|
Pour tout individu ou groupe d’individus, lorsque ses droits sont bafoués, revendiquer devient son droit le plus légitime. La manière de revendiquer ses droits témoigne de la qualité de l’écoute et des rapports sociaux au sein d’une société. Une société dans laquelle les revendications s’expriment par les armes témoigne du caractère archaïque et incivile des rapports sociaux au sein de ladite société. La principale revendication de l’armée, si elle est exempte du tout politique, est très noble car il s’agit de l’amélioration de leur condition de vie, ce que toute sensibilité sociale a le droit légitime de réclamer à ses gouvernants. Ainsi, en revendiquant leur droit par des tirs et des pillages, l’armée guinéenne témoigne du caractère archaïque et incivile des rapports sociaux en Guinée, car nous sommes tous unanimes, les syndicats en premier, que les interlocuteurs en face n’entendent que le langage de la force. Cependant, à une époque où le monde entier connaît une crise alimentaire, où la Guinée tente tant bien que mal de trouver un léger équilibre, où les populations guinéennes croupissent plus que jamais dans la misère et où le deuil des massacres de janvier 2007 n’est pas encore fait, exiger un sac de riz à 18 000 GNF et des dizaines de millions d’arriérés est totalement inconscient, inéquitable et malhonnête. L’armée guinéenne oublie peut-être que la grande majorité des populations continue à vivre dans la même galère, sinon pire. De plus, en réclamant tous ces millions, l’armée oublie également que c’est aux pauvres fonctionnaires et citoyens, qui achètent le sac de riz à près de 240 000 GNF, qu’elle demande de faire encore plus de sacrifices car ce n’est surtout pas aux Généraux. Cependant, à ce niveau aussi nous pouvons comprendre l’armée car il faut vraiment avoir des gouvernants opportunistes et autant lâches pour satisfaire à ce genre de revendications. · Pourquoi continuer à faire croire à l’armée qu’elle est une sensibilité supérieure aux autres sensibilités sociales de la Guinée ? · Où est-ce que l’Etat guinéen peut-il puiser aujourd’hui toutes ces sommes pour satisfaire aux réclamations des seules forces armées ? · Pourquoi faire à l’armée des promesses qu’il est impossible de satisfaire ? Il est vrai qu’avoir un dossier aussi brûlant à gérer dès son investiture à la primature n’est pas le meilleur des accueils, mais la décision de satisfaire à ces revendications enterre définitivement la moindre marge d’action et la crédibilité que ce nouveau gouvernement aurait pu revendiquer. · Le gouvernement du changement sera celui qui sera prêt, dès son investiture, à endosser l’impopularité des réformes, car il est impossible de réformer un iota du pays en ayant pour objectif de plaire à l’armée et aux syndicats. Aujourd’hui, toutes les sensibilités sociales sont appelées à serrer la ceinture, y compris l’armée. Il est évident que la répartition de la richesse est à revoir, mais en période de crise, il s’agit plutôt de faire en sorte que la misère soit équitablement partagée. · Le gouvernement du changement sera celui qui ne viendra pas seulement avec un projet politique et économique, ce sera le gouvernement qui viendra avec un projet de modernisation et de définition du nouveau statut de l’armée guinéenne dans la vie socioéconomique. · Le gouvernement du changement sera celui qui sera prêt à faire des concessions à l’armée tout en exigeant des devoirs à cette même armée. Il est insupportable que l’armée guinéenne soit l’une des couches les moins productives de la société et qu’elle continue à réclamer la part du lion. Il est impératif que l’armée participe aussi efficacement que les couches paysannes dans la production et la création de la richesse. Quant aux derniers soubresauts qui annoncent le blocage de l’Aéroport et des voies de communications dans le pays, certes j’adhère à la revendication du limogeage du Ministre de la Défense surtout si ce dernier est impliqué dans une quelconque affaire de malversation. Cependant, revendiquer le limogeage de tous les officiers supérieurs de l’armée n’est que indiscipline et insoumission caractérisée de ce qui devrait être le corps social le plus discipliné d’une nation : l’armée. Cela prouve que, même si nous continuons à l’appeler le Chef des armées, le titre de Général du chef de l’Etat ne vaut plus que pour lui et les protocoles. En tout état de cause, j’appelle l’armée guinéenne à la retenue et condamne fermement toute tentative de coup d’Etat militaire. La transition politique et démocratique est voulue par l’ensemble des Guinéennes et Guinéens, mais je fais partie de ceux qui croient fermement que la transition ne pourra réussir en Guinée que par le suffrage universel. Je condamne toute tentative de coup d’Etat militaire car encourager le changement par les armes c’est priver, 24 ans après mars 1984, la nation guinéenne de parachever sa mutation démocratique qui est sur le point de se réaliser. Je condamne toute tentative de coup d’Etat militaire car en l’encourageant, nous nous exposons à un recommencement de l’histoire d’avril 1984. Nous serons exposé car tant que cette armée sera indisciplinée, tout changement par les armes verra encore une fois la naissance d’une nouvelle dictature qui s’arrogera le droit de profiter sans partage de ce qu’elle pensera être son dû. En tout état de cause, si jamais l’armée guinéenne opte pour la force, alors qu’elle sache qu’il y a déjà un citoyen solitaire et volontaire, plus militaire qu’elle dans l’esprit et dans les actes, prêt à rendre le pouvoir aux populations guinéennes, par tous les moyens légitimes ! Quant à la composition du nouveau gouvernement, si c’est un véritable gouvernement d’union nationale, nous appelons encore une fois le RPG à ne s’exclure pour rien au monde à la composition de ce gouvernement et demandons au super ministre d’aller jusqu’à demander officiellement la participation du RPG. Il y va de l’intérêt général de la nation guinéenne. Puisse Dieu ramener la quiétude dans le cœur et la vie des populations guinéennes ! « On ne construit pas une société forte sur des choix mous. » Alain Madelin « N’ayez d’intolérance que vis-à-vis de l’intolérance. » Hippolyte Taine « Vive la voix de la jeunesse guinéenne, à bas le coup d’Etat militaire, pour que vive la démocratie guinéenne » Mamadou Oury Diallo, Maroc
|