lundi 16 novembre 2009
Quand les rats quittent le navire, il n’y a aucun doute sur l’imminence de son naufrage!
Saifoulaye Diallo

Pourquoi - aujourd’hui en Guinée – suffit-il que quelqu’un exprime une opinion mettant à nu la faiblesse des uns pour qu’il soit assimilé à un acteur à la solde des autres? Ne peut-on plus croire en des principes et les exprimer sans forcément “soutenir” quelqu’un? Et, quelle est cette conception de la démocratie qui voudrait que toute opinion différente à la nôtre soit à bannir? Pourquoi faudrait-il invectiver quelqu’un pour ses opinions? «Tout individu n’a-t-il pas droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions » Article 19 de la DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME? Ce dispositif ne concernerait-il que les “autorités”, n’est-il pas opposable au tiers?

Il faudrait que les Guinéens apprennent à utiliser la loi pour défendre leurs droits. Parce que «Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas» (Article 5 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 Août 1789).

Je comprends parfaitement la colère des Guinéens face à l’inacceptable: être toujours à la traîne de la société humaine à cause d’obscurs personnages qui tiennent coûte que coûte à diriger sans aucune qualité. Qui ne le comprendrait pas? Mais ce n’est pas parce que des tarés veulent mettre en péril la Nation qu’il faut emprunter leurs méthodes.

Certaines attitudes, au lieu de fédérer les Guinéens, ont tendance à les pousser dans les bras des malfaiteurs.

La cinquantaine d’énergumènes du CNDD ne sont pas TOUTE l’“Armée” Guinéenne (par exemple). Celle-ci compte certainement bon nombre d’éléments acceptable: ils ont une bonne formation et, se sont tenus (ou, ont été tenus) à l’écart des dérives occasionnées par leurs collègues favorisés par le clientélisme du système Conté. Ce n’est pas parce que ceux-ci sont restés sans réaction face aux diverses manipulations dont leur institution a fait l’objet qu’il faudrait les prendre d’office pour “complices”. Qui a essayé de les identifier et de les approcher pour comprendre leur position? Pourtant, ils ne sont pas tombés du ciel. Ils ont tous - comme tout le monde - des liens sociaux repérables et répertoriables: ce sont des pères, des fils, des neveux, des cousins, des maris, des gendres, des voisins, des promotionnaires, … En mettant d’office tous les militaires dans le même sac que ces abrutis du CNDD qui veulent plonger la Guinée dans le cataclysme, on pousse les “bons grains” à se solidariser avec “l’ivraie” pour leur propre survie. Et, ainsi, on renforce celle-ci (l’ivraie) sans en avoir l’intention.

Tout le monde est d’accord que le CNDD est illégal et illégitime. Mais, il n’en demeure pas moins qu’il détienne - de fait - l’autorité qu’il veut - à tout prix - confisquer.

Pourquoi ne pas élaborer une stratégie efficace pour le déloger de là sans trop de dégâts collatéraux?

Il serait donc temps de se départir de cette attitude négative et essayer de fédérer les énergies des Guinéen autour de projets constructeurs d’avenir.

Si je dis que les Occidentaux jouent à attiser le feu entre les nationaux d’un pays pour se retirer et les laisser se détruire, les exemples sont légion en Afrique: Du Katanga (au Congo) dans les années 1960, au Rwanda dans les années 1990, en passant par la Guerre du Biafra (au Nigéria) de 1967 à 1970. Ceci n’ôte en rien la responsabilité des Africains qui se prêtent au jeu. Faut-il pour cela se taire et laisser faire ou bien tirer la sonnette d’alarme, éveiller les consciences et pousser à adopter des attitudes responsables?

Le système n’est pas irréversible! J’ai donné le cas d’Evoé Morales de Bolivie: ce paysan cultivateur de coca s’est insurgé contre le projet étasunien d’éradication de cette plante traditionnelle vernaculaire sous le prétexte de «lutte contre le narco trafique». Sa campagne de sensibilisation a eu un écho favorable auprès des paysans indigènes qui étaient les “Damnés de la Terre” des régimes fantoches qui prévalaient jusqu’alors en Bolivie; et, ils l’ont porté au pouvoir. On connait la suite.

