais, chaque acteur, pour participer à une telle transaction, doit être animé d’un esprit de tolérance et surtout de patriotisme.
Force est de reconnaître que le capitaine Moussa Dadis Camara et son équipe CNDD, ont fait preuve de témérité, d’opiniâtreté, de probité et surtout, de perspicacité dans leurs efforts constants de reconstruction économique, démocratique, bref, nationale de la Guinée.
Cette Guinée est dans une période très critique de son temps du Renouveau. Oui, il ne s’agit pas d’une rénovation, mais plutôt d’une reconstruction, du soubassement à la toiture, dont la Guinée a besoin.
Selon les réalités sur le terrain, si les élections se font en décembre 2009, elles seront bâclées. 2010 est convenable pour deux principales raisons :
Il faut éviter de faire la construction dans la précipitation qui élève le risque d’effondrement des bâtiments aux moindres intempéries.
Il faut donner la chance à l’Entrepreneur, Moussa Dadis Camara, aux maçons et aux manœuvres du CNDD, d’effectuer leurs travaux publics dans le délai raisonnable de décembre 2010, qu’ils ont librement promis devant l’opinion nationale et internationale.
Je pense que maintenant, la priorité doit être donnée à la transaction facilitant la transition, pour une construction admirable et durable, dans l’intérêt de toute la Guinée.
Laciné Diawara
Ecrivain et animateur de radio à Montréal
pour www.guineeactu.com
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