lundi 11 février 2008
Propositions de décentralisation pour la Guinée.
Ibrahima Diallo

Pour poursuivre le débat entamé sur la Guinée de demain, une des solutions que nous préconisons pour le pays est une décentralisation de l’administration du territoire en terme de développement. J’en profite pour préciser que je me refuse à utiliser le terme de « fédéralisme » pour des raisons psychologiques.  Car pour nous, La Guinée, telle quelle est, doit rester une entité unie ; et parler de fédérations reviendrait à la « balkaniser » dans l’esprit de la plupart des Guinéens. Le colonisateur, hélas, a rassemblé sous un seul territoire des peuples différents bien que relativement proche culturellement ; puis la politique politicienne de Sékou Touré puis l’équipe de Lansana Conté ont créé une division et « clannisation » des Guinéens qu’il n’est pas nécessaire de matérialiser en parlant de fédération. Assumons donc notre histoire et ses conséquences en gardant la Guinée une et indivisible mais administrée de façon réaliste pour favoriser le développement.

La Guinée étant découpée en quatre régions naturelles - la Basse Guinée, la Moyenne Guinée, la Haute Guinée et la Guinée Forestière - ce qui correspond à la répartition naturelle des quatre grands groupes ethnoculturels du pays ; quoique vous conviendrez que les populations sont plutôt mélangées maintenant malgré ce que l’on croit et dit.

Ainsi, il y aurait un Gouverneur élu au suffrage universel direct uniquement par les personnes inscrites et vivant dans  la région. Cet élu aurait pour prérogatives le développement et la gestion des affaires sociales uniquement de sa zone. Il serait entouré de délégués dont le nombre et les pouvoirs seraient laissés à sa discrétion et selon les moyens dont il dispose. La sécurité, la défense, l’enseignement et autres secteurs à caractère national resteraient, bien entendu, du ressort du Gouvernement Central. Néanmoins en terme de Sécurité, vu l’importance et la spécificité des moyens de lutte applicable pour chaque région, il serait souhaitable que le Gouverneur nomme un délégué à la Sécurité qui serait dans ce cas particulier une fonction de conseiller et de liaison auprès du Ministre en charge.

Comment ces Gouvernorats seront ils organisés ?

Tout candidat devra prouver qu’il réside officiellement et paie ses taxes localement depuis au moins 18 mois, déclarer ses revenus et patrimoine ; justifier aussi localement par des signatures, du support d’un électorat d’au moins 10.000 (chiffre arbitraire) personnes jouissant de tous leurs droits. Ces mesures ont pour but, bien sûr, d’éviter des candidature fantaisistes et pléthoriques qui d’une façon ou d’une autre nuisent au bon déroulement du processus électoral. Demander que tout candidat soit issu d’un parti politique n’est pas démocratique dans ce cas particulier ; donc toute personne remplissant les conditions requises devrait pourvoir se présenter. 

Le Gouverneur de Région s’appuiera sur une assemblée régionale dont les députés seront issus de l’Assemblée Nationale et élus selon le scrutin normal des députés de la Nation pour les circonscriptions située dans cette région.  Ceci pour des raisons économiques et afin d’éviter un dédoublement de la fonction. Ceci permettrait un contrôle sur l’exécutif local et à la démocratie de s’exprimer librement. Mais néanmoins, et cela est important, ces députés n’auront à ce niveau local qu’un rôle de supervision, de contrôle financier/budgétaire et constitutionnel, pas celui de dicter ou entraver la politique locale du Gouverneur élu par la population locale. Ceci pour la simple raison que ce dernier pourrait voir son travail saboté par une majorité hostile s’il n’en est pas issu.

Le mandat du gouverneur à l’instar de celui du Président de la République serait de 6 ans pour un premier mandat puis de 5 ans en cas de reconduction : 6 ans pour commencer car nous estimons qu’il faut leur accorder une année pour mettre en place leur structure et ajuster leur stratégie et 5 ans sont largement suffisant pour faire ses preuve. Entre autre, notre conviction est que, de nos jours, vu la complexité et la lourdeur de la tâche, il n’est pas raisonnable de maintenir une personne dans ces fonctions plus de dix ans. 

Le Gouverneur sortant après deux mandats successifs ne pourra se représenter qu’après cinq ans au moins.

Pour sauvegarder la Démocratie, vous serez d’accord avec nous sur l’axiome qui dit que « tout homme, quel qu’il soit, à un poste de haute importance/responsabilité pendant plus d’une décennie, dérive en autocrate, se croyant omniscient et omnipotent ».

Il serait intéressant que le candidat au poste de Gouverneur se présente avec un colistier qui sera son adjoint devant les électeurs pour qu’en cas de vacance du pouvoir nous sachions qui nous aurons comme successeur. Cela évitera de refaire des élections et garantira une certaine stabilité.

Les Gouvernorats de Régions seront financés d’une part par les taxes et impôts locaux et d’autre part par les revenus de la richesse nationale. Pour les prélèvements localement, le gouverneur présentera son projet à l’Assemblée Régionale pour approbation avec possibilité de l’imposer s’il y a blocage systématique après 3 mois. Quant à l’Assemblée Nationale, elle devra, de façon équitable, voter un budget complémentaire pour chaque région.  Nous insistons sur le mot « équitable » - et non égale - car la richesse nationale doit vraiment être nationale et donc solidaire et par conséquent certaines régions devront recevoir plus de fonds que d’autres indépendamment de la richesse de leur sous-sol. Ce que nous voulons dire par là est que certaines zones vont regorger de minerais pendant que d’autres seront plus arides et moins riches. Mais en tant que Nation, une fois une richesse exploitée dans une région, son revenu appartient à tout le pays et tout le monde doit en profiter sans aucune distinction dans la mesure ou c’est souvent l’Etat, la Nation, et non la région, qui a financé les travaux qui ont conduit à la découverte et à l’exploitation de cette richesse. Il est donc injuste que la partie du territoire où par pure chance se trouvent ces gisements en bénéfice plus que d’autres. Seule l’agriculture peut échapper à ce principe par le simple fait que la richesse dans ce cas est uniquement le fruit du travail des habitants locaux. Par conséquent, ils peuvent seuls et de façon justifiée jouir du bénéfice de leur labeur.

Le Gouverneur doit avoir la possibilité, en ce qui concerne la région, de signer et directement négocier des accords d’aide au développement avec des pays étrangers et organismes internationaux compétents.  Le Gouvernement devra en être informé et ne pouvoir s’y opposer que si ces accords après débats à l’Assemblée Nationale contrarient la politique étrangère du Pays.

Dans ce schéma, le Président de la République et le Premier Ministre conserveraient bien sûr toutes leurs prérogatives respectivement en terme de politique étrangère, défense et sécurité pour le premier ; économie et développement national pour le second.

De toutes les façons, il reviendra aux professionnels et spécialistes du Droit Constitutionnel de parfaire et lever tout conflit de compétence/d’autorité.

Il est grand temps que les Africains et les Guinéens en particulier redéfinissent leurs objectifs, moyens de développement et surtout leur Constitution par eux-mêmes en s’inspirant des pays qui ont relativement réussi sans copier « bêtement ».

A ce propos, pour finir, je vais faire une digression pour préciser que malgré les relatives prospérité et démocratie des pays occidentaux qui sont des modèles pour beaucoup d’entre nous, il y a matière à réflexion : illusion ou réalité ?

En ce qui concerne le progrès scientifique : oui, sans aucun doute, réalité !

L’économie : difficile à dire car très ