Chers compatriotes, je suis avec beaucoup d’intérêt le débat sur le net relatif à la transition en Guinée. Je suis convaincu que les Guinéens engagés dans ce combat sont tous patriotes et veulent qu’une Guinée démocratique émerge à la fin de cette transition. Nous voulons tous une Guinée prospère où l’opportunité de réussir et de vivre une vie décente existe pour tous. Une Guinée ou règne la justice, le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine.
Pour voir se réaliser ces ambitions et éviter d’éternels recommencements, nous devons tenter de répondre à une question centrale. Ce qui à coup sûr permettrait d’éviter de recréer la Guinée qui a émergée après le vote historique de 1958 et celle du coup d’état de 1984. Nous devons réfléchir afin de trouver des solutions nous permettant de bâtir une Guinée moderne, démocratique et prospère.
Les Guinéennes et Guinéens doivent s’interroger par rapport à la problématique suivante:
Comment gérer cette transition afin de construire une Guinée démocratique à la tête de laquelle nous élirons des leaders visionnaires qui auront à cœur l’intérêt national et qui seront capables de résoudre les problèmes de notre pays ?
Trois points me paraissant essentiels méritent d’être examinés pour répondre a cette interrogation : I- la transition en question, II- la crédibilité de l’actuelle classe politique et III- le rôle du CNDD et de Dadis pour la réussite de la transition.
I – La transition en question
De prime abord, je réaffirme mon souhait de voir Moussa Dadis CAMARA et le CNDD s‘effacer de la scène nationale. Cependant, je ne voudrais pas qu’ils soient remplacés par des individus qui ont contribué à la situation catastrophique dans laquelle se trouve notre pays depuis l’indépendance. Avant que Dadis ne parte, nous devons tout d’abord, définir les règles fondamentales qui doivent régir le fonctionnement de l’Etat moderne en Guinée. Il est fondamental de concevoir la meilleure démarche à emprunter avant d’aller aux élections. De plus, la Guinée n’ayant pas de constitution parce que celle d’avant le 23 décembre 2008 a été suspendue, il est nécessaire que des textes de référence définissant les prérogatives d’une assemblée nationale ou celles de la fonction de président et des critères d’éligibilités des différents candidats, etc. soient définis. La pression doit être maintenue sur Dadis et le CNDD afin qu’ils respectent les engagements d’organiser des élections crédibles et transparentes dès que les conditions le permettront y compris le recensement général des électeurs notamment ceux vivant à l‘extérieur.
Dans cette perspective, il y a des conditions préalables à remplir pour la crédibilité, la justice et l’acceptation du processus et du résultat des élections. Ces préalables doivent être satisfaits dans l’intérêt supérieur de la Guinée. A mon avis, cette transition doit adopter l’approche suivante:
1- Rétablir la loi fondamentale de 1991. Cette constitution garantissait tous les droits fondamentaux dans une démocratie. Elle doit être amendée pour l’adapter aux réalités guinéennes d’aujourd’hui. Le modèle de constitution au monde qui est celle des USA a été amendé 27 fois. C’est juste dire qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite. Elle doit définir les prérogatives des différentes institutions républicaines.
2- La constitution doit être accompagnée de lois organiques définissant les conditions d’éligibilité des futurs candidats aux différentes élections législatives, présidentielles et locales.
3- Le Conseil National de Transition doit être revu et mis en place pour permettre d’être plus représentatif des différentes composantes de la société guinéenne. Il doit être investi des pouvoirs d’une assemblée constituante. Le CNT doit se substituer au CNDD qui n’a plus sa raison d’être.
Le travail de révision de la constitution devrait être confié à une équipe d’experts en droit constitutionnel sous la supervision du CNT. Cette équipe devrait soumettre ses recommandations au CNT pour adoption. On n’aura pas besoin de soumettre ces amendements au referendum. Car un referendum ferait une élection de trop et créerait des coûts qu’on pourrait éviter. Nous savons tous que notre pays a des moyens très faibles et il faut arrêter cette mentalité de mendiant avec une main permanemment tendue. La révision de la constitution doit être complétée dans un délai de trois mois. C’est dire qu’elle doit être révisée et adoptée d’ici au 30 septembre 2009.
Il serait préférable de maintenir le système présidentiel qui me semble être plus efficient. La fonction de vice président ou de premier ministre devrait être consacrée dans la constitution. La mission du CNT doit prendre fin aussi tôt qu’une assemblée nationale est mise en place. Dadis devrait s’abstenir de prendre toute décision importante après les élections législatives. Son rôle serait limité à la gestion des affaires courantes de l’Etat jusqu'à l’élection du nouveau président.
4- La candidature indépendante doit être instituée. Car il ne fait pas de sens d’avoir une multitude de partis politiques dans un petit pays comme la Guinée. La possibilité de candidature indépendante donnerait l’opportunité à d’autres Guinéens de se faire entendre sans passer par un parti politique. Pour réduire le nombre pléthorique de partis politiques, je proposerais une mesure selon laquelle « tout parti politique qui n’obtient pas cinq pourcent (5%) des suffrages exprimés aux élections législatives perd automatiquement perdre son statut de parti politique »
5- Organiser les élections législatives d’abord d’ici - décembre 2009 et présidentielles d’ici à juin 2010 pour clôturer la transition.
