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Travail, Justice et Solidarité : telle est la devise de la Guinée. Mais à y voir de près, on est vite éloigné de cette réalité.
Ces trois vocables pour autant, porteurs d’espérance, sont aujourd’hui une coquille vide. Tant et si bien que même les justiciers abusent de la naïveté du peuple, pour asseoir un commandement qui n’en est vraiment pas un. L’heure de la refonte de la devise guinéenne sonne aujourd’hui comme un impératif, pour ce pays de l’ouest africain.
En Guinée, on a perdu le sens du travail, créateur de ressources et de bien-être. Et on accuse encore l’autre, dont on ne connaît point le visage : c’est lui qui n’a pas accordé aux travailleurs, les conditions optimales nécessaires pour exécuter une activité conséquente.
Justice : elle est l’ombre d’elle-même depuis des décennies : elle se meurt entre complaisance, corruption, ignorance des lois et incompétence de la plupart des magistrats.
Quant à la solidarité, elle a perdu de sa sensation ancestrale, puisée des entrailles africaines, depuis l’aube des temps.
Parmi donc les trois mots constituant notre devise, il nous paraît loisible, actualité aidant, de concentrer notre opinion sur la Justice. Ce système souffre tout d’abord d’infrastructures. Nombreuses Préfectures sont en effet, jusqu’à une date récente, dépourvues de Justice, Tribunal de première instance. Faute de volonté politique.
Entre autres illustrations : lors d’un de nos nombreux passages à Tougué, une ville aride de l’arrière-pays, plus d’une cinquantaine de voleurs de bétails avaient été jugés à la va vite. Mais dans une permanence construite depuis les premières heures du PDG. Le local qui devrait abriter ces assises, était hors service.
Outre ce problème infrastructurel, la corruption endémique. En effet, avec la précarité des conditions de vie qui frappe tout aussi les magistrats, il suffit de proposer aux hommes de la toge, des billets de banque, pour se faire absoudre. Au mépris de la loi.
On se demande donc pourquoi nos magistrats prêtent serment et le violent au même titre que les médecins et les autres Présidents de la République. Mais ceci est une autre histoire.
Ce qui parait surtout incompréhensible actuellement, en Guinée, c’est la façon dont on cherche à occulter des actes de meurtres, de tortures, etc. enregistrés ces dernières années, et ayant affecté plus d’une famille. On se souvient en effet, comme si c’était hier, la descente des Guinéens dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de vie et une meilleure gouvernance, et notamment qu’il soit mis fin à la corruption. La suite, on la connaît : l’armée que des gens applaudissent avec tant d’espoir aujourd’hui, a sauvagement réprimé la manifestation. Bilan : près de 200 morts, 1700 blessés et des dégâts matériels incommensurables. C’était en début 2007.
Mais un peu plus tôt, des élèves sont tombés sous les balles des hommes en uniforme, puisque voulant des enseignants. Un autre massacre a été enregistré à cet effet.
Et à chaque gouvernement, on évoque, avec une bonne dose de complaisance, ces « malheureux incidents ». Mais sans jamais poursuivre les présumés coupables et leurs commanditaires.
En ce début de 2009, les Guinéens se souviennent encore des massacres. Le CNDD qui fait l’objet de tous les lyrismes habituels et autres rêveries du Guinéen opportuniste et oublieux, ou dans une large mesure, crédule, n’a même pas fait semblant d’effleurer – dans leurs discours intempestifs à n’en plus finir – les regrettables tueries. A plus forte raison, intenter un procès contre X.
Pourtant, la société civile a créé un Observatoire national pour la démocratie et les droits de l’Homme, chargé de surveiller les violations de droits. Seulement, depuis sa création, la commission d’enquête n’est pas opérationnelle, selon son président, Mounir Hussein. Et les coupables des meurtres n’ont pas été traduits en justice, selon Mme Dufka de l’ONG HRW. Et quand on voit ces hommes en uniforme, se parader et se faire acclamer comme si de rien n’était, il y a de quoi ouvrir largement les yeux face à ce comportement que la naïve population perçoit comme le signe d’un changement positif.
Or, comme le recommande HRW, si le CNDD compte sérieusement lutter contre l’impunité, il doit réactiver à la fois la commission d’enquête et l’observatoire, et leur permettre de fonctionner de manière indépendante. « Il sera extrêmement important que [ces institutions] fonctionnent pour pouvoir surveiller les abus commis à l’approche des élections, ainsi que les abus plus chroniques », a indiqué Mme Dufka.
Comme quoi, il faut bannir l’objectif visant à blanchir le feu Président Lansana Conté. Pour cela, il est question de faire objectivement la lumière sur les responsables des tueries et des tortures des pauvres citoyens de la Haute Guinée en 1993-1994 et ceux de Conakry en 1998, 2000, 2006, 2007 et 2008.
A terme, chacun situera la responsabilité de l’armée guinéenne, appelée alors, par ailleurs, à garantir l’intégrité physique et morale des citoyens. Cette démarche est plus souhaitée que celle qui consiste à crier devant l’opinion : « Celui qui tue, il doit être tué », en parlant malheureusement, des bandits que l’on reçoit souvent, discourtoisement, en treillis dans nos familles et à des heures indues.
Le système judiciaire guinéen étant donc en proie à des carences, comme le manque d'indépendance du pouvoir exécutif, l'insuffisance des ressources, la corruption ainsi que la formation inadéquate des juges et d'autres employés, ne saurait jouer véritablement son rôle. De quoi laisser les Guinéens « avec un maigre espoir de réparations », suite aux douloureux évènements vécus dans la chair et dans l’âme.
Le CNDD, au lieu de lister des hauts cadres de l’Etat et autres opérateurs économiques sur les ondes de la radio d’Etat, devrait plutôt poursuivre ce sillon de l’Assemblée nationale, dont voici la teneur selon HRW : « En mai 2007, l'Assemblée Nationale a adopté une loi mettant en place une commission indépendante chargée d'enquêter sur les violences, et en septembre 2007, 19 membres de la commission ont prêté serment. Malheureusement, la commission n'a jamais reçu le financement ni le soutien logistique suffisant du gouvernement, et le mandat de la commission a expiré le 7 janvier 2009, sans que la commission ait pu mener une enquête ou produire un rapport. »
Visiblement, c’est un manque de volonté politique de traduire en Justice les auteurs de crimes et de rendre justice aux victimes. Cette impunité –qui est une atteinte au droit international- accroît par ailleurs, une sérieuse hantise de vengeance de la part des victimes, quel que soit le moyen.
Le nouveau président américain Barak Obama devrait inspirer les justiciers de la « nouvelle Guinée » quand il a déclaré, lors de son investiture, le 20 janvier dernier : « En ce jour, nous venons proclamer la fin des réclamations mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés, qui ont trop longtemps étouffé notre politique. »
Seul cet extrait est fédérateur, porteur d’espoir, d’équilibre et de justice. Les nouvelles autorités guinéennes peuvent en faire un bréviaire. Sinon, qu’on arrête de nous distraire !
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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