mardi 23 février 2010
Quelques questions posées à Monsieur Pierre A.S. Fofana, Président du RRR
Pierre Seny Fofana

1 - Présentez-vous à nos internautes

Je vous remercie pour votre invitation. Je saisis l’occasion pour adresser mes salutations à vos nombreux internautes à travers le monde, aux Guinéens et aux amis de la Guinée.

En effet je suis Pierre Seny Fofana, Président du Rassemblement pour le Renouveau de la République. Marié, père de famille, juriste de formation, je suis gestionnaire des finances dans une grande entreprise publique à caractère industriel et commercial à Paris. Décoré de la médaille d’honneur du travail décernée par Mr Jean Louis Borloo ministre français des Transports, j’ai dédié cette distinction aux jeunes Guinéens, aux enseignants et personnels d’encadrement notamment des écoles du Centre, de la Corniche et du lycée du Château d’eau dans Kaloum (Conakry).

2 - Au moment de recevoir votre distinction, quel sentiment a traversé votre esprit ?

Dans ces moments d’émotions, mes souvenirs se sont focalisés sur le train Conakry – Niger. L’autorail qui autrefois, à travers plaines, collines et montagnes, le long du fleuve Milo et des chemins escarpés, s’ébranlait à la cadence du « Yankady endiablé », vers la gare de Kankan dont le Buffet était le lieu mythique de retrouvailles de jeunes vacanciers enthousiastes. 622 Kms de voies ferrées aujourd’hui disparues.

3 - Quelle différence faites-vous entre votre parti les 3R et les autres forces politiques du pays ?

Le Rassemblement pour le Renouveau de la République est un Parti novateur comme indiqué dans notre programme politique. Il est à la confluence des générations, la passerelle entre la sagesse des aînés, la vitalité de la jeunesse et le dynamisme des femmes. C’est la rencontre de la diaspora constructive et consciente des enjeux et du potentiel des forces endogènes désireuses de jeter les bases de la renaissance guinéenne à partir de nos propres paradigmes. Notre Parti se nourrit des aspirations légitimes de notre peuple, des identités culturelles fortes, des atouts économiques exprimés dans un espace sous régional et régional d’échanges et de partages. Le RRR favorise une coopération internationale fondée sur l’équité, le respect de notre souveraineté, le dialogue des cultures. Il se veut le trait d’union entre notre passé glorieux, les incertitudes du présent et un futur radieux. Notre démarche est éthique, notre vision de la société guinéenne est globale et non étriquée, notre idéal est panafricaniste et humaniste.

4 - Dans votre déclaration politique datant du 3 février 2010, vous déclarez que l’accord de OUAGA désignant un premier ministre issu des FORCES VIVES ne représente en rien le paysage politique de notre pays, alors vous mettez-vous déjà dans l’opposition au futur gouvernement de transition ?

Nous observions à l’époque des insuffisances dans ces accords que nous avions dénoncés. Entre autres, les critères de choix du Premier ministre de transition. Force est de constater que le discours du 6 janvier 2010 du Président par intérim le Gal Konaté est venu altérer des ardeurs hégémoniques en ouvrant la concertation à l’ensemble des forces politiques et sociales du pays. En ce sens, nous relevons avec satisfaction que le Gouvernement du 15 fév. 2010 est plus proche de l’esprit et de la lettre du discours du Président par intérim que des accords de Ouaga stricto sensu. Nous excluons toute forme d’opposition systématique. Aussi longtemps que ce gouvernement présentera une physionomie d’union nationale, aussi longtemps qu’il recherchera le consensus par le dialogue, qu’il sera fidèle à sa feuille de route, nous demeurerons une structure de veille et d’alerte, une force alternative de réflexions, de propositions et d’actions. Les lourds sacrifices consentis par notre peuple ne seront pas bradés sur l’autel des jeux d’intérêts sordides ou des enjeux de pouvoir.

5 - Quel rôle joue ou peut jouer selon vous la diaspora guinéenne dans cette situation difficile que traverse notre pays ?

La diaspora guinéenne a toujours joué un rôle de premier plan dans l’évolution socio politique et économique de notre pays. Au nom de la solidarité, elle soigne, éduque, et améliore le quotidien de nos frères et sœurs en Guinée. Elle construit des équipements communautaires. Elle monte, finance et exécute des projets dans le cadre du co-développement. Elle offre son expertise au pays dans tous les domaines. Au plus fort de la crise, elle a organisé des actions de soutien et donné un large écho par sa mobilisation à la lutte que mènent les forces du changement. Cependant, étrangement oubliée, elle n’est jamais conviée au « banquet de la victoire ». Pour autant, cela n’entame en rien son patriotisme, son engagement pour le pays. La diaspora continuera d’apporter son dynamisme, sa vitalité à l’essor du pays, au bien-être du Guinéen. Le RRR porteur des valeurs de liberté, d’éthique et de solidarité conduira avec détermination son projet intégrateur de la diaspora au profit de la Guinée.

6 Que pensez-vous du gouvernement Jean Marie Doré ?

Ce gouvernement est un savant dosage des différentes composantes de la société guinéenne. Un point d’équilibre fragile entre les différents clivages qu’il cristallise en son sein. Jean Marie Doré a gagné le pari d’un gouvernement d’union nationale de transition. En revanche, le caractère pléthorique et hétéroclite de ce gouvernement risque de compromettre à terme son efficacité. Il nous semble qu’une structure légère de 15 portefeuilles ministériels eut été plus apte à donner les accélérations nécessaires au processus de transition et à assurer un accostage en douceur dans les délais impartis. Néanmoins, le temps nous édifiera sur la pertinence des choix opérés. Gardons nous de tout jugement hâtif.