Je n’ai jamais nié - par ailleurs - l’importance des mesures prises par la communauté internationale à l’encontre de la junte à Conakry. J’ai plutôt questionné leur impact: le cas Ivoirien n’est pas identique point par point au cas guinéen; mais, ils sont similaires sur plusieurs points que j’ai signalé. Aucune autorité légale n’a proclamé Gbagbo vainqueur des élections d’Octobre 2000; ce sont les militants de son parti qui l’ont imposé dans les conditions et avec les conséquences que nous savons. Si les sanctions - quasi identiques à celles aujourd’hui infligées à la junte de Conakry par l’UA - prises contre Gbagbo et ses proches par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sous la férule de la France, ont permis de faire des avancées indéniables, force est de constater que les élections n’auront pas lieu le 29 Novembre 2009 en Côte d’Ivoire; soit presque dix ans après le début de la crise. Qui peut imaginer qu’en Novembre 2019 les Guinéens seront à se quereller sur une liste de candidats à valider?

Nos «amis» “soutiennent” le FFV dans son combat pour faire retourner les soldats dans leurs casernes; c’est tant mieux! Mais, ils pourraient les aider à faire mieux: instaurer sans heurt ni désordre quelconque une démocratie véritable. Le fait de souligner cette insuffisance n’est pas pour encourager l’irresponsabilité des Africains. Au contraire! Car, après tout, l’attitude de l’Union Européenne (par exemple) sur la crise guinéenne est très significative: ils ont laissé le soin à l’UA et à la CEDEAO de décider. Ce qui pourrait vouloir dire qu’ils sont fatigués d’entendre à chaque fois que c’est parce qu’ils décident à la place des Africains que ceux-ci s’embourbent. Soit! Mais, ils peuvent (ils ne sont certes pas obligés) proposer (et non imposer) aux Africains des mesures qui ont fait leur preuves ailleurs: j’ai évoqué par erreur l’OCDE dans “Ébarbons un peu les «bavures» de Benn Pépito”, je voulais parler de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe); les prises de position des mêmes acteurs sur des conflits similaires en Europe sont aux antipodes de celles qu’ils prennent quand il s’agit de l’Afrique. Peut-être ils sont de bonne foi! Comme je l’ai dit plus haut, on les a tellement taxés de paternalisme qu’ils ont tendance à reculer un peu maintenant. Car, personne ne leur a demandé de prohiber les activités des compagnies de mercenaires dirigées par leurs ressortissants sur le sol Africain; mais, admettons aussi que s’ils prenaient sur eux une telle initiative - à l’instar de l’Afrique du sud - je ne vois pas qui s’en plaindrait? Et, cela aurait pour conséquence de réduire l’accès des écervelés du CNDD à l’expertise de ces machines à broyer du Noir.

En plus, autant les Occidentaux sont capables de geler les avoirs des particuliers, autant ils peuvent le faire pour les États. On a vu des exemples pareils pour gêner les États considérés comme «voyous»; ne pas le faire à l’encontre du pouvoir en place à Conakry serait presque leur fournir une licence de gêner au maximum le processus démocratique.

Par ailleurs, nos «amis» savent pertinemment que les mesures proposées par la “Communauté Internationale” contre la junte à Conakry ne sont pas si efficaces que ça, c’est pourquoi ils (la France en particulier) ont demandé «pour raison d’insécurité ambiante» à leurs ressortissants de quitter la Guinée; qui peut leur en reprocher? Or tout le monde sait que quand les rats quittent le navire, il n’y a aucun doute sur l’imminence de son naufrage!

Le schéma est classique et, a été utilisé partout où il y a eu grabuge. La prochaine étape sera (en cas de pépin) le déploiement en deux temps trois mouvements des puissants moyens civils et militaires (les bases maritimes de Dakar et Abidjan) de la France pour évacuer les étrangers. Les soudards du CNDD et les “affreux” des compagnies Sandline et consorts vont se livrer à cœur joie avant qu’on ne décide d’envoyer - quand ce sera trop tard - des casques de différentes couleurs qui viendront se livrer à leur passe-temps habituel auprès de nos sœurs comme on l’a vu partout où ils sont passés.

