mardi 20 mai 2008
Quand la corruption devient la technique de marketing d'une formation politique
Ibrahima Sampiring Diallo

Les clichés aériens des pays en développement, plus particulièrement ceux au sud du Sahara, montrent que leurs perspectives en une croissance économique rapide ne sont guère rassurantes, étranglés par l'endettement et la nature des échanges internationaux ne favorisant pas du tout l'avènement d'un nouvel ordre économique mondial, plus juste et plus équitable.

Dans ce cadre, notre pays, à l'instar des autres du continent noir, est en proie à d'énormes difficultés économiques et sociales, accentuées d'une part par les potions amères, combien difficiles à avaler, que le FMI et la BM imposent aux pays, en guise de thérapie pour redresser des économies délabrées et malades. D'autre part, par le manque de suivi d'une politique économique et financière rigoureuse, voire austère, ainsi que par l'inexistence d'un programme pratique de lutte contre l'enrichissement illicite, la corruption et l'impunité, en grande partie, responsables du marasme économique et de la cherté de la vie.

Au niveau international, les Etats combattent le blanchiment d'argent qui tue les économies nationales, amenuise les solidarités naturelles, provoque des  tensions sociales. Le blanchiment d'argent se manifeste généralement dans le secteur de l'immobilier et du commerce, dans les services qui réalisent l'essentiel de leurs chiffres d'affaires en liquides. Il est également perceptible dans les transactions entre "Paradis fiscaux", où aucune justification de la provenance du flux monétaire n'est exigée, où l'argent sale ne se distingue pas de l'argent propre, où de simples jeux d'écritures en font perdre la trace.

Pour revenir au cas de notre pays, c'est à partir du 3 avril 1984 qu'une bourgeoisie nationale s'est formée, sans entraves, au détriment de l'Etat et de la mise en oeuvre d'une politique de développement économique et sociale planifiée.

Malgré les énormes potentialités que recèle le pays, beaucoup de compatriotes vivent en dessous du seuil de la pauvreté. En tout cas, a bien raison, celui qui, le premier, a dit: « Dieu a tout fait pour que la Guinée soit prospère, mais les Guinéens font tout pour la rendre

Malheureuse ». Voilà bien une boutade lancée pour mettre en évidence l'étendue du crime commis par les fossoyeurs de l'économie nationale, responsables de cette atmosphère où fleurit le mercantilisme dans les relations humaines et publiques.

C'est donc en vue de la correction de cette défaillance du pouvoir, dans la gestion des affaires du pays, que la population guinéenne s'est réjouie de l'avènement du multipartisme intégral, chargé d'offrir des solutions alternatives dans le contexte de la société libérale.

Aussi, l'une des vocations des partis politiques, selon les lois de la République, est-elle de concourir à créer et à maintenir une conscience politique, en assurant l'éducation, l'information et la formation des citoyens, et à favoriser l'expression du suffrage universel, en tant que seuls présentateurs de candidats aux élections nationales et locales. A ce titre, il s'agira pour les partis d'alimenter le débat politique de manière positive, constructive, en explicitant clairement les options politiques. Ainsi, l'électeur saura mieux quelles actions le candidat mènera, une fois élu.

A partir de cet instant, le vote deviendra une question de foi et de confiance de l'électeur, une question d'option politique, au lieu d'être un simple acte d'allégeance ou de reconnaissance envers une personne. La morale et la politique ne seront plus antonymiques, comme on le voit aujourd'hui.

En effet un tel comportement, qui privilégie les intérêts égoïstes et sordides aux nobles causes, est imputable à cette situation de précarité, de pauvreté dans laquelle vivent les masses populaires des villes et des campagnes. Les maux engendrés par cette situation se manifestent au plan politique, culturel, économique et social.

Que nous offre aujourd'hui le panorama politique à Conakry et à l'intérieur du pays ? Une atmosphère trouble dominée par l'intoxication, le dénigrement, la désinformation et la corruption. Et le drame, dans tout ça, provient du fait que chacun, consciemment ou non, semble se prêter à ce jeu pervers, au lieu de le rejeter, de le dénoncer et de le combattre. Pour preuve, ce que la Direction nationale de l'UPR a enregistré ces derniers temps comme coups bas, est édifiant à plus d'un titre, et alerte toute la classe politique guinéenne sur des conséquences que pourraient engendrer des pratiques aussi basses, si elles ne sont bannies et combattues avec vigueur par tout le monde.

Le coup de force raté des frondeurs de l'UPR n'avait d'autre but que de remettre à court terme le parti à un preneur très généreux. Qui n'a pas entendu à Conakry et à l'intérieur du pays, dans les salons ou sur la place publique, les partisans d'une démarche aussi déloyale qu'anti-démocratique, dire haut et fort: « Il faut remplacer Ousmane Bah, à la tête de l'UPR parce qu'il n'est pas riche, parce qu'il n'est pas capable d'assurer, par ses propres moyens, le fonctionnement du parti. Il faut le remplacer par quelqu'un de très connu, de très riche, un multimilliardaire de la place, qui n'a jamais appartenu, certes à l'UPR, mais qui affiche néanmoins sa grande disponibilité à être à la tête de cette formation politique. » L'homme en question aurait souvent dit qu'il est plus vendable, donc plus méritant qu’Ousmane Bah, pour conduire avec succès le parti aux élections, surtout qu'il tient mordicus à remplacer, en 2010, le Général Lansana Conté, à la tête de l'Etat. C'est pour cela qu'il lui faut l'UPR, quel qu'en soit le prix, car c'est un instrument politique très performant, un bon outil de modernisation.

A l'occasion de la campagne de sensibilisation qu'ils ont organisée pour obtenir l'adhésion de la base de l'UPR à leur programme de récupération, on peut effectivement penser que des dépenses ont été faites sans compter, car le jeu en valait bien la chandelle.

Mais sur le terrain, leur constat est amer. Les résultats obtenus sont décevants, voire catastrophiques par endroits, les militants et responsables de l'UPR ayant partout réaffirmé leur fidélité rigoureuse et permanente à la mémoire de Siradiou, qui leur a confié Ousmane Bah, en tant que continuateur de son oeuvre, à la tête du parti. Peut-on vraiment se réclamer d'un parti politique d'opposition pour vouloir ou croire en la possibilité de construire la démocratie à partir de la seule poche de quelqu'un, au risque de préparer un dictateur et une autocratie?

Il n'est un secret pour personne que l'ambition d'une majorité au pouvoir est de se maintenir toujours au pouvoir. Dès lors, peut-on imaginer ce qu'est capable de faire le candidat d'un parti qui userait de la corruption généralisée pour accéder à la magistrature suprême du pays ? Il va s'atteler très certainement à mettre partout des réseaux mafieux à sa dévotion, à combattre toute velléité de construire un Etat fondé sur la primauté du droit et le respect de la loi démocratiquement établie. Ce sera le retour de la dictature et du culte de la personnalité.

C'est pourquoi, dès que la corruption devient la technique de marketing d'une formation politique, autant reléguer celle-ci au rang de pâtées pour chats. Sinon, adieu les principes d'égalité, adieu le fonctionnement démocratique des institutions; adieu les libertés fondamentales.

L'obsession pour le pouvoir, le désir fou d'être plébiscité ne doivent pas conduire un candidat ou son parti à troubler par l'intoxication, la désinformation et la corruption, la conscience politique des citoyens, à porter une atteinte grave à leur dignité.

Les partis politiques, sur le terrain de la propagande doivent présenter aux citoyens des options franches par rapport auxquelles, ils pourront librement et en toute conscience se définir et choisir.

C'est à cette condition seulement que l'expression du suffrage vaudra son pesant d'or, et favorisera cette avancée démocratique que l'opinion publique et les états-majors politiques appellent de tous leurs voeux.

Elhadj Ibrahima Sampiring DIALLO
Ancien Maire UPR de LABE   

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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