mardi 8 septembre 2009
Quel modèle pour le Capitaine Moussa Dadis Camara ?

Même si le capitaine Moussa Dadis Camara n'a pas encore déclaré officiellement au public guinéen sa candidature pour la prochaine élection présidentielle, il l'a tout de même fait savoir à la communauté internationale à travers le Groupe International de Contact sur la Guinée lors de leur dernière rencontre le 3 septembre dernier.

Néanmoins, les indices corroborés par les mouvements de soutien au CNDD et à son président - les seuls mouvements d'ailleurs autorisés par la junte- laissent entrevoir les vraies intentions du Chef de la junte au pouvoir depuis maintenant plus de huit mois.

Pourtant, plusieurs évènements auraient du attirer l’attention sur son intention de se porter candidat. D'abord le discours devant les populations de Boulbinet tenu courant mars dernier, l'interview que le Capitaine Moussa Dadis Camara avait accordée à l'hebdomadaire international JA, le slogan du Commandant Moussa Keita à Nzérékoré "Dadis ou la mort", la conférence de presse qu'avait animé le Président du CNDD le 19 août à la Belle Vue, la rencontre avec les élus locaux et le plébiscite de certaines femmes déjà connues derrière le défunt Général Conté pour la candidature de Dadis sont autant d’évènements illustratifs des intentions de l’homme.

Nonobstant les engagements pris, force est de reconnaitre que l'actuel Chef de la junte est en face de son destin. C'est-à-dire rentrer dans l'histoire par la grande porte en respectant les engagements pris devant Dieu et le peuple martyr de Guinée inscrivant ainsi son nom en lettres d'or dans l'histoire de notre  cher pays en s'inspirant de l'expérience de John Jerry Rawlings du Ghana à défaut de celle de  ATT au Mali en 1991 qui, pourtant avait toutes les opportunités de s'éterniser au pouvoir à l'image de beaucoup de ses frères d’armes sur le continent africain, ou tout simplement  opter pour le choix du Général Abdoul Aziz de la Mauritanie qui vient de se faire légitimer par les urnes après un putsch qui a renversé un Président démocratiquement élu au nez et à la barbe de la CEDEAO et de l'UA. Mais malheureusement ce dernier exemple ne doit pas inspirer le Guinéen car les contextes diffèrent grandement et ce dernier n’avait pas interdit les activités des partis politiques pour être seul sur le terrain comme c’est le cas en Guinée depuis déjà plusieurs mois.

Pour la petite histoire, l'actuel Président du Mali aura marqué à jamais l'esprit des guinéens pour le respect de ses engagements après un coup d'Etat qui avait mis fin au régime sanglant du Général Moussa Traoré. L'on se rappelle encore lors d'une conférence-débats qu'il avait animée en 1998 dans un réceptif hôtelier de Conakry sur le thème" Démocratie et l'Etat de droit" après avoir accompli une transition bien méritée en République du Mali. Au cours de cette conférence, ATT avait dit, je cite: « Quiconque dit qu'il n'aime pas le pouvoir, c'est parce qu'il n'y a pas goûté. Moi personnellement, lorsque la transition était à terme au Mali, j'ai appelé ma famille, c'est-à-dire mon épouse et mes deux filles. J'ai d'abord posé la question à ma femme. Maintenant que la transition est à terme, faut-il rendre le pouvoir ou bien rester ? La réponse de madame ne se fera pas attendre. Il faut rester a-t-elle répondu. Idem pour ma première fille. C'est seulement la benjamine qui m'a dit: N'est-ce pas Papa tu avais pris l'engagement devant le peuple malien qu'après la transition tu allais rendre le pouvoir ? Oui répondis-je. Alors il faut respecter ta parole. Mais aujourd'hui, je ne le regrette nullement. » avait-il dit.

Quant à John Jerry Rawlings, il n'est plus à présenter aux yeux des africains et ceux d'ailleurs. Car il est incontestablement le père de la Démocratie ghanéenne qui est aussi était venu au pouvoir par les armes. Mais il n'a pas manqué son rendez-vous avec l'histoire. La démocratie et la bonne gouvernance que connaît aujourd'hui le Ghana est exemplaire à travers le continent africain. Pour preuve, c'est dans le seul pays africain où les Etats unis d'Amérique ont investi plus d'un milliard 200 millions de dollars. Et c'est le seul pays africain que le nouveau locataire de la Maison blanche, Barack Obama,  a visité.

Pour Robert Guéï, un autre soldat venu au pouvoir pour balayer la maison et qui a voulu s’éterniser au pouvoir. La rue qui l’a mis au pouvoir quand elle s’était aperçue que le Général voulait confisquer le pouvoir l’en avait arraché jusqu’à laisser son âme. La guerre civile qui en a résulté a laissé des stigmates qui sont encore vivaces malgré les efforts des uns et des autres pour ramener la paix et l’unité nationale. Le capitaine Moussa Dadis Camara, de son côté, est libre de respecter ou de faire fi de ses engagements, organiser un hold-up électoral et l'emporter avec la majorité absolue des suffrages dès le premier tour. Car comme disait l'ancien Président gabonais feu Omar Bongo" Il faut être un imbécile pour organiser des élections et les perdre".

Pour l'heure, le destin du pays est en jeu dans cette politique de jeu de chat et de la souris. Il reste à savoir si les forces vives pourront contrecarrer les ambitions de la junte. En tout cas, de l’analyse de nombre d’observateurs, il est difficile de compter sur les leaders politiques guinéens qui veulent prendre le pouvoir sans s’égratigner et qui, durant plus d’une décennie ont été incapables de faire partir le Général Conté du pouvoir même étant très malade. Dans ce cas, pourront-ils faire partir un jeune Capitaine très engagé ? Ou bien pour une fois accepteront-ils de s’unir pour obliger la junte de respecter sa parole d’honneur en arbitrant les élections prochaines ?

Il est important de reconnaître que contrairement aux leaders politiques de la sous région, les responsables des partis politiques n’ont jamais organisé des marches de protestation contre la violation des droits civiques. Ils préfèrent soit voyager ou se cacher lorsque les jeunes et femmes décident de descendre dans rues pour réclamer leurs droits.  Les exemples les plus récents sont ceux du janvier-février 2007 et récemment avec le Mouvement Dadis Doit Partir (MDDP) pour s’opposer au Mouvement Dadis Doit Rester (MDDR).

Il est donc temps, grand temps pour les leaders politiques guinéens-que certains qualifient d’opposition  la plus bête de l'Afrique francophone - de définir une nouvelle stratégie de conquête du pouvoir. Sinon, le Palais Sékoutoureya, sera pour eux « du miel » enfermé dans une bouteille. A bon entendeur salut.


Bah Ibrahima Gallé
Aminata.com


www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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