C’est pour éviter ça que j’attire l’attention des Guinéens là-dessus! Et pourquoi me le reproche-t-on? Ça n’a rien à voir avec un prétendu «NATIONALISME» étriqué ou une prise de position partisane. Je ne le dit pas pour narguer un camp au bénéfice d’un autre. Avez-vous oublié que j’avais écrit ici: “La Guinée a des problèmes structurels; aucune solution conjoncturelle ne peut en venir à bout”? Certaines personnes y avaient vu toutes sortes de jeu, de calcul, de conspiration, … de patati et de patata.

Or, si on avait mis en avant la révision de la Constitution et des lois organiques, leur adoption par référendum, … avant de penser aux élections; aujourd’hui on serait dans un système constitutionnel. Il y aurait eu plus de chances de se débarrasser définitivement des «militaires» par cette voie que d’engager un bras de fer avec eux sur ce terrain-là; pour cela, il aurait suffit de se battre pour faire inscrire dans la Constitution et/ou le Code électoral des articles comme: «Pour être candidat à un poste électif au niveau national (député à l’Assemblée, Président de la République), tout militaire doit être au moins lauréat d’une académie militaire (ça c’est pour le niveau) et, avoir démissionné de l’armée cinq ans au moins avant l’échéance électorale à laquelle il veut participer (ça, c’est pour effacer l’influence de l’intéressé sur les troupes et écarter tout risque de recours à la force pour s’imposer)». Car, Une fois que la loi est adoptée par référendum, elle devient opposable au tiers.

Donc le combat des partis politiques et des associations devrait être sur ce terrain-ci en priorité. Personne n’en serait mort aujourd’hui. Pour la bonne raison que si le Forum des Forces Vives (avec l’appui disponible de la communauté internationale) exigent unanimement l’inscription de tels dispositifs dans le règlement, rien ne peut l’empêcher: la quasi totalité du Peuple est derrière lui pour un changement qualitatif; ce serait un gâchis que de ne pas pouvoir exploiter de façon appropriée cette force.

Tout le monde se plaint de la base ethnocentrique de nos organisations politiques et sociales; mais peu de gens proposent de solutions viables. Dans “Quels objectifs pour la transition en vue?” j’avais suggéré de faire inscrire dans la chate des partis politique le dispositif (Article) suivant: «Pour être agréé, tout parti politique doit avoir un minimum de cinq cent (500) militants certifiés par CRD (Communauté Rurale de Développement) et, un minimum de mille (1000) militants certifiés par Commune Urbaine». Et, j’avais expliqué que: «Ce dispositif éliminera tout caractère individualiste et/ou régionaliste des partis et, obligera les promoteurs de partis à apprendre à composer avec les autres, à tenir compte des positions différentes des leurs, à avoir un esprit de partage, de dialogue et de concertation pour pouvoir mettre sur pied des partis à vocation nationale, sans lesquels la Nation ne sera pas viable en tant qu’entité».

Les Guinéens des États Unis proposent un projet de Constitution pour la Guinée” titrait le blog guineenews.org dans son édition du 25 Octobre 2009. Jusqu’à présent, personne n’a eu écho de cette information en provenance tant des autorités de Conakry que du Forum des Forces Vives. Non seulement aucun d’eux n’en a eu l’initiative, mais, quand des citoyens guinéens prennent sur leur temps, leur énergie et leurs maigres moyens pour concocter quelque chose dans ce sens, ils se permettent de l’ignorer. Or, c’est l’une des voies viables pour l’avenir de la Guinée. Si non la SEULE!

À mon avis, cette politique de “je suis assis et, je ne me lève pas” et celle du “lève-toi je vais m’asseoir” ne marcheront pas. Il faudrait mettre des critères et des conditions pour pouvoir départager démocratiquement les protagonistes.

On nous a dit: «Et Sékou Touré et Lansana Conté ont délibérément violé des Constitutions bien rédigées». Ce à quoi nous avons répliqué: Si elles étaient aussi parfaitement rédigées, est-ce qu’il serait possible de les violer sans devoir subir aucune conséquences? Certainement pas! Et pour cause, nous avons indiqué les pouvoirs exorbitants du Président de la République dans ces deux Constitutions. Le dispositif qui veut que le Président de la République nomme à toutes les fonctions civiles et militaires comme il veut et quand il veut, sans aucun autre cadre de référence, soumet tous les acteurs publics à la seule volonté du Président de la République; qui devient, par ce fait, un monarque absolu dans la République. Ces Constitutions proclament bien la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la Justice; mais, ne les consacre point: non seulement les juges de la Cour Suprême sont amovibles, mais, la procédure de leur nomination ne diffère en rien à celle d’un simple fonctionnaire.

