samedi 21 juin 2008
Que faire maintenant ?
El hadj Mahmoud « Ben Saïd » Bah

À la vue du décret qui a restructuré le gouvernement, j’ai été pris d’un haut-le-corps face à la fourberie de la classe dirigeante de notre peuple. En effet, si ce n’est une perfidie, comment justifier un gouvernement de 36 départements dans les conditions actuelles de la Guinée ? Comment justifier, par exemple, l’existence à la fois d’un ministère du « Développement durable » et un autre du « Développement local », ou un ministère des « Affaires étrangères » et un des « Guinéens de l’extérieur » ?

Mais au lieu de se lamenter simplement, maintenant que cette structure est confirmée par la nomination des différents ministres, il y a lieu de se demander ce qu’il faut faire. Il ne sert à rien de crier les problèmes sans suggérer de solutions. Nul ne peut prétendre posséder la solution idéale, mais en combinant plusieurs idées on peut bien parvenir à une solution acceptable pour tous. C’est dans ce cadre que je me permets ici de faire une modeste contribution.

Tout d’abord, il faut être optimiste : on peut trouver du bien même dans la pire des choses. Un sage en compagnie de ses disciples passa un jour près de la carcasse d’un animal, et quand ceux-ci commencèrent à exprimer leur dégoût sur les restes de l’animal en décomposition, le sage leur lança cette remarque : « Notez qu’il avait une bonne denture, cet animal ! » Nous fondant sur cette leçon de morale, essayons de trouver, si minimes soient-ils, les mérites que présentent cette structure et le nouveau gouvernement. Personnellement je vois, entre autres, les trois points suivants :

  • Premièrement, par le ministère de l’ « Enseignement pré-universitaire et de l’Éducation civique », considérant le « verrou mental » (comme disait l’autre) et le manque de civisme dans notre société – le meilleur exemple nous est fourni par le comportement de nos frères en uniformes –, penser à l’éducation civique des    Guinéens est venu à point nommé.

  • Deuxièmement, de par sa pléthore la structure gouvernementale permet d’accommoder les éléments de diverses couches sociales et ainsi prôner le consensus.

  • Troisièmement, parmi les nouvelles entrées, deux permettent de mettre fin à des situations fâcheuses que nous vivions. Il s’agit des sieurs Youssouf Diallo du patronat et Tibou Camara du Cnc. La nomination du premier achève sa rivalité avec le sieur Mamadou Sylla, surtout que « l’ancien prisonnier » est pratiquement revenu en force à la tête de la prestigieuse institution, et celle du second met fin à son illégitimité au Cnc due à son jeune âge.

Ensuite chacun de nous, aussi bien les membres du gouvernement que nous autres, doit se dire qu’il a une part de responsabilité dans la situation et agir en conséquence. Aux nouveaux ministres, comme je le disais dans mon article précédent, les raisons (ouvertes ou cachées) de leurs nominations importent peu. Ce qui importe le plus, c’est leur honnêteté dans le travail à partir de maintenant. Qu’ils soient surtout avertis d’un danger : Pour leur survie politique, c’est sur les masses guinéennes qu’ils doivent miser. Ce n’est ni en assimilant leur avenir politique à celui du Président Conté, ni en comptant sur les appuis extérieurs qu’ils pourront survivre. Malgré l’enthousiasme que les populations avaient pour l’ancien Premier ministre au départ, ces mêmes populations l’ont laissé aller sans pleurer parce que justement il semblait miser trop sur les bénédictions du Président et sur son propre « carnet d’adresses » extérieures. On n’insistera jamais assez sur la question : Ce n’est point sur la force des canons d’une puissance quelconque qu’il faut compter, mais sur la force physique des Guinéens, cette force qui leur permet de marcher dans les rues pour protester ou de tendre la main pour saluer et sourire pour approuver ; ce n’est non plus sur la valeur du dollar, de l’euro ou du yen qu’on développera la Guinée, mais bien sur la valeur du franc guinéen : si l’aide extérieure est importante, l’effort interne l’est davantage.

À nous tous autres, individuellement pris, nous devons de prime abord penser à améliorer nos mentalités (nous saisirons une autre occasion pour revenir sur ce point, compte tenu de son importance). En plus de cette prise de conscience, nous devons nous porter tout près de ce gouvernement pour d’une part le supporter mais de l’autre le surveiller. Nous ne devrons pas rester inertes. Devant une situation que nous n’approuvons pas, la sagesse nous recommande d’agir selon nos moyens : Premièrement nous devons essayer d’apporter des corrections par la main, c’est-à-dire par des actions concrètes. À défaut, nous devons dénoncer le mal ; dans cette option l’internet est l’un des meilleurs outils à notre disposition. Même si nos dénonciations s’avèrent inefficaces dans l’immédiat, elles peuvent servir de témoignages dans l’avenir.

Collectivement, nous devons renforcer notre maturité politique, organiser notre représentation et avoir une vision judicieuse de notre avenir. Parlant de maturité nous devons, entre autres, faire preuve de patience et de tolérance. En fait, nous en avons déjà fait preuve avec l’avènement du nouveau Premier ministre. Si M. Souaré avait été nommé à ce poste en février 2007, il aurait sans doute été rejeté par les populations. Sans vouloir réveiller le chat qui dort, il nous souvient que le 14 février 2007, un de nos journaux en ligne disait ceci : « Labé (4 morts) : La maison de la mère de Hadja Asmaou [épouse du chef de l’État] et celle du Dr. Souaré, le ministre de l’Enseignement supérieur, saccagées. » Pourtant en mai 2008 il fut accepté, en tout cas pas officiellement rejeté, par ces mêmes populations. La maturité du peuple ici aura été de comprendre, avec l’expérience de M. Kouyaté, qu’il ne suffit pas d’avoir un Premier ministre « neuf » pour faire marcher les choses.

S’agissant de représentation, l’Intercentrale, supportée par la Société civile, était la force motrice du changement initié en janvier 2007. Toutefois sa démarche, surtout ces derniers temps, est devenue difficile à comprendre. Une des erreurs les plus sérieuses que commettent les syndicats est celle de présenter les revendications à la légère. Ici aussi nous nous rappelons assez de points mentionnés dans les avis de grèves mais qui furent simplement négligés pas la suite. Ce fut le cas, par exemple, d’exiger le rétablissement de l’ancien ministre de la Communication et des Nti dans le dernier avis de l’Intercentrale. Or une situation similaire est en cours : Dans leurs revendications de la grève actuelle, les syndicats de l’éducation demandent le respect des accords du 27 janvier, et, en filigramme, rejettent le nouveau Premier ministre, pendant même que son gouvernement entre en fonction et crée une commission de concertation.

Mais on ne peut pas trop blâmer les syndicats, car comme le soulignent les leaders des partis politiques, ce ne sont légalement pas des représentants de tout le peuple de  Guinée, malgré tous les services qu’ils lui ont rendus en initiant ce changement. En conséquence, il est impératif de se pencher sur la vraie représentation du peuple, une représentation qui sera universellement reconnue, en tout temps, en tout lieu et par qui que ce soit : une Assemblée nationale régulièrement élue. Nous ne pouvons pas négliger tous les autres aspects des la situation, mais nous devons avoir une vision éclairée : Dans l’immédiat, nous devons pouvoir trouver un compromis, dans la patience, sur tous ces autres aspects et nous concentrer sur les élections législatives. La venue d’un parlement digne du nom saura nous apporter la solution du problème.

Enfin, il y a une chose importante, de surcroît à la portée de tous, mais qui est fort peu mise à profit : la prière ! Le collège des imams nous convie, d’après les media en ligne, à des journées de prières individuelles et collectives du 20 au 22 juin face à la crise actuelle, avec des lectures intégrales et répétées du Saint coran. Dans le même sens le Conseil national chrétien commande des journées de prières et de jeûnes, tout en demandant aux autorités l’application « d’une justice équitable pour tous, nul n’étant au-dessus de la loi ». Justement, il semble opportun en même temps d’invoquer Dieu pour qu’Il applique sa justice aux criminels ici-bas déjà, maintenant. Ainsi, prions pour la paix mais en même temps maudissons nos oppresseurs. On le fait pour les grands criminels, et qui est plus criminel que celui qui fait souffrir tout un peuple ? Dans nos lieux d’adoration et dans nos maisons, lisons donc les textes saints et maudissons tous ceux qui font souffrir le peuple de Guinée, y compris et surtout ses dirigeants qui le trahissent : « O Dieu, Tout-Puissant, anéantis tous ceux qui oppressent les Guinéens et dilapident leurs richesses ! O Dieu, humilie ceux qui nous humilient et appauvris ceux qui nous appauvrissent ! Bon Dieu, aie pitié du peuple de Guinée : rends aux Guinéens leur souveraineté, leur bonheur, qu’ils méritent ! Amen ! »

El hadj Mahmoud « Ben Saïd » Bah, Japon pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ibrahima sako, dimanche 22 juin 2008
etre optimiste aec ce gouvernement ca pas non.
Alpha Diallo, dimanche 22 juin 2008
Monsieur Bah, je partage toute votre analyse sauf sur les ministères des affaires étrangères et des guinéens de l`extérieur. Les Guinéens de l`extérieur à mon sens ne sont pas des étrangers qui relevent de la politique étrangère. Sinon pour le reste je rajouterais les exemples du ministère de l`élevage et de la protection animale, séparé du ministère de l`agriculture. Je peux peut être concéder que le ministère de la pêche et de l`aquaculture soit à part, mais scinder les deux premiers me semble abérrant. Mais peut être aurais-je tort et qu`avec un tel ministère, les bovins, ovins, porcins et volailles vont considérablement augmenter sans maladie et bien en chair mais sans hormones. Parcontre est-ce qu`avec la protection animale, les services vétérinaires comme les soins des chiens vont relever de ce ministère? Je conseille au nouveau ministre de s`intéresser aussi à la production du lait(stérilisé) afin de réduire la dépendance extérieur du pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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