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Décidemment, certains de nos compatriotes sont incorrigibles. Leurs connaissances c'est, comme dit le dicton, de la confiture. Ils prouvent que moins ils en ont, plus ils en font étalage. Comme l'ineffable M. Jourdain, personnage célèbre du Bourgeois gentilhomme de Molière, ils se piquent de faire de la prose, et ne réussissent qu'à se rendre ridicules. Nous devons à un compatriote, ci-devant défenseur des grandes réalisations PDGistes, quelques pâles copies de textes autrement sérieux parus sur le net. Nous ne lui tiendrons pas rigueur de vouloir plagier, coûte que coûte dans le fond et dans la forme (c'est discutable) ; après tout, c'est l'hommage du vice à la vertu. Notre cher "camarade" veut faire de l'esprit. C'est très bien. Encore faudrait-il en avoir pour le faire. Jeux de Beijing obligent, Il commence par nous apprendre que M. Usain Bolt serait, de par ses performances, la terreur même des guépards. Laissons-lui le soin (et le temps) de calculer la vitesse maximale atteinte sur une distance de cent mètres en neuf secondes, pour simplifier. Et la comparer avec celle d'un animal capable de pointes à cent vingt km/h sur trois cent mètres. L'habitude, dit-on, est une seconde nature. Le champion jamaïcain, à la différence du Serviteur Suprême, n'a pas besoin de thuriféraires, ou de griots, au choix. Notre compatriote voulait, semble t-il, pour une belle introduction, nous épater. C'est complètement raté. Venons en donc aux révélations qu'il nous fait, sur les grandes réalisations de la Première République. Il s'offusque "des réalisations des années 60 et 70, qu’on voudrait absolument passer sous silence pour mieux pourfendre le 1er régime". Tout un programme. Nous avons ainsi droit à une "citation en vrac et pour économiser des pages". Justement, oublions le vrac et réexaminons les grandes réalisations, en ayant en mémoire pour la même époque, celles de nos voisins (la Côte d’Ivoire et le Sénégal) et le nombre de Guinéens poussés à "voter par leurs pieds". En ne laissant pas, comme il le demande, de côté, les cinq mille tracteurs importés de Roumanie pour le développement rural, qui furent, citation," abandonnés aux quatre coins de la campagne guinéenne ". A ce premier niveau, je doute que notre frère prenne la peine de se relire : Il nous donne l'exemple type de politique mal conçue et mal exécutée tout le long de la Première République. C'est bien cela se tirer une balle dans les pieds : notre souteneur autoproclamé serait bien étonné de savoir qu'à ce jour, les Guinéens doivent toujours à la Roumanie le prix de ces tracteurs, abandonnés ou non. Heureusement que nous sommes devenus, par la force des contraintes économiques, des champions en demandes d'effacement de dettes, abonnés permanents au "Club de Paris". Inutile donc de revenir sur sa longue litanie, digne des "conférences économiques" de l'époque du PDG. De mémoire, je rappelle que l'une des rares usines jamais déficitaire, avec un chiffre d'affaire en constante progression, était SOBRAGUI. Filiale très rentable de la Société des Brasseries de l'Afrique de l'ouest francophone. Dans un pays à 90% musulman, on comprend pourquoi le "Président" se sentait constamment gêné aux entournures pour proclamer année après année un tel résultat. Levons donc un petit coin du voile. Sur les erreurs et autres fautes économiques au sujet desquelles les nouvelles générations doivent avoir un aperçu, autrement réaliste, de la politique économique désastreuse du PDG. 1- Le monopole d'Etat "Le phénomène totalitaire, avec ses traits anti utilitaires frappants et son étrange dédain pour les faits, est basé en dernière analyse sur la conviction que tout est possible. Les systèmes totalitaires tendent à démontrer que l'action peut être basée sur n'importe quelle hypothèse." (Hannah ARENDT in " Les origines du totalitarisme " cité par