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Il y a quelques années, j’ai découvert un peu par hasard cette Charte du Mandé. Depuis, j’ai cherché à approfondir mes connaissances sur ce sujet et franchement, j’ai été enchanté d’autant plus que j’étais déjà un grand admirateur de la civilisation malinké des 13e et 14e siècles, de l’épopée samoryenne et surtout je suis un fan de la musique malinké et cela depuis ma plus tendre enfance à Télimélé dans les années 40. Cependant, j’ai été profondément ulcéré et révolté suite aux pogroms de Siguiri et Kouroussa et du début de nettoyage ethnique de 2010.J’ai trouvé le comportement des nervis du RPG et des soit disant « Dozos », en réalité des miliciens à la solde d’Alpha Condé en contradiction flagrante avec le contenu de la Charte du Mandé ainsi que de La Charte de Kurughan Fuga. A cela s’ajoutait le silence de la communauté de Haute Guinée, qui ressemble à une véritable omerta.
Un Trésor enfoui !
Avec la permission de guineeactu, je vais reproduire ici la Charte du Mandé avant de poursuivre mon article. Cela vaut la peine car beaucoup d’internautes en tireront profit.
La Charte du Manden Youssouf Tata Cissé
La Charte du Manden ou Manden kalikan, aurait été proclamée en 1222 par Soundjata, fondateur de l'Empire du Mali, et ses pairs. Elle reste la référence majeure des sinbo, grands maîtres chasseurs du Manden.
1. Les chasseurs déclarent : Toute vie (humaine) est une vie. Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre vie, Mais une vie n'est pas plus "ancienne", plus respectable qu'une autre vie, De même qu'une vie n'est pas supérieure à une autre vie. 2. Les chasseurs déclarent : Toute vie étant une vie, Tout tort causé à une vie exige réparation. Par conséquent, Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, Que nul ne cause du tort à son prochain, Que nul ne martyrise son semblable. 3. Les chasseurs déclarent : Que chacun veille sur son prochain, Que chacun vénère ses géniteurs, Que chacun éduque comme il se doit ses enfants, Que chacun "entretienne", pourvoie aux besoins des membres de sa famille. 4. Les chasseurs déclarent : Que chacun veille sur le pays de ses pères. Par pays ou patrie, Faso, Il faut entendre aussi et surtout les hommes ; Car "tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface Deviendrait aussitôt nostalgique." 5. Les chasseurs déclarent : La faim n'est pas une bonne chose, L'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ; Il n'y a pas pire calamité que ces choses-là, Dans ce bas monde. Tant que nous détiendrons le carquois et l'arc, La faim ne tuera plus personne au Manden, Si d'aventure la famine venait à sévir ; La guerre ne détruira plus jamais de village Pour y prélever des esclaves ; C'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable Pour aller le vendre ; Personne ne sera non plus battu, A fortiori mis à mort, Parce qu'il est fils d'esclave. 6. Les chasseurs déclarent : L'essence de l'esclavage est éteinte ce jour, "D'un mur à l'autre", d'une frontière à l'autre du Manden ; La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden ; Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden. Quelle épreuve que le tourment ! Surtout lorsque l'opprimé ne dispose d'aucun recours. L'esclave ne jouit d'aucune considération, Nulle part dans le monde. 7. Les gens d'autrefois nous disent : "L'homme en tant qu'individu Fait d'os et de chair, De moelle et de nerfs, De peau recouverte de poils et de cheveux, Se nourrit d'aliments et de boissons ; Mais son "âme", son esprit vit de trois choses : Voir qui il a envie de voir, Dire ce qu'il a envie de dire Et faire ce qu'il a envie de faire ; Si une seule de ces choses venait à manquer à l'âme humaine, Elle en souffrirait Et s'étiolerait sûrement." En conséquence, les chasseurs déclarent : Chacun dispose désormais de sa personne, Chacun est libre de ses actes, Chacun dispose désormais des fruits de son travail. Tel est le serment du Manden A l'adresse des oreilles du monde tout entier.
Voilà la grande Charte du Mandé ! Les droits de l’homme proclamés au début du treizième siècle par les Chasseurs du Mandé bien avant ceux de 1789 ou ceux de 1948.Un trésor enfoui qui hélas n’a pas pu empêcher la terrible traite négrière outre Atlantique, ni le travail forcé, ni les dictatures en Guinée de 1958 à nos jours. Cependant des voix comme celles de Koumendian Keita, Camara Laye, Kaké Ibrahima et Diané Charles, ..., dignes héritiers de cette Charte se sont toujours élevées contre l’oppression et pour défendre la liberté. La célèbre chanson « MINUIT » résonne encore à mes oreilles depuis le début des années 50.Triste destin que celui de son auteur Fodéba Keita.
Omerta en pays Mandé ?
Je le pense sincèrement. Fils du grand Mandé et héritiers des Grands Simbos réveillez vous et rejoignez vos frères du reste de la Guinée pour combattre la dictature .Vous savez le faire et vous vous êtes toujours illustrés dans ce combat ! Depuis le 13e siècle avec Soundiata nous avons lutté contre les forces obscurantistes et d’oppression.
Pardonnez-moi grands Sages du Mandé, vénérables gardiens du Soso Bala, sans oublier les grands maitres Simbos de vous rappeler ces faits :
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Toute vie est une vie !
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Une vie n’est pas supérieure à une autre vie !
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Chaque esprit vit de trois choses :1) voir qui il a envie de voir 2)dire ce qu’il a envie de dire 3)et faire ce qu’il a envie de faire !
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Chacun est libre de ses actes !
Je n’en dirai pas plus. À l’instar des maitres Simbos, moi Diallo Boubacar, fils de Mamadou Bobo Doumba et de Kadiatou Sakho, je déclare solennellement que j’ai foi aux articles de cette Charte tout comme j’ai foi en l’Islam !
Was Salam !
Boubacar Diallo Doumba
www.guineeactu.com
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