II- La Crédibilité de l’actuelle classe politique
La classe politique actuelle ne m’inspire pas confiance, par conséquent elle doit être renouvelée afin de faciliter l’émergence d’un nouveau leadership. Personnellement, je ne me reconnais en un aucun soi-disant leader dans l’environnement politique de la Guinée d’aujourd’hui. L’actuelle classe politique est composée de personnes qui ont soit contribué à ruiner la Guinée, soit d’ethno stratèges qui s’appuient sur leur ethnie pour arriver à leurs fins, oubliant qu’ils détruisent le tissu social dans le processus. Je ne voudrais pas voir ces politiciens qui manquent de courage et de vision pour la Guinée ni au parlement ni à la présidence. Car ils ont montré leurs limites. Ils doivent avoir le courage de quitter l’arène politique afin de donner l’opportunité à la nouvelle génération de prendre ses responsabilités de construire une Guinée démocratique et prospère. Sachant qu’ils ne quitteront jamais de leur propre chef, je propose que le CNDD et son président prennent une mesure spéciale qui dit ceci : « Tous les cadres guinéens ayant participé à la gestion catastrophique de la Guinée durant les régimes précédents en qualité de premier ministre ou ministre sont interdits d’activité politique en Guinée en attendant enquête sur leur gestion du pays. » Ces messieurs et dames doivent au peuple de Guinée des explications quant à leur gestion du pays.
Comment expliquent-ils cette situation lamentable de la Guinée ?
Comment peut-on expliquer que les enfants du pays puissent être aussi cruels sans pitié envers le peuple qu'ils avaient la mission de protéger et de gérer avec honnêteté ? Comment peuvent-ils justifier les fortunes qu’ils ont accumulées en appauvrissant leur propre pays ?
Comment peuvent-ils expliquer la souffrance des Guinéens aujourd’hui ?
Je crois qu’ils ont prouvé au peuple de Guinée ce dont ils sont capables. Ils ne peuvent pas aller créer des partis politiques pour prétendre développer le pays qu’ils ont enfoncé dans le gouffre. Pour moi, ils ne sont plus crédibles par conséquent ils doivent libérer la voie à une nouvelle classe politique. Ils sont en partie responsables de l’émergence de Dadis et compagnies. S’ils n’avaient pas créé et entretenu un Etat mafia avec Lansana Conté, si le pays était bien géré par des administrateurs honnêtes et patriotes, il n’y aurait certainement pas de Dadis. Alors n’allez pas vous réfugier derrière des partis politiques ethniques pour prétendre diriger un pays que vous avez ruiné.
III- Le rôle du CNDD et Dadis pour la réussite de la transition
Le CNDD et son président doivent respecter leurs engagements. La pression doit continuer au cas où Dadis dérogerait aux propos qu’il a tenus au lendemain du coup d’état afin de le ramener sur le chemin de la démocratie. Les Guinéens doivent être prêts à faire des marches si nécessaire pas seulement à Bruxelles, Paris et Washington, mais surtout a Conakry, Nzérékoré, Labé, Kankan, Kindia, Mamou, Boké, Kissidougou, Siguiri etc. La pression doit être maintenue. Nous ne devons jamais accepter l’installation d’une nouvelle dictature en Guinée. La Guinée a développé cette tendance de manquer les occasions historiques. Les élections doivent être organisées cette année, mais on doit s’assurer que les conditions sur le terrain sont favorables a la tenue d’élections crédibles et transparentes. Si les réalités sur le terrain ne permettent pas d’organiser les élections cette année, je crois qu’il faut considérer la possibilité d’une éventuelle extension de la transition jusqu’en juin 2010 au plus tard. Cela donnerait le temps nécessaire pour mettre en place des lois et règles requises pour une transition réussie.
Le succès de cette transition dépendra aussi du rôle de l’armée parmi les institutions de la république. J’ose espérer que le CNDD sera le dernier régime militaire dans l’histoire de la Guinée. Le nouveau président et la nouvelle assemblée nationale qui seront élus doivent reformer l’armée afin qu’elle retourne a son rôle qui lui est dévolu par la constitution, celui de défense et de protection des citoyens et de l’intégrité territoriale du pays. Le devoir de l’armée est de défendre la constitution guinéenne. Elle ne doit allégeance qu’a ce document qui contient les aspirations du peuple et non à une personne. Nos frères et sœurs militaires doivent savoir que leur mission n’est pas de faire de la politique ou gérer les affaires de l’Etat. Ils ne doivent jamais prendre les armes contre les populations dont ils ont juré de défendre quel que soit l’ordre.
Les forces armées guinéennes doivent être formées en droit afin qu’elles puissent comprendre les droits de l’homme ainsi que la mission sacrée dont elles ont la charge de remplir. Le commandant en chef des forces armées dans une république est un président civil démocratiquement élu.
En conclusion, je demande à la jeunesse guinéenne d’être vigilante, de ne pas se laisser manipuler. Il ne faudrait jamais accepter qu’ils nous braquent les uns contre les autres. Nous devons être unis afin que Dadis parte à travers des élections qui doivent être tenues dans douze mois au maximum. Cependant, n’acceptons pas que lui succèdent des politiciens ethno centristes qui ne voient que leurs intérêts égoïstes. Nous voulons l’émergence d’un nouveau leadership en Guinée.
Soyons prudents et réfléchissons sur la démarche qui doit aboutir à ces élections. N’élisons pas ceux qui ont détruit notre pays. Si nous faisons cela, nous aurions échoué encore une fois et ce, pour des générations avenir.
Que le tout puissant protège la Guinée.
Layba Sangaré, Columbus, Ohio