jeudi 17 avril 2008
Que sont devenues les huit priorités du Gouvernement de consensus ?
Lansana Kouyaté

L’on se rappelle, le jeudi 29 mars 2007, les Guinéens avaient suivi avec beaucoup d’intérêt le « grand discours » du nouveau Premier ministre diffusé sur les ondes de la radio télévision nationale. C’était à la faveur de la formation du gouvernement de mission. Lansana Kouyaté avait profité de cette sortie pour annoncer  huit priorités auxquelles son gouvernement devait s’atteler. Mais aujourd’hui les choses sont loin d’être comme prévu.

Premièrement, « la consolidation de l’unité et la préservation de la paix dans notre pays ».

Cette première priorité que s’est fixée le gouvernement dit de consensus n’a pas encore produit l’effet escompté, car jamais le tissu social n’a été aussi détérioré que maintenant. Au sommet de l’Etat, c’est la lutte des clans qui occupe les esprits. Certains hauts cadres luttent pour déstabiliser sont accusés d’avoir des  lobbies autour du chef de l’Etat, afin de saper toute action de l’équipe en place. Les décrets portant annulation de cession des hôtels à la société Laico-Guinée, en sont une illustration.

Deuxièmement, « la promotion d’une justice indépendante gage de l’Etat de droit ».

Que dire de cette justice ? Si ce n’est qu’elle ne fait rien qui puisse attirer les investisseurs. De nombreux dossiers restent sans conclusion, à cause du manque de transparence qui entoure le fonctionnement du secteur judiciaire en Guinée. Les enquêtes sur les tueries de juin 2006 et janvier et février 2007 traînent les pas. Les parents des victimes pleurent leurs morts et attendent désespérément que la justice face la lumière sur cette boucherie. L’image de la Guinée est en réalité écornée par sa justice.

Troisièmement, « le plein emploi de la jeunesse ».

Cette autre priorité annoncée par le locataire de la primature aura suscité beaucoup d’enchantement. Quand on sait que le manque d’emploi de la jeunesse guinéenne était devenu un mal endémique. Les milliers de diplômés cherchent en vain où mettre la tête. Quelques rares parmi ceux qui ont été admis à la fonction publique depuis plus de trois ans sont toujours à la maison. Policiers, inspecteurs et administrateurs civils nouvellement recrutés commencent à perdre patience. L’Etat aurait mieux fait de régler les problèmes de prise en charge de ces cadres et du cas des contractuels de l’Education, dont le nombre se chiffre à des milliers.

« La restauration de l’autorité de l’Etat, le rétablissement des équilibres macro économiques en vue de renouer avec nos partenaires au développement se trouve être le cinquième pacte…»

Rien de cette théorie n’a été concrétisé. De la mémoire des observateurs, l’autorité de l’Etat n’a jamais été aussi bafouée qu’elle l’est après la « grande expérience » de janvier et février 2007. Aujourd’hui dans les quartiers de Conakry, les citoyens sont prêts à descendre dans la rue dès qu’ils se sentent opprimés dans leurs droits. Ils ressentent de la répugnance vis-à-vis des agents des forces de l’ordre.

D’ailleurs certains agents en uniforme n’osent plus s’aventurer dans certains lieux de peur d’être pris pour cibles. L’insécurité bat son plein et les coupeurs de route dictent leur loi aux usagers de la route. L’on a encore en mémoire l’attaque qu’avait essuyée l’année dernière le  cortège ministériel, sur la  nationale Dabola-Kankan.

Sixièmement, « la mobilisation des ressources nécessaires au développement des infrastructures et la fourniture des services sociaux de base : eau, électricité, santé, transports ».

Le processus de développement de la Guinée marque le pas. A cause d’un manque criard  d’infrastructures. Ecoles, hôpitaux, routes et autres infrastructures publiques restent insuffisants. Quant aux services sociaux de base à savoir l’eau, l’électricité, la santé et les transports, ils étaient assurés autrefois mieux qu’aujourd’hui, à en croire de nombreux observateurs. Comme le disait un écrivain de la littérature des indépendances, « le Guinéen a faim, il a soif, il croupit dans les ténèbres et se déplace à coût élevé sur des routes dégradées. »

« La promotion du dialogue politique et social, ainsi que l’application des accords avec les partis politiques en vue d’un déroulement correct et transparent du processus électoral », était inscrit en septième rang de la longue liste des promesses du PM».

Encore sur ce plan, la nouvelle équipe dirigeante aura montré ses limites. Les élections législatives vont de report en report. L’on s’achemine vers un nouveau report puisque jusqu’ici la révision les listes électorales, l’installation des commissions de démembrement de la CENI, la subvention des partis politiques sont autant de situations qui traînent le pas. Sans compter les 44 milliards encore à chercher pour compléter le coût de ces élections qui s’élève à environ 130 milliards de francs guinéens. Rien ne  permet de dire pour le moment que les élections auront lieu entre le 23 novembre et le 14 décembre prochains comme l’a annoncé le ministère de l’Intérieur.

Le PM avait conclu par « la bonne gouvernance ». Malheureusement on est encore loin d’atteindre des résultats probants dans ce domaine. Avec des citoyens qui sont brimés à tous les coins de rue. A l’allure où vont les choses, on est loin du bout du tunnel. Et les promesses n’ont servi qu’à amuser la galerie.

Tonguino Faya Bernard
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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