mardi 1 décembre 2009
Quelle marge de manœuvre pour les commissaires onusiens?
Ban Ki-moon

La Commission d’enquête internationale créée par le Secrétaire général des Nations unies, est à pied d’œuvre pour dénicher les auteurs des massacres perpétrés contre l’opposition le 28 septembre dernier dans le grand stade de Conakry. L’équipe de Mohamed Bédjaoui qui est déjà sur place, a la lourde mission de reconstituer les faits, ayant mené à ce carnage.

Le trio désigné par Ban Ki-moon pour situer les responsabilités autour de la répression qui a visé les opposants à la junte a été reçu par le capitaine Moussa Dadis Camara jeudi dernier. Cette rencontre s’est déroulée au camp Alpha Yaya Diallo, le quartier général de la junte, à huis clos, loin des objectifs des cameras.

Rien n’a filtré de cet entretien, les commissaires onusiens voulant que leur travail soit entouré d’un maximum de discrétion.

Ils auraient toutefois profité de l’occasion pour entendre la version du président de la République sur ce lundi noir, qui a écorné l’image d’un pays qui misait pourtant sur cette transition pour sortir de l’abîme, à en croire des sources proches du dossier.

Avant de rallier la Guinée, M. Ban Ki-moon a donné l’assurance à Mohamed Bedjaoui et à ses deux collaboratrices, Françoise Ngendahayo Kayiramirwa et Pramila Patten qu’ils pourront « travailler de manière indépendante pour établir les faits et faire des recommandations sur les mesures à prendre pour déterminer les responsabilités », selon des sources onusiennes.

Le Secrétaire général de l’ONU aurait mis leur entretien à profit pour révéler qu’il a reçu « l’engagement écrit du Président Dadis Camara et du Premier ministre Komara que les autorités guinéennes coopéreront et faciliteront le travail de la Commission d’enquête internationale ».

Toutefois, les autorités guinéennes auraient demandé à la Commission d’enquête de ne pas s’immiscer dans les affaires internes de la Guinée.

Pour Thierno Madjou Sow, président de l’OGDH dont nous publions l’interview, ci-contre, cette mise en garde ne pourrait constituer un obstacle au travail de la Commission d’enquête internationale. Selon lui, il faut s’en tenir à l’engagement du président du CNDD qui a promis de faciliter le travail des enquêteurs.

Il faut cependant reconnaître que certains sbires de la junte, commencent à s’offusquer du fait que les victimes convergent quasiment toutes vers la Commission d’enquête internationale, n’accordant aucun crédit à la Commission nationale d’enquête créée par le capitaine Camara.

La plupart des victimes pensent que dans un pays où la justice n’est qu’un appendice du pouvoir exécutif, une Commission d’enquête nationale ne peut travailler en toute indépendance. C’est pourquoi, elles fondent tout leur espoir dans les travaux de la Commission des Nations unies.

Au lendemain des événements malheureux du 28 septembre, Ban Ki-moon avait dépêché M. Haïlé Minkarios, Secrétaire général adjoint chargé des Affaires politiques en Guinée.

Le diplomate onusien était venu en éclaireur tâter le terrain pour un éventuel envoi de l’équipe d’enquêteurs que le patron des Nations unies avait décidé de mettre en place, pour faire la lumière sur ces massacres.

Une démarche qui confirme l’intérêt que les Nations unies accorde à la situation de crise en Guinée.

La Communauté internationale s’est aperçue en effet, que les violences de cette répression sont à la mesure de l’impunité qui a caractérisée le règne du régime de Lansana Conté dont émane la junte au pouvoir. Les tueries commises lors des convulsions de 2007 étaient restées impunies.

Près de 200 personnes avaient été abattues par les forces de l’ordre, selon une enquête rendue publique par la société civile guinéenne, lors de ces manifestations qui visaient à faire partir Lansana Conté. Pour amuser la galerie, le régime défunt avait mis en place une Commission nationale d’enquête, réfutant toute idée de Commission d’enquête internationale.

Mais cette commission n’aura ni le temps ni les moyens de faire son travail. L’entourage de Lansana Conté s’étant aperçu que ces enquêtes pourraient compromettre sérieusement certains éléments clés du régime. Puisque ceux qui ont commis ces crimes étaient semble-t-il pour la plupart de la garde prétorienne du général. Ce dossier sera classé sans que les responsabilités ne soient établies. Et voilà que les militaires ont remis ça le 28 septembre 2009.

Cette fois la mobilisation ne faiblit pas, afin que les auteurs et les commanditaires de cette répression sanglante qui a fait selon l’ONU plus de 150 mots, soient identifiés et punis. C’est à cette délicate tâche que l’équipe de Mohamed Bedjaoui devra s’atteler. La Junte a donné toutes les garanties à Ban Ki-moon que les commissaires pourront travailler librement. Ainsi soit-il.


Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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