 |
Pour changer un peu l’atmosphère du débat ethnico-politique, je vous propose de débattre du secteur privé en Guinée. Pour des raisons de déplacement à l’intérieur, je propose en avant-gout ce texte daté de 2008, dont certains points me paraissent d’actualité, à l’époque de la bataille entre Youssouf Diallo et Mamadou Sylla pour le contrôle du patronat Guinéen. En voici le deuxième partie. Bonne lecture.
Conakry, le 15 février 2008
POUR UNE REDYNAMISATION DU SECTEUR PRIVE GUINEEN ?
Deuxième partie
II. Que doit faire le secteur privé Guinéen :
Au lieu de passer leur temps à se quereller pour le contrôle du patronat, les opérateurs devaient chercher les voies et moyens pouvant leur permettre d’être dynamique. Aujourd’hui les batailles politiques et diplomatiques se gagnent avec le concours des grands entrepreneurs. Les retombées politiques qu’ils cherchent à travers le contrôle du patronat, ils peuvent avoir mieux en restant sur leur territoire et en donnant une visibilité aux échanges de la Guinée avec ses voisins. Demandez à Sarkozy ce qu’il peut refuser à Bolloré. Certes le métier d’opérateur économique est difficile, mais sans Bill GATES (Microsoft), Lashki MITTAL (Mital Steel), Akio MORITA (Sony) et les autres fondateurs de grandes sociétés, que deviendrait le monde aujourd’hui avec ses 7 milliards d’individus. Que les opérateurs soient conscients et fiers de leur rôle de créateurs d’emplois, de richesse dans le pays, cela est tout à fait normal.
Nous pensons tout de même que le privé Guinéen est en train de prendre du retard par rapport à ceux des pays voisins. Les échéances du marché commun peuvent paraître lointains mais c’est déjà pour demain. Soit nous devenons simples consommateurs pour les autres pays, soit nous décidons de participer à la compétition. Les pistes à explorer pour amoindrir notre retard peuvent être, entre autres :
1. Au niveau national :
a. Crédibiliser les institutions représentatives du secteur privé : la première action serait de résoudre le bicéphalisme à la tête du patronat par une solution interne. Que les autres acteurs du privé refusent de laisser l’avenir de la filière dans les querelles actuelles. Vu la tournure des événements, ils peuvent convoquer une rencontre extraordinaire et trancher cette question une fois pour toutes mais sans influence extérieure. Au vote de la majorité, soit ils décident de confirmer l’un des 2 groupes, soit ils demandent à tous 2 de se mettre à l’écart et de laisser un groupe neuf et dynamique reprendre le leadership du patronat. L’autre champ de bataille pour le patronat est la quête d’autonomie. Le patronat Guinéen est devenu une sorte d’appendice de l’Etat, comme si c’était une institution républicaine. Les opérateurs économiques seront les premiers bénéficiaires d’un éclaircissement de cette situation dans un pays où les crises sociales commencent à être cycliques (juin 2006, janvier-février 2007,...). Le patronat devrait analyser les solutions de sortie de crise non pas sous la pression de l’Etat mais plutôt dans l’intérêt de ces mandants et des employés. Nous volons dire que le patronat peut ne pas forcément être sur la même ligne que le gouvernement, mais cela n’est pas possible actuellement, le patronat étant porté à bout de bras par l’Etat. Les opérateurs économiques doivent se prendre en charge et ne pas tout attendre de l’Etat. Aussi, le patronat ne doit pas s’attendre à des financements comme ceux obtenus par les ONG (requête faite auprès de l’ambassadeur américain selon l’article du lynx cité plus haut). Les assistances techniques (formation en Guinée, facilités de visas, facilités pour participation aux foires et forum, ...) doivent suffire pour des opérateurs soucieux de garder leur indépendance.
b. Sortir du seul sentier du commerce : certes l’absence de risque lié au commerce de produits non périssables pousse la plupart de nos opérateurs économiques vers ce secteur. Mais il est temps de comprendre que si toutes les unités industrielles (aussi petites qu’elles soient) restent la propriété des étrangers, nous serons toujours dans nos éternels problèmes de devises. Les opérateurs Guinéens doivent avoir la volonté de faire des petites industries et de créer des emplois pour leurs frères Guinéens. On a beau critiquer les conditions des employés de SODEFA ou TOPAZ, mais ces étrangers ont au moins le mérite de donner du boulot à des Guinéens. C’est au patronat de faire du lobbying pour rassurer ceux des opérateurs qui ont peur d’investir en Guinée, bien sûr en exigeant de l’Etat qu’il joue ce rôle de garant. Dans le domaine de l’agroalimentaire, des petites unités modestement consommatrices d’énergie peuvent se révéler fructueuses sans oublier le secteur de la volaille (élevage, yaourt, viande saucissons, ...). Il serait utile à ce niveau de déterminer les autres secteurs porteurs et de prévoir leur relance dans le planning d’activités du patronat. Le tourisme et l’hôtellerie sont à redynamiser. Avec le développement des échanges et la libre circulation des biens et des personnes, le tourisme devient un secteur porteur. La réticence des opérateurs Guinéens à s’engager dans cette voie est d’autant plus paradoxale que les nouveaux seigneurs en matière d’Hôtellerie sont les arabes du Golfe ou de la Lybie. Les complexes hôteliers des villes comme Sfax, Sousse en Tunisie, Dubai (Emirats Arabes Unis) sont là pour nous rappeler que ce secteur économique n’est pas que business de satan. Il est temps que le privé Guinéen y réfléchisse sinon il risque de regretter son inertie actuelle dans ce domaine. Dans un pays minier comme la Guinée, les opportunités de rentabiliser des hôtels 4 ou 5 étoiles ne doivent en principe pas manquer. Il suffit d’un peu d’imagination de la part des acteurs privés.
