« Eau, électricité, "manger", infrastructure… tout n’est pas possible en même temps ».
Cette déclaration du chef de l'Etat lors de son discours à la cérémonie d'ouverture sur l'examen du document de validation des réformes de l'Etat et de modernisation de l'Administration, le 2 juin dernier, sonne comme un cri du cœur, un quasi-aveu d'échec.
Bien que les législatives s’approchent, le président du RPG (en fait il n'a pas démissionné encore), ne fait plus dans la dentelle pour tirer les leçons de son échec, face à la demande devenue pressante de ses concitoyens. Elu à la tête du pays suite à des joutes électorales controversées, que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de simulacres d’élections, Alpha Condé fait désormais face à la réalité du pouvoir. Pendant la campagne électorale, c’était le candidat qui avait le plus promis : le sac de riz à 25000 fg, des écoles à gogo (en raison de vingt-cinq élèves par salle, un ordinateur pour chaque étudiant et écolier), de l’eau et du courant électrique en six mois (où est d’ailleurs passé Georges Soros ?), oh j’allais oublier la gratuité de la césarienne dans les hôpitaux guinéens… bref Alpha Condé avait soif de suffrages pour rattraper son challenger Dalein, lequel était en avance de 26 points au premier tour.
De tout cela, rien. Alpha Condé fait savoir aux uns et aux autres que tout cela n’était que du vent, du bluff, des illusions… Et donc impossible à tenir. A peine élu, il déclare que « pour travailler la Guinée, il faut dix ans ». Il n’a pas été compris. Faut-il attendre une décennie pour lui demander un bilan ?
Pour être plus clair, il a parlé récemment du « besoin de manger à sa faim, besoin d’eau potable, d’électricité, d’infrastructure scolaire, routière… ». « Tous ces besoins, dit-il, ne pourraient être satisfaits à la fois, il va donc falloir choisir des priorités. Car tout n’est pas possible au même moment. » C’était le 2 juin 2011, à la clôture de l’atelier sur la réforme administrative tenue à Conakry. On ne peut être plus clair. Au cours de cette "oraison", on peut même dire que le chef de l’Etat s’est rebiffé parce que ses électeurs continuent de faire la sourde oreille. Bien qu’il tâche de leur faire comprendre la dure et triste réalité.
Pour l’instant, le pire est à craindre. Car la situation ne fait que se détériorer chaque jour davantage. En s’attaquant brutalement à une certaine communauté et aux opérateurs économiques locaux, en résiliant des contrats par décrets, en menaçant publiquement les uns et les autres, en faisant des décrets et contre-décrets comme du temps de l’autre, le professeur président fait fuir les investisseurs et sape l’élan de décollage économique attendu. Ajoutez-y la volonté de se hâter lentement pour aller aux législatives et la volonté manifeste de falsifier le fichier électoral ou encore le mépris avéré de la loi et la chasse aux sorcières engagée au sein de l’administration publique et autre secteur parapublic (les élus locaux de Dixinn, Ratoma et Kaloum en savent quelque chose). La Guinée file tout droit vers un blocus. Il y a aussi le laxisme, le clientélisme et le régionalisme qui se sont carrément emparé du nouveau régime avec son corollaire de licenciements arbitraires et autres bévues.
De nos jours, le manque de confiance en l’attelage gouvernemental et présidentiel fait que beaucoup de Guinéens, mais aussi les partenaires au développement, ont perdu tout espoir de changement. On n’hésite plus à comparer la Côte d’Ivoire et la Guinée, en termes d’aide extérieure, signe de la confiance des bailleurs de fonds. Alors que le nouveau président ivoirien ne perd plus une occasion d’engranger des centaines de millions de dollars, le nôtre se contente de miettes, notamment avec nos partenaires les plus généreux. Tout cela donne une peur bleue. Or, les perspectives ne font que s’assombrir. Le cavalier du changement risque bien de devenir un cavalier de l’apocalypse. S’il ne se ressaisit pas.
Oury Bah
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