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 | Sommet de l'UA, 30.6.2008 |
Beaucoup d’interrogations sont posées sur l’absence de la Guinée au sommet de l’UA de Charm El-Cheikh. Si son absence n’a pas semblé préoccuper ses pairs, les observateurs de la scène politique guinéenne l’ont interprétée de diverses façons. Sous toutes les formes, aucune justification honorable ne peut être donnée. Pour un des membres fondateurs les plus actifs de l’OUA, chaque sommet de l’organisation est un rendez-vous important pour s’exprimer sur les problèmes brûlants du continent. C’est justement au moment décisif de mettre le gouvernement de l’Union Africaine en place que la Guinée choisit de tirer au flanc. Pourquoi ? Nombreux sont ceux qui pensent que le président de la république avait demandé au Premier-ministre de s’abstenir d’aller à Charm El-Cheikh ; d’autres affirment qu’il a été carrément empêché ou interdit de s’y rendre. Et si l’on prête crédit aux dires du ministre de la Communication et des NTI et porte-parole du gouvernement, c’est le PM qui aurait finalement choisi de son propre chef de ne pas s’y rendre, pour raisons de priorités et d’urgences brûlantes nationales. Peut-être, pour « ne pas faire comme Kouyaté »…serait-on tenté d’entendre. En échafaudant toutes les hypothèses, on pourrait se hasarder de dire que la constitution d’un gouvernement pour l’Afrique ne concerne pas la Guinée, puisqu’elle n’en ferait pas partie. Par frustration ou par offuscation, elle a préféré ne pas aller en tant qu’observateur pour occuper un strapontin et pour cautionner un état de fait. Cela implique que sa diplomatie est en chute libre, premier constat. Dans ce cas, quel est son statut réel, actuellement, au sein de l’UA ? Ensuite, à supposer que Tidiane Souaré ait décidé de son propre chef de ne pas se rendre à Charm El-Cheikh, une autre hypothèse surgit et qui fait dire que le gouvernement qu’il vient de composer a besoin d’être accompagné et a besoin d’être mis au diapason de la « politique nationale », comme par exemple assister aux réunions du PUP. Autant être au four et au moulin, comme PM et militant « en vert » du PUP, qui veut organiser des élections transparentes et acceptées de tous. La CENI aurait bien des soucis à conduire ces élections comme elle le prétend, et pour cause, l’interférence de l’administration qui, on peut s’en douter dès lors, ne sera pas cachée. Voilà les premières appréhensions des partis politiques, y compris de ceux qui sont parties prenantes à ce gouvernement. Pour le gouvernement de consensus, c’est un rendez-vous manqué, à moins qu’on ne se trompe ! Mais à Charm El-Cheikh, il y avait aussi le problème du Zimbabwe à débattre, et c’est une laideur qui concerne tous les pays et tous les dirigeants du continent. Le pays est en faillite, et il n’est pas tombé en faillite si rapidement tout seul, soit dit en passant, mais la politique nationaliste et d’exclusion du régime Mugabe n’a rien fait pour retarder les échéances, non plus, si elle n’a pas tout précipité… De là, les positions sont partagées et tranchées : Ceux qui sont au pouvoir le soutiennent et ceux qui veulent le pouvoir le condamnent, les nostalgiques, aussi. Dans une intervention d’un leader du PDG-RDA, on pouvait lire « je félicite Robert Mugabe ». Au vu de ce qui s’est passé au Zimbabwe, ce jusqu’au-boutisme a-t-il encore un sens ? Des dizaines de morts, d’atrophiés, d’exilés par suite des violences et menaces de tous ordres parce que ces personnes n’ont pas voté Mugabe ? D’ailleurs, se réclamer en 2008 de Sékou Touré, qui avait changé le fusil d’épaule depuis 1980, avec son « offensive diplomatique » et soutenir aveuglement Mugabe, n’est-ce pas un paradoxe ou un anachronisme criant ? Le responsable suprême de la Révolution n’avait-il pas reconnu ses erreurs en disant que sa parole n’est pas une montagne à déplacer ? Peut-on se souvenir encore de cette phrase : « Je n’ai jamais été communiste » ? Or, les agissements de Mugabe ne sont-ils pas inspirés de la méthode du goulag ? Même la Russie et la Chine ont abandonné certaines pratiques de cette politique pour se conformer tant soit peu à la nouvelle donne. Faire le demeuré et faire du sur place, c’est du pareil au même. Si telle doit être la politique du PDG, qui cherche à reconquérir le pouvoir, cela peut faire couler de la sueur dans le dos des Guinéens, qui n’ont plus envie de revivre le passé et encore moins vivre ce qui se passe au Zimbabwe, actuellement. Déjà, des voix s’élèvent pour qualifier les exactions au Zimbabwe comme des crimes contre l’humanité. Le PDG veut-il être mis dans ce même panier de crabes ? Aussi, soutenir aveuglement ce Mugabe veut montrer ce que le PDG avait comme pratique, car qui s’assemblent se ressemblent, ne serait-ce que dans la pratique politique. Voilà un autre rendez-vous politique manqué ! Momo Bangoura doit se ressaisir, s’il ne veut pas passer pour l’épouvantail des leaders politiques aux yeux des nouveaux Guinéens, qui n’ont pas connu cette période de plomb ancrée dans la mémoire des anciens ! Si, à l’heure actuelle, on parle de réconciliation nationale, n’est-ce pas chercher à enterrer les abus et dérives du temps de la première république et de celui de la deuxième ? Ce qui nous ramène à rappeler aux oublieux que le président de l’UFDG, qui, comme Esaü avait cédé son droit d’aînesse à Jacob, et qui a été persécuté toute sa vie durant, parce que considéré comme l’un des ennemis publics numéro Un de la Révolution, refusait d’entendre parler de « gouvernement de réconciliation nationale » comme quoi il n’y a pas eu de guerre civile en Guinée pour qu’on en parle tant, mais, quand le PDG fête le 14 mai ou le 26 mars, les enfants des victimes du Camp Boiro manifestent et clament « Plus jamais ça ! ». Que signifient de tels actes aux yeux du président d’honneur de ce parti ? Et voilà, en plus, que son parti entre au gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré pour occuper le poste de ministre de la « réconciliation nationale ». Vlan, Boomerang ! Les Guinéens ne vont pas passer tout le temps à se réconcilier. Ce n’est pas un ministère qu’il fallait pour cette chose, mais une commission nationale temporaire. C’est ici qu’il faudrait parler ! Nom d’une pipe mal allumée ! Patatras verbal de verbeux ou autre chose, voilà encore un autre rendez-vous manqué ! A côté de ces minuscules rendez-vous manqués au niveau national, il faut remarquer qu’au niveau international il y a des retrouvailles qui sont aussi des coups durs. Ainsi, au sujet des Jeux olympiques de Pékin, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. La France est entrée dans la présidence tournante de l’Europe depuis le 1er juillet, et comme partenaire commercial de la Chine, elle occupe une place très en vue. Seulement, en s’arc-boutant sur les principes sacro-saints de la démocratie, elle s’est trouvée en porte-à-faux entre sa politique commerciale et sa politique humanitaire. Rama Yade, la pétroleuse la plus en vue de l’Hexagone l’avait prédit : la présence de Sarkozy à l’ouverture des jeux est conditionnée. Bernard Kouchner l’avait infirmée et Sarkozy avait tranché pour dire que sa venue était conditionnée au dialogue avec le Dalaï Lama. Le parcours de la flamme olympique avait connu bien des tourments et la Chine a fait comme si elle avait renoué le dialogue avec le Dalaï Lama, pour les doux yeux de la France, mais voilà entre-temps que George Bush vient de faire connaître son désir d’être à Pékin. Du coup, Sarkozy se ravise et lui emboîte les béquilles. Mais, non contente de voir Sarkozy changer de cap, elle le met clairement en garde pour lui signifier que sa présence aux Jeux est une chose mais que s’il s’aventurait à recevoir le Dalaï Lama en septembre, lors de son passage à Paris, il va s’en ressentir sur les rapports commerciaux entre eux. Eh, wotan ! La Chine qui fait chanter la France, qui l’eût imaginé l’an passé ? Pour un coup dur, c’en est vraiment un coup de massue, au vu du sourire crispé de Sarkozy en compagnie Hu Jintao au Japon. Sans dire que le sommet du G8 était un sommet pour rien car rien n’a été pratique : s’il faut attendre 2050 pour voir la réduction de 50% des gaz à effet de serre par les pays industrialisés, d’ici-là, la planète aura étouffé. Mais le changement climatique ne concerne pas seulement les pays industrialisés, qui dégagent toutes sortes de gaz mais aussi les pays miniers et pétroliers, qui contribuent énormément au réchauffement du climat. L’exploitation des ressources du sous-sol de toutes sortes entraîne un réchauffement climatique car les matières qui conservent et qui régulent la température son transformées en produits polluants à grandes consommation. Voilà un autre rendez-vous manqué ! Le plus grand rendez-vous manqué de la Guinée, c’est l’absence au sommet de l’UA de Charm El-Cheikh, et qui ressemble aux yeux de nombreux observateurs politiques comme un exil politique au sein de l’UA. À moins qu’Ahmed Tidiane Souaré ne donne des explications apaisantes à toutes ces spéculations, nous retiendrons que l’absence de la diplomatie guinéenne à Charm El-Cheikh au moment décisif de la mise en place d’un gouvernement de l’UA est une surprise, quand on connaît le rôle qu’a joué la Guinée au sein de cette organisation continentale. La Guinée aurait-elle jeté l’éponge ? La question reste en l’air ! L’Indépendant partenaire de www.guineeactu.com
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