M Jeanjean) Parmi les créations du régime PDG, on peut noter : - Le Comptoir Guinéen de Commerce Extérieur, le 21 janvier 1959, mettant hors-jeu tous les agents économiques dynamiques. La création du Franc Guinéen dans ces conditions aura pour conséquence principale l'irruption d'un marché parallèle qui persiste de nos jours, base de nos francs glissants (FG) ou francs guinéens. - Les différents plans calqués sur ceux des pays communistes de l'époque (triennal, quinquennal, septennal), censés placer la Guinée dans le peloton de tête des pays développés. On sait ce qu'il en advint. Ou plutôt où nous en étions en 1984, et notre évolution depuis cette date. - Les nationalisations, nombreuses, en particulier de la Bourse du diamant (en 1963), transférée de Conakry à Kankan et relevant exclusivement pour sa gestion de la Présidence de la République. Il faut noter que sa production et ses exportations n'apparaissent plus dans nos statistiques à partir de 1964, alors que l'extraction n'a jamais été arrêtée. A ce jour, il reste à savoir ce que le "premier magistrat" du pays en a fait. - La création, au 8° congrès du PDG (octobre 1967) de 2000 PRL (pouvoirs révolutionnaires locaux), censés entre autres, faire passer notre production vivrière de 800kg à 3 tonnes par hectare. Ils furent tous et systématiquement dotés de tracteurs. Sans aucune formation d'accompagnement aux contraintes techniques de la culture mécanisée ou à leur entretien. On attend encore cette production record. Entre-temps, les tracteurs se sont "évanouis" dans la nature. 2- Les entreprises d'Etat Caractérisées par des implantations irrationnelles en fonction de critères rarement économiques. Quelques exemples : - L'usine textile de Sanoyah (1966), de technologie britannique. Prévue pour fabriquer près de 22 millions de mètres de tissu, sur la base d’une production nationale de 4000 tonnes de coton au minimum par an. Elle n'a fonctionné un moment que grâce au coton importé d'Egypte. - La conserverie de Mamou, qui devait traiter annuellement 3000 tonnes de tomates et 2000 de légumes divers et de conserves de viande. Au mieux, elle n'a jamais fonctionné qu'à 25% de sa capacité. Avant de fermer et retourner en ferraille. Victime d'ouvriers et de cadres mal formés pour son fonctionnement, plutôt préoccupés à se remplir les poches à toute vitesse. Beaucoup de bergers choisirent de s'exiler au Sénégal sous les contraintes des agents acheteurs de bétail. - La sucrerie de Koba. Surface de canne prévue : 2 500 hectares. Effectivement réalisée, le dixième ! Sans compter que le peu de sucre produit était tellement dur qu'il fut surnommé "sucre-béton". Certains chercheraient encore les raisons de l'échec. - ENTA, entreprise nationale des tabacs et allumettes. A l'origine elle possédait ses propres champs de tabac et employait 2400 ouvriers environ, dont un tiers de femmes. Sous la pression de la gabegie et des vols à tous les stades de la production, son fonctionnement dû être assuré par du tabac importé de Chine, à des tarifs sans concurrence. Son entretien resta très longtemps à la charge des camarades chinois, très discrets. Inutile de signaler l'intense trafic qui se développa à ses dépends. Les raisons des échecs : a) Une politique d'implantation fantaisiste, eu égard aux impératifs économiques b) Le défaut de maintenance, de formation du personnel ouvrier, majoritairement analphabète. c) Plus généralement, le manque de personnel qualifié et motivé : les membres du "clan" familial du Président, les militants "convaincus" du PDG, accessoirement rapporteurs (police politique) du Parti-Etat, occupaient tous les postes de responsabilité. Très peu avaient le niveau scientifique et les compétences nécessaires. d) Les vols et détournements en tous genres, véritables "sports nationaux". Evidemment, les "comploteurs" et autres de la "cinquième colonne" servaient aussi à justifier les