c. Solidarité au sein de la corporation : les opérateurs économiques doivent se soucier de la relève dans le secteur. Si l’Etat n’a pas pu mettre en place une structure d’émulation au sein des universités et écoles professionnelles pour favoriser le développement de l’initiative privée chez les jeunes, il est temps que le secteur privé fasse quelque chose en la matière. Organiser un concours de meilleure initiative juvénile en matière d’idées de création d’activités privées. Les projets innovants peuvent être primés (3 par an) et soutenus par le patronat. La solidarité doit aussi concerner la formation des petits entrepreneurs en leadership et en gestion. L’objectif final est de renforcer ces PME, de les aider à se développer et au finish de donner une plus grande visibilité au patronat. Vu la réticence des banques commerciales à accompagner les jeunes débutants, il est même possible que le patronat mette en place un fonds d’appui à l’Entrepreneuriat juvénile et féminin (projet à mûrir).
d. Le Secteur de la finance : les banques en Guinée sont toutes d’émanation étrangère. Dans combien d’années des Guinéens s’inspireront des cas Nigérian, Sud-Africain ou Maghrébin pour se lancer dans ce secteur ? Ecobank en tout cas est en train de donner la preuve que des banques privées africaines peuvent s’épanouir et être compétitives en moins d’une génération. Même s’il faut commencer par le secteur de la micro-finance et grandir au fur et à mesure de l’accroissement du portefeuille, ce serait déjà une bonne chose. Il est sûr que la surface financière nécessaire pour lancer une telle activité n’est pas à la portée du premier venu un projet bien étudié dans ce sens avec des actionnaires nationaux et Africains peut se révéler fructueux.
2. Au niveau extérieur
a. Organiser des voyages d’études à l’extérieur : Le « benchmarking » peut nous permettre de reproduire chez nous les bonnes pratiques des secteurs privés de certains pays. Il s’agit pour le patronat, de prévoir dans son plan annuel d’activités une rubrique concernant les voyages d’études et d’échanges d’expérience. La participation à certaines rencontres ou foires peut ainsi être un tremplin. Le patronat peut, dans ce cas, avoir des relations de coopérations avec les patronats des pays modèles pour l’analyse commune des opportunités d’affaires, un transfert d’expérience ou d’autres formes de collaboration que les parties pourraient arrêter. Avec cette méthode, le patronat attirera plus d’investisseurs que les campagnes publicitaires du gouvernement. Il serait plus utile de commencer par les pays africains qui avancent dans le domaine. Aussi, on doit s’intéresser aux pays émergents comme la Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil, l’Afrique du sud, la Malaisie,... D’autre part l’intérêt de plus en plus affiché par les monarchies du Golfe à diversifier leur économie fait qu’il faut forcément compter avec ces pays. Secteur par secteur, il est possible d’élaborer une liste des pays destinataires avec l’appui du Ministère du commerce. Il faut une synergie entre le patronat et ce ministère.
b. Jouer un rôle actif dans les organisations sous-régionales : Les patrons Guinéens doivent avoir l’ambition de participer au rayonnement de leur secteur au niveau sous-régional (Mano-River, Cedeao) car l’intégration se fera tôt ou tard. Les organisations professionnelles par domaines d’activités sont des lobbies très forts capables de défendre les intérêts dans l’espace sous-régional. Ces structures ou fédérations professionnelles peuvent donner accès à plusieurs opportunités d’échanges, de formation et/ou d’affaires. Elles représentant les meilleures instances de défense des secteurs car un seul pays sera toujours fragile. Au moment où le débat sur un éventuel gouvernement africain prend de l’ampleur, le Businessman n’a plus le choix, il est obligé de commencer à voir les choses au niveau sous-régional et, à plus long terme, africain. En marge des réunions de l’OMC sur le coton, on a tous vu les différentes initiatives de la fédération des cultivateurs de coton. Ce sont eux qui ont réussi à pousser les pays africains à parler d’une seule voix aux négociations de Cancun. Cela était à saluer même si, depuis, les choses sont toujours bloquées.
c. Explorer les marchés sous-régionaux : Sur le plan des affaires, c’est toujours plus intéressant de s’adresser à un plusieurs marchés nationaux qu’à un seul d’entre eux. Par exemple, n’est-il pas possible pour « Eau Coyah » ou Topaz de tâter du terrain en Guinée Bissau ou en Sierra Leone aujourd’hui ? A part la non programmation d’une telle chose dans le plan opérationnel de l’entreprise, on ne voit pas dans la pratique ce qui peut s’opposer à une telle éventualité car ces 2 sociétés peuvent être compétitifs dans ces pays. C’est vrai qu’il y a toujours des barrières non tarifaires dans nos pays mais le fait d’appartenir aux mêmes espaces économiques favoriserait les choses. Il est donc temps pour nos opérateurs de voir au-delà du marché national car un processus d’internationalisation bien mené peut faciliter le développement de l’entreprise.
Il y a certes beaucoup d’autres aspects qu’il faut revoir mais les points ci-dessus nous paraissent être les premiers actes à poser pour une redynamisation de ce secteur vital qu’est le privé. Le présent texte se veut le point de départ pour des échanges fructueux dont l’objectif est de contribuer au décollage du business dans notre pays.
Dieu bénisse la Guinée.
Mamadou CISSE
www.guineeactu.com
|
 |