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Depuis maintenant un mois, les Guinéens vivent au rythme de communiqués « contradictoires » et/ou « rassurants » sur l’état de santé du Chef de l’Etat, monsieur Moussa Dadis Camara.
En effet depuis le 3 décembre 2009, date de l’attentat dont il a été victime, de la part de son aide de camp, Aboubacar Toumba Diakité, les communiqués se succèdent et se contredisent sur son état de santé réel.
C’est un procédé digne de l’époque d’avant la glasnost, dans l’ex Union Soviétique ou la mort ou l’incapacité du chef ou du premier responsable du parti communiste devait être tenu secret pendant des semaines, le temps de désigner, au sein de l’appareil du parti, son successeur.
Cela participe de l’infantilisation des citoyens, comme s’ils étaient incapables d’affronter la réalité. Quant à nous, le peuple nous semble assez mûr pour affronter les évènements quels qu’ils soient, heureux ou malheureux et il doit savoir la vérité.
Convaincus de la nécessité du combat contre la violence politique et son corollaire qui est l’impunité, nous condamnons l’attentat dont a été victime MDC.
Le fait de cacher son état de santé, après la tentative de meurtre contre sa personne pouvait s’expliquer, dans un premier temps, par le besoin d’installation et de consolidation du pouvoir intérimaire assuré par le Général Sékouba Konaté.
Ce pouvait être aussi dans le souci de prévention d’un embrasement de violence, de la part de ses partisans, contre tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec les vues du CNDD et de MDC quant à son éventuelle candidature aux élections présidentielles à venir.
La vie d’une nation ne doit pas être suspendue au sort d’un homme fût-il le chef de l’Etat. Les institutions doivent perdurer sur les hommes.
C’est le lieu de préciser la distinction qui à nos yeux est importante entre les forces que nous qualifierons de forces rétrogrades et les forces de progrès.
Les premières ont fait le pari du soutien à un homme ou à un système contre la volonté de l’immense majorité des populations guinéennes et qui malgré les douloureux évènements du 28 septembre se sont entêtées dans leur choix et en rejetant la responsabilité des massacres sur les responsables des forces vives. Elles vont ainsi maintenir la nation dans un archaïsme.
Les secondes ont choisi le combat pour les valeurs démocratiques et l’avènement d’une nouvelle ère de progrès et de gouvernance dépourvue de toutes les scories qui empêchent le décollage de notre pays.
Pour la première fois de son histoire, la communauté internationale, dans son ensemble, est venue au secours de la Guinée. C’est ainsi qu’un Groupe de Contact international sur la Guinée (GIC-G) a été mis en place par les instances Africaines dès l’arrivée du cndd au pouvoir, par un coup d’Etat, le 23 décembre 2008. Dans ce groupe se trouvent l’Union Européenne, l’Union Africaine, la CDEAO, l’ONU, etc. le même type de groupe existe pour Madagascar et le Niger.
Tout ce monde est d’accord sur le même diagnostique de la situation et se trouve sur la même longueur d’onde dans les exigences sur la période de transition devant mener aux premières élections libres et transparentes dans ce pays.
L’épouvantail du bouc émissaire étant à la base de nos problèmes, ou de l’ex puissance colonisatrice voulant mettre la main sur nos immenses ressources minières ne tient pas longtemps la route.
En effet, à chaque fois que le pays s’est débattu dans ses contradictions internes, il y a eu une « excuse ».
Sous la première république, ce fût le « complot permanent » fomenté par les réseaux de Mr Jacques Foccart avec l’aide de la « cinquième colonne » intérieure.
Sous la deuxième république, le pays est resté dans la même logique d’assiégé, avec un régime dictatorial doublé d’un affairisme qui a mis le pays en coupe réglée.
Avec l’arrivée du cndd au pouvoir, de grandes idées ont été avancées mais qui n’ont pas connues de début de réalisations. L’on a confondu intentions et actions, professions de foi et mise en œuvre des idées. En politique comme ailleurs, « les actes sont les seuls juges des intentions ».
En Guinée, et depuis cinquante deux ans maintenant, l’on a cru qu’on était un peuple et un pays à part et en dehors du temps. Ce qui était valable partout ailleurs était obsolète et inadéquat chez nous.
Cet épouvantail ou réflexe permet aux dirigeants de souder le peuple autour de ses mots d’ordre. Mais le disque commence à être un peu rayé.
A l’instar des comités de soutien à l’action du cndd et à la candidature de MDC aux prochaines élections présidentielles, l’on a vu une volée de bois vert à propos des déclarations de M. Bernard Kouchner sur la situation politique en Guinée ainsi que des manifestations devant la chancellerie de la France.
Pourtant, et pour l’essentiel, M. Kouchner fait les mêmes recommandations que l’ensemble des membres du groupe de contact.
Ce sont donc ces forces rétrogrades, qui se parent volontiers d’un nationalisme étriqué et de mauvais aloi, qui ont intérêt au statut quo.
Il est donc nécessaire de faire cesser ce silence sur l’état de santé de MDC pour éclairer le peuple.
Il faut sortir de cet Etat d’exception qui n’en finit plus pour entrer définitivement dans une transition politique tant souhaitée par tous les acteurs de la vie politique et de la société civile sans oublier les populations.
Pour ce faire, il est urgent de mettre en place les institutions de cette transition qui manquent encore à l’appel et activer celles qui sommeillent pour les rendre effectives.
C’est ainsi que la Guinée pourra intégrer le cercle des pays normaux et ordinaires sur la voie d’une gouvernance éclairée.
Aboubacar Fofana Président du Club DLG
NB : Nous venons d’apprendre la confirmation de l’intérim Présidentiel assuré par M. Sékouba Konaté ainsi que sa volonté de nommer un premier Ministre issu des forces d’opposition.
Cela va dans le bon sens pour une sortie définitive de crise en Guinée.
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