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Depuis que le gouvernement de consensus de Lansana Kouyaté nommé sous la pression populaire par le régime agonisant de Lansana Conté a repris à son compte l’idée d’audit des syndicalistes guinéens, de Dadis Camara et ses fameux shows en passant par Sékouba Konaté jusqu’à AC, les audits sont devenus tour à tour un leitmotiv pour tous les gouvernements successifs. Et ces derniers temps, l’on en parle de plus en plus au sommet de l’Etat. Nécessité ou alibi ? Pourquoi, au fait, nos dirigeants ne cessent d’en parler ? Quelle faisabilité surtout ?
Rappelons toutefois que les syndicalistes guinéens ne sont pas les initiateurs du concept d’audit, tout en droit qu’ils étaient dans leurs revendications légitimes d’amélioration des conditions de vie difficiles concomitamment à la montée de la gabegie et à l’insolente exubérance du faste et du laisser – aller du gouvernement de l’époque. La pratique était plus ou moins connue en Guinée. Elle a pris de l’ampleur dans les PVD suite au gonflement de la dette, grâce notamment à l’action des mouvements altermondialistes qui ont exigé soit une annulation pure et simple de la dette des pays du tiers-monde ou soit « de procéder à des audits de leurs dettes publiques contractées auprès des institutions financières internationales, pour avoir une idée du pourcentage de leur dette illégitime ». Depuis, la pratique a été encouragée par les institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale, FMI) ou sur initiative des PVD eux-mêmes soucieux de montrer patte blanche afin de se faire octroyer les subsides des institutions financières internationales et d’améliorer leur image retorse de sanctuaire de la mal gouvernance et de la corruption. A titre d’exemple, le Sénégal a fait des audits un exercice quasiment annuel, L’Equateur en 2006 après l’élection d’un nouveau président Rafael Correa a pu suspendre en bonne et due forme le paiement de sa dette au FMI et à la Banque Mondiale après que des audits eurent démontré qu’environ 90% de la dette publique du pays sur une période de 30 ans était « illégitime » (pas conforme aux droits international et national), tandis que le Brésil leur a conféré un statut constitutionnel.
En somme, l’apport des audits peut être bénéfique pour l’appareil administratif et économique d’un Etat : Prévention contre les malversations financières de toutes sortes, les dilapidations des ressources publiques, les vols de deniers publics, les détournements scandaleux, la corruption, l’impunité, la délinquance financière, « d’autres types d’illicéité », etc., dissipation des soupçons de fraude ; ce qui pourrait inculquer à la longue la culture de la bonne gouvernance. Plus un budget est bien géré, plus c’est un gage de crédibilité auprès des investisseurs internationaux et un facteur d’attractivité de capitaux des IDE. Des « audits citoyens » équitables et impartiaux peuvent être « un instrument de contrôle démocratique », de bonne gouvernance politique et financière, et donc de progrès.
Encore que cela, pour se matérialiser, présuppose au préalable un cadre étatique sain et viable (un vrai Etat de droit !!!)
Cependant :
1° Quelle fiabilité accorder aux rapports d’audits dans un pays où l’archivage des données (collecte, enregistrement manuel ou numérique) n’est pas une habitude ?
2° Compte-tenu du fonctionnement erratique de l’Etat guinéen, quelle garantie y a-t-il qu’on ne retombe pas dans les mêmes travers financiers et la même incurie d’autrefois dans la gestion de la chose publique ?
3° Ne serait-il pas plus indiqué de s’attaquer aux racines du mal que d’en combattre les effets par la mise en place de vrais mécanismes fonctionnels de comptabilité, de gestion des biens publics, de contrôle et de sécurisation de l’argent public ?
4° Quel crédit accorder à AC entouré de bien du monde pas étranger au pillage économique et financier de la Guinée ?
5° Tel qu’envisagé par le gouvernement, ne nous dirigeons-nous pas plutôt tout droit vers des « audits (politiques) chercheuses de têtes » vu le mépris public affiché par AC contre les opposants politiques qu’il qualifie de « charlatans » (notamment El hadj Cellou Dahlein Diallo) et des législatives qui se profilent que vers des audits réels ?
6° Quel impact social de la mesure dans un contexte de « tissu social en lambeaux » ? Les audits ne risquent-ils pas de faire plus de mal que de bien en compromettant résolument la réconciliation nationale envisagée ? Quand on sait que le bouillant capitaine Dadis Camara lui-même avait sursis aux audits, sur demande des sages, afin d’éviter des tensions sociales.
7° Pourquoi réclamons-nous que des audits financiers ? Il n’y aurait que l’argent qui nous importe ? Pourquoi pas des audits du social ? De l’armée ? De l’éducation nationale ? De la politique ? La mort du jeune Zakariaou Diallo ? L’affaire Pinet ? La présidentielle du 07 Novembre ? L’éviction du Dr Koureissy Condé du poste de médiateur national ? La violation récente du domicile de Cellou Dalein par des éléments de l’armée ? Entre autres. Quid de ce qui s’est passé sous les gouvernements précédents ? N’y a-t-il pas de risque que cela soit partiel et même partial ? Compte-tenu du fait que notre volonté est manifeste de situer les responsabilités pour enfin savoir « qui a fait quoi dans ce pays ».
A mon avis toutes ces questions devraient être résolues avant tout éventuel audit.
Des audits publics oui ! Absolument oui pour des audits. «Nous exigeons (même) des audits, vite ! » Mais par qui ? Et à quelle fin ?
Oury Baldé
www.guineeactu.com
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