On nous a dit «qu’on préférerait un Nelson Mandela ou un ATT (Amadou Toumany TOURÉ) à la meilleure des Constitutions non appliquée». Soit! Alors comment pourrait-on sûrement obtenir des gens comme eux à la tête de nos institutions si on ne met pas dans nos lois des dispositifs nous permettant de filtrer les candidatures aux postes électifs et assurer un équilibre des pouvoirs pour ne pas qu’un d’entre eux prédomine et abuse de sa position dominante pour violer la Constitution?

D’où la nécessité de revoir de fond en comble ces constitutions et lois organiques. Il me paraît naturel que cela soit l’une des voies les plus appropriées pour sortir définitivement de la crise.

Pour ce faire, je suggérerais que le C.N.D.D., le F.F.V., la C.E.D.E.A.O., l’U.A., l’U.E., l’O.S.C.E., le Secrétaire Général des Nations Unies, … désignent chacun deux personnes - connues pour leur expertise en la matière - qui seront commises à la rédaction de ces textes.

Le Secrétaire Général des Nations Unies mandatera une personne qui sera chargée de choisir quarante hauts cadres guinéens (dix par région naturelle) dans les institutions internationales privées et publiques. On doit s’assurer qu’aucun d’eux n’a une affiliation politique. La commission chargée de rédiger les textes désignera parmi eux 12 personnes (dont 4 par région naturelle) - sur la base de leur CV, de leur intégrité et de leur esprit d’indépendance - qui formeront le gouvernement de transition qui aura pour tâche: l’expédition des affaires courantes (ils ne devront prendre aucun engagement à moyen et à long terme), l’organisation du référendum pour l’adoption des textes proposés, une fois que les textes sont adoptés, les promulguer et, procéder à la mise en conformité des acteurs politiques et de l’Administration aux nouvelles lois.

Les élections seront préparées et organisées par les futures structures issues de ces nouvelles lois sous la supervision de cette commission d’experts ayant rédigé les textes.


Lundi 16 Novembre 2009;                                              

Saifoulaye DIALLO


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
bocar condé, mercredi 18 novembre 2009
Merci pour votre contibution à ce débat que nous devons avoir la sagesse,de rendre plus lisible.En effet, les invectives, les semences de haine et autres écarts de langage ne sont pas des moyens idoines de mener séreinement le combat qui, à mon avis, doit s`appuyer sur des valeurs esquises et des pratiques dénuées de toute injustice morale et intéllectuelles: c`est à ce prix que les causes justes se défendent .
Youssouf Bangoura, mardi 17 novembre 2009
Cette fois, je vous dis merci, vos propositions sont justes et realisables, souhaitons que les forces en presence vous entendent. je suis de coeur avec vous.
Soromou, mardi 17 novembre 2009
Merci mr Diallo pour cet apport que les acteurs politiques ont interet a prendre en compte car aucune autre acquisition du pouvoir par la violence n`aboutira pa
Diallo M, mardi 17 novembre 2009
Verbiages steriles et ennuyants! Give us a breack now!
Cissé Oumar de Bma, lundi 16 novembre 2009
Toutes les personnes de bonne foi, capables de lire correctement et de bien comprendre ce qui est écrit, apprécieront l`importance de vos apports très constructifs, pour aider à sortir notre pays de sa situation chaotique. Nous devons poursuivre ce combat patriotique sans prêter la moindre attention à ceux qui passent leur temps à nier les réalités du monde. Il faut tout simplement les snober.
Souleymane Diallo, lundi 16 novembre 2009
Comme M. Saifoulaye Diallo est différant de son presque homonyme Safioulaye Bah qui pense et respire DADIS...
Tim, lundi 16 novembre 2009
Arretez de balancer du n`importe quoi sur le net. Cet article est d`un niveau très médiocre

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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