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Le 23 décembre 2008, l’histoire guinéenne venait tout simplement de bégayer. Comme le dit Gilles Nevet, journaliste et auteur du documentaire "Cona’cris, la révolution orpheline", on est bel et bien passé d’un putsch à un autre. Tout le monde le sait, l’évolution de la transition a conduit, avec ses hauts et ses bas, à l’accord (ou déclaration selon les préférences) de Ouagadougou du 15 janvier 2010.
S’il ressort de cet accord de sortie de crise que l’objectif principal est l’organisation d’une élection présidentielle dans un délai de 6 mois, la révision de la loi fondamentale reste une préoccupation majeure de la transition. Le but de cet article est justement d’attirer l’attention sur les dangers d’une adoption précipitée.
Tout le monde parle de révision de la Constitution mais tout le monde sait-il de quoi il s’agit réellement ? Faut-il juste modifier quelques articles ou aller plus loin pour améliorer le système ? De mon point de vue, les besoins exprimés par la population sont d’une telle importance qu’un simple toilettage est insuffisant (besoin de justice, de transparence, de respect des droits fondamentaux…). Il faut une réforme même de son noyau dur pour que cette "3e République" soit, enfin, celle des vrais débuts de la démocratie guinéenne.
Quand on sait l’importance de ce texte majeur dans une société "civilisée", on comprend qu’il soit nécessaire de prendre le temps de mûrir la réflexion à travers des débats, des consultations, des études, etc. C’est cela qui nous permettra de dessiner, dans cette future loi fondamentale, les contours d’un régime politique qui, il faut l’espérer, mettra fin à toutes les insuffisances et dangers de celle de 1990 (absence de structures ou mécanismes efficaces de contrôle de l’action gouvernementale, dépendance du Judiciaire au pouvoir Exécutif, mandat présidentiel indéfiniment renouvelable, hyper-puissance du président de la République par rapport à la l’Assemblée nationale, facilité de révision de la loi fondamentale…).
Ainsi, avec une population peu alphabétisée, il serait irresponsable de la tromper avec des mesurettes. Il ne suffit pas de ramener le mandat du chef de l’Etat à 5 ans (ou 4 ans comme au Ghana, ou autre durée selon les préférences) pour dire que la révision est parfaite mais il faut aller bien au-delà. Elle est peut être suffisante pour encadrer le mandat du prochain président mais de mon point de vue, il faut prendre des mesures allant dans le sens du rétablissement de l’ordre juste par l’instauration d’une justice réellement indépendante au retour à l’équilibre et à la séparation des pouvoirs en passant par l’encadrement de l’action de l’armée, la définition d’un vrai statut pour l’opposition politique, le rôle des médias, etc.
L’encadrement du fonctionnement et des rapports entre les institutions républicaines par l’adoption de règles justes et fortes est une exigence. Cette réforme doit ainsi être confiée à des spécialistes qui, connaissant les besoins de la population, sauront mettre en place les mécanismes juridiques adéquats dans le seul intérêt de cette dernière. Le peuple avant tout et rien d’autre que le peuple afin que la Guinée soit non pas un simple Etat de droit, mais un Etat de droit et, en plus, une démocratie.
Le temps de sortir les Guinéens de la torpeur est venu, la violence n’a que trop longtemps duré. Il n’est donc pas si indispensable que cela que la révision soit totalement finalisée avant la prochaine élection présidentielle si la réflexion demande encore plus de temps. L’idéal serait, bien entendu, qu’elle le soit avant la fin de la transition puisque c’est l’objet même d’une transition, mais s’il faut plus de temps, je souhaite que la loi fondamentale ne soit pas juste modifiée au niveau du mandat pour être jetée ensuite aux oubliettes. Elle pourrait être finalisée et validée par les futurs parlementaires ou par référendum. Ma préférence va pour ce dernier mode d’adoption et ce sera la meilleure manière de restituer au peuple guinéen, les fruits de la promesse de 1958. Ne trompons donc pas le peuple de Guinée, il mérite tellement mieux que cela !
Bombi BALDE, Membre du Think tank NimbaCap21
www.guineeactu.com
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