7 - Est-il raisonnable à votre avis de tenir les élections présidentielles dans 6 mois en l’état actuel des choses ?

C’est l’une des incohérences des accords de Ouaga. A notre avis, la marche forcée vers des élections présidentielles dans 6 mois n’est pas la panacée. La profondeur de la crise guinéenne exige au préalable le retour de la confiance des guinéens en leurs institutions et aux personnes qui en ont la charge. A quoi serviraient des élections qui seraient contestées le lendemain.

Le délai de 6 mois nous parait plus indicatif qu’impératif. Il appartient au gouvernement de mettre à profit ce temps, pour désamorcer les conflits latents, améliorer les conditions de vie des guinéens (eau, électricité, pouvoir d’achat), poursuivre les audits, la reforme de l’institution militaire, liquider les affaires pendantes devant les cours et tribunaux, notamment celles relatives au narco trafique, les crimes de sang et crimes économiques commis pendant la première phase de la transition, restaurer l’autorité de l’Etat. Il ne saurait y avoir de paix sans la justice ni d’élection crédible libre et transparente sans un climat de confiance.

8 - Votre parti acceptera t-il que des anciens Premiers ministres comptables de la désastreuse situation du pays se présentent au suffrage de nos compatriotes ?

En tout état de cause, les anciens premiers ministres s’ils ne sont pas responsables, sont tout au moins comptables et solidaires de la gestion calamiteuse des deniers publics pendant ces 14 dernières années en Guinée. Il ne nous appartient pas de déterminer les critères d’éligibilité. Toutefois, notre présence sur la ligne de départ démontre que l’élection présidentielle en Guinée n’est plus l’apanage d’une caste de prédateurs, ou le monopole de la confrérie des anciens premiers ministres. Au nom de quels principes faudrait-il que ce soit toujours les mêmes qui président aux destinées de la Guinée ? Nous pensons qu’il faut donner aux guinéens des possibilités de choix alternatifs.

Aussi, le libellé de votre question pose avec gravité un problème moral sur lequel je ne souhaiterais pas m’étendre. Cependant, il est paradoxal d’observer que les anciens premiers ministres candidats aux suffrages de nos compatriotes, sont issus de la fonction publique et figurent parmi les plus grosses fortunes d’un pays exsangue, sans eau ni électricité, avec un taux de chômage endémique, un niveau d’endettement exponentiel, une inflation vertigineuse, bref un pays classé (PPTE) pays pauvre très endetté. Oui ! Les Guinéens ont besoin de comprendre les raisons de la déliquescence de leur pays avant d’accorder leur suffrage.

9 - Quelles sont les conditions préalables à votre avis pour réussir cette transition ?

La réussite de la transition dépend du respect des engagements pris par les acteurs de la transition : le Président par intérim, le Gouvernement, le CNT, la CENI. Chaque entité doit jouer sa partition et en appoint, l’accompagnement technique et l’appui financier de la communauté internationale tels que prévus aux accords.

Aussi, les autorités de transition doivent amorcer dans le pays un véritable dialogue de réconciliation nationale afin d’exorciser le mal guinéen et permettre aux familles de faire leur deuil. Nous estimons que la réussite de la transition nécessite l’implication de la communauté nationale dans une démarche de vérité et réconciliation nationale ouvrant la voie au Grand Pardon. C’est à ce prix que les filles et fils de la mère Guinée dans un même élan de cœur et d’esprit réaliseront leur rêve d’une Guinée unie, forte et prospère.

10 - L’éthique et la morale en politique sont-ils nécessaires pour une bonne gouvernance ?

Affirmatif ! L’éthique ou la morale est le fil conducteur de la bonne gouvernance. Il ne saurait y avoir de bonne gouvernance sans un minimum de règles éthiques, de limites. La moralisation de la vie publique appelle au respect d’un ensemble de règles contraignantes et vertueuses, une attitude comportementale de respect de soi et des autres, de la déontologie et du bien public. La sacralité de la parole publique, le respect des engagements crédibilisent l’Etat et renforce son autorité. Le RRR met le curseur sur cette valeur essentielle qui régule et harmonise notre vouloir vivre ensemble.

11- Faut-il renouveler ou rajeunir la classe politique guinéenne

Le renouvellement de la classe politique guinéenne est une exigence des temps modernes. Les Etats-Unis viennent d’en faire la preuve avec l’élection de Barack Obama à la magistrature suprême, Rama Yade en France. Partout dans le monde s’opère un renouvellement du personnel politique dans le sens du rajeunissement de la classe dirigeante. La Guinée ne fera pas exception si elle veut intégrer la modernité. Une société qui ne se régénère pas meurt de sclérose. L’apparition de techniques modernes de communication exige des nouveaux managers, une rapidité de traitement de flux importants et complexes d’informations qui aident à la décision, des capacités d’adaptation dans un monde de plus en plus complexe et intelligent.

12 - Le mot de la fin

Le Rassemblement pour le Renouveau de la République s’inspire du vécu, de la riche expérience de la diaspora guinéenne, des atouts et des attentes légitimes de notre peuple. Ensemble, au rendez-vous du donner et du recevoir donnons-nous la main, mutualisons nos compétences, nos énergies créatrices pour le Renouveau de la Guinée. Merci.


Kaba Bachir


www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Cissé Oumar de Bma, jeudi 25 février 2010
Superbe de A à Z. Tu me donnes des complexes et je ne m`amuserai pas à donner des interviewes sans piller ton texte que j`ai déjà imprimé pour garder sous le coude.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011