erreurs catastrophiques du régime. Qui, comme chacun le sait, ne se trompait jamais. Le « camarade » auteur, dans son texte, mélange allègrement usines et fabriques héritées de la colonisation et celles dites du PDG. Aucun mot de la véritable catastrophe écologique que fut la scierie de Nzérékoré dans sa conception et son fonctionnement, ou du rejet des boues rouges de l’usine de Fria dans le Konkouré. Le chemin de fer « Conakry-Niger » était mort bien avant la deuxième république. Incidemment il nous donne les raisons d'absence de "dizaines d'autoroutes à quatre voies minimum chacune" dans notre pays : Parce que nous avions le chemin de fer ! Ben voyons ! Comme dirait toute personne sensée. La Guinée serait donc le seul pays ou la présence d'un chemin de fer à voie métrique datant de la colonisation aurait empêché la construction de routes après l'indépendance. Il faut dire que nous cherchons encore une seule autoroute à quatre voies léguée par le régime du PDG. Quand aux six cent kilos d'or abandonnés en 1958 et retrouvés intacts en 1984, laissons-lui la responsabilité de sa trouvaille. Libre à lui d'essayer de nous faire croire à la légende du morceau de viande gardé par des hyènes ! Je ne reviendrai pas sur la partie "philosophique" de son texte. Il faut vraiment être en manque cruel de repère pour lui accorder la moindre valeur, même littéraire. Comme il l'affirme, les militants PDGistes n'ont commis aucun crime. Lesquels étaient, comme chacun sait, "des militants avec ou sans uniforme", selon la terminologie consacrée du "Stratège commandant". Il prétend donc que le camp Boiro n'a jamais existé, que les complots découverts et "punis" à grands renforts de discours-fleuves et de pendaisons publiques étaient de simples vues de l'esprit. Nfa (le père) Siaka Touré et ses aides angéliques, bons militants du PDG, étaient de débonnaires gestionnaires d'un camp de vacances de type nouveau inventé par le Parti, ouvert et gracieusement mis à la disposition du peuple par son "leader bien aimé". Ils y dispensaient des soins sur mesure aux bienheureux invités. Lesquels, après s'être librement auto-accusés des sept plaies d'Egypte, y mourraient par excès de plaisir, bien évidemment. Un point d'accord cependant, qui ne souffre d'aucune restriction : laisser le Pr Alpha Condé en dehors de toute cette affaire et ne pas lui faire de procès d'intention. Comme beaucoup d'hommes politiques de notre pays, il s'est battu et continue de le faire pour le changement. Le reconnaître relève du bon sens. On peut ne pas être d'accord avec une vision politique, de quelque dirigeant que ce soit, c'est notre droit. Mais le respect mutuel est un préalable, c'est aussi cela l'acceptation d'un futur Etat de droit. Conclusion Notre ex-révolutionnaire, enseignant de surcroît, devrait concevoir ses écrits plus soigneusement. Et surtout se relire. L'expression de ses convictions est libre. C'est son droit, le nôtre étant de le reprendre lorsqu'il en tire des "évidences" erronées et passablement confuses. Comme chacun sait, la colère est très mauvaise conseillère. On retrouve ici cette volonté de nos nostalgiques et négationnistes d'occulter le lourd passif de la Première République, et de tout mettre sur le dos de la Deuxième, laquelle traîne son propre lot d'incuries. Mais la politique prônée de l'amnésie suicidaire, vaillamment défendue par les PDGistes, ne sera jamais collective, ni majoritaire. Quand on n'a rien à dire, il n'y a rien à faire savoir, au contraire des affirmations de notre camarade militant. Nous l'invitons (avec tous ceux qui lui ressemblent) en cette période de jeux olympiques, donc de concorde, à bien comprendre ce proverbe Chinois : A force de se comporter comme un âne, il ne faut pas s'étonner que l'on vous grimpe sur le dos. Dr Thierno A. DIALLO, cardiologue pour www.guineeactu.com
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