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« Il n’y a au monde que deux manières de s’élever, ou par sa propre industrie, ou par l’imbécillité des autres ». LA BRUYERE Après avoir déploré le déroulement scandaleux des cérémonies du cinquantenaire, je voudrais hasarder une esquisse de bilan des cinquante années « d’indépendance de la Guinée », de Sékou Touré à Lansana Conté. Je peux dire sans risque de me tromper, que nous sommes tous d’accord que l’Etat n’existe pas et n’a jamais existé depuis 1958. J’ai entendu un ancien premier ministre d’un pays africain voisin, dire que « l’histoire de la Guinée s’est arrêté en 1958. » Nous venions de bomber la poitrine à Conakry pour avoir renvoyé de notre « aérohangar » des fils d’Afrique, anciens ministres et premiers ministres dans leur pays, venus assister à un symposium organisé par le leader d’un parti légalement constitué en Guinée. C’est aussi une particularité guinéenne : le mépris du droit et l’ignorance de toutes les règles régissant les conventions internationales. Mais, revenons au cinquantenaire ! Puisque nous sommes d’accord et conscient qu’il n’y a jamais eu d’Etat, essayons de voir si au moins le pays a été gouverné, et donc, a eu des chefs d’Etat, autrement, si Sékou Touré et Lansana Conté ont effectivement présidé la République. Pour ce faire, je vous soumets le profil dégagé par Jacques ATTALI, l’un des français les plus éminents et brillant professeur d’université, qui fut conseiller spécial du Président de la République Française. L’introduction de son livre « C’était François Mitterrand », édité chez Fayard, est la suivante : « Présider la République (…) ne s’improvise pas. Il y faut une connaissance approfondie du pays, une passion pour ses habitants, des compétences administratives et juridiques exceptionnelles, une analyse rigoureuse des enjeux stratégiques du temps, une considérable capacité de travail, une grande mémoire, une immense résistance physique. Et aussi, du caractère, une grande maîtrise de soi, une faculté d’anticipation, des repères moraux, une disposition à reconnaître ses erreurs et à changer d’avis, enfin et peut-être surtout, une vision (du pays) et du monde, et un projet suffisamment fort pour se permettre d’être indifférent aux critiques, en acceptant, si nécessaire, une impopularité provisoire. » Et Jacques ATTALI d’ajouter : « François Mitterrand avait tout cela ! ». Sékou Touré et Lansana Conté avaient-ils cela ? Le débat est ouvert et je laisse chacun de nous, en son âme et conscience, y répondre. Par contre, ce que je peux dire sans être démenti, c’est que l’état du pays après cinquante années d’indépendance, est tout simplement désastreux, la situation des Guinéens, tragique. Et ce désastre est d’abord humain. Les premières ressources du pays qui ont été pillées furent les ressources humaines. C’était le label du PDG, et le CMRN n’a rien changé en cela. Il a amplifié le désastre, en installant un multipartisme sectaire et complaisant, qui a laissé la nation à l’abandon au profit de l’ethnie. Pendant ce temps la pauvreté, la maladie, l’analphabétisme et la délinquance sous toutes ses formes, meublent la misère nationale au quotidien. Le désastre est ensuite institutionnel, le pays est sans règles ni méthodes. C’est le pays des « institutions républicaines » sans république, ou la confusion du genre le dispute à la banalisation de la loi fondamentale qui réduit les attitrés de ces institutions, au rang de valets de l’exécutif. Toute chose qui autorise l’entourage du palais à faire passer l’épouse ou les épouses et maîtresses du chef de l’Etat, avant eux dans l’ordre protocolaire. Le désastre est enfin matériel. Conté est aujourd’hui sous la coupe de pirates du trésor, qui ont fait du pays une mangeoire au menu fait de scandales qui n’émeuvent personne en Guinée ou à l’étranger. C’est devenu un phénomène banal de société, au point de rendre fou les auteurs de la casse publique, qui n’ont de souci que celui de conserver le pouvoir après Conté. C’est l’enjeu des luttes entre gangsters installés autour de celui qui porte le titre de Chef de l’ETAT. La tragique situation des Guinéens se traduit par les risques de déflagration et de périls sociaux qui les menacent, sans qu’ils ne soient en mesure de les prévenir ou de se prémunir des conséquences, le cas échéant. Tout peut arriver en Guinée à tout moment ! Cette tragédie qui pointe, est la seule ambition que je connaisse à CONTE pour notre pays : le déluge, le feu, le sang et la désolation, après lui. Cinquante années après les événements dramatiques des luttes qui ont marquées l’avènement de l’indépendance, les guinéens se préparent à pire, sur fond de haines, de rancœurs et de règlements de compte. Ce sera Cinquante années passées par pertes pour tous les guinéens qui sont coupables d’avoir laissé faire deux minables comptables : SEKOU TOURE et LANSANA CONTE. Drahmane Touré pour www.guineeactu.com
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