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Lundi passé, le coach du Syli National a donné une conférence de presse au siège de la Féguifoot pour tenter de se dédouaner lui-même puisque personne ne le fait plus pour lui, abandonné à son propre sort par des contre performances patentes qui ont plongé le Syli National dans une zone de turbulence dangereuse.
On le savait, si Nouzaret décide de se mettre à table, bien des choses et pas catholiques seraient mises à la connaissance du grand public. La composition du staff technique du l’équipe nationale de Guinée avait fait jaser par son manque criant de résultat. Si Nouzaret s’en défend pour déverser un peu sur le comportement des joueurs, sans vouloir le dire, il en verse autant sur la Féguifoot. Même à mots couverts, ils ressortent bien la carence et l’affairisme qui règne au sein du Syli National.
Lors d’une réception donnée par l’ambassade de Libye au Novotel de Conakry en 2006 ou 7, on ne sait plus, le Syli National était à l’internat dans ce même hôtel. J’y étais avec Souleymane Diallo, du Lynx. Après la réception, on était sorti et on avait trouvé des joueurs , et les plus en vue de l’équipe, notamment Fodé Mansaré et Kémoko Camara devant le portillon en compagnie des gardes en tenue. Dès qu’ils nous ont aperçus, les gardes avaient sonné l’alarme en disant dans la confusion « Rentrez, voilà les journalistes ! » Bien entendu, ni Kémoko, ni Mansaré, ni les gardes ne faisaient attention à votre plumitif, qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’ont jamais vu de leurs yeux. « Où est ce Moïse Sidibé ? » personne ne pouvait l’indexer et ce mec pouvait se contenter d’observer à loisir leurs agitations et agissements sans se manifester. Voyant que les invités se retiraient en grand nombre, une décision venue de l’intérieur de l’hôtel avait intimé aux joueurs devant la rentrée de rejoindre le reste de la troupe et nous avions tout vu
De tel laxisme, on avait dénoncé à plusieurs reprises. On avait vu les poignées louches échangées entre les joueurs et ceux chargés de les canaliser pour les empêcher de trop veiller avant chaque rencontre.
Robert Nouzaret vient de dire qu’il avait surpris les joueurs dans les chambres d’hôtel et même dans les toilettes, avec des filles, cela ne peut étonner que les naïfs. C’est pratique courante moyennant quelques sous.
Le niveau du football guinéen est en deçà des attentes, et il tombe bien vite dans la médiocrité par un championnat sans niveau ; dixit Nouzaret, mais la cause est connue. Comment veut-on que le niveau du championnat soit rehaussé quand les jeunes talents sont immédiatement exportés par des recruteurs venus de tous les horizons. Cela ne doit étonner personne quand c’est le gouvernement qui cautionne les tournois de détection.
Voilà une pratique qui tue le football au niveau local. Le président de la CAF, Issa Hayatou avait promis à Accra de venir patronner un de ces tournois et on l’attendait tellement de pied ferme qu’il a trouvé nécessaire de ne pas faire le déplacement. Il avait bien des questions à répondre, heureusement qu’il avait annulé son voyage sur Conakry.
Autre chose, si les joueurs du Syli National se comportent de façon désinvolte et leur peu d’égard pour les règles d’internat, que dire du laxisme des encadreurs et intendants ? Mais aussi, si les Guinéens se mettent à encenser les footballeurs pour les mettre sur un piédestal qu’ils n’ont pas atteint, c’est bien légitime qu’ils se considèrent et se voient en vedettes pour faire ce qu’ils veulent. Le manque de patriotisme des joueurs dénoncé par le coach n’est le fait que de l’encadrement technique et des responsables de l’internat. Quand on reçoit de l’argent des joueurs pour leur permettre de « resquiller » dans la discipline, on n’agit pas en faveur de ces joueurs mais contre eux. Les performances escomptées ne seront jamais atteintes.
Pour éradiquer ce phénomène qui tend à s’institutionnaliser, il faut une purge au sein de l’intendance et de l’internat. Nouzaret n’est pas exempt de cette purge puisqu’il encaisse tous ces faits depuis toujours. Si ce n’est que maintenant qu’il bronche, c’est que vraiment il n’a plus de cartouche dans son fusil. Ce qui signifie en clair que l’appréhension pour le match contre les Eléphants de Côte d’Ivoire est grande. Panique à bord, d’où ce déballage !
Cela peut-il contribuer à sauver la tête de Robert Nouzaret ? La balle est déjà partie, ce qui reste à sauver est peu, et la Guinée est obligée de consommer la chose jusqu’à la fin. Vouloir changer de coach en ce moment est une chandelle bien belle pour sauver la réputation de Nouzaret. En toute lucidité, les Guinéens doivent penser dès maintenant à la relève et surtout à la création des centres de formation avec des règlements stricts vis-à-vis des clubs. Sans une réglementation, les clubs ne sont que des vendeurs de bétail pour dégarnir le football local.
Une restructuration du football au niveau national est indispensable, et pour cela, les mauvaises graines ne doivent plus être dans les structures de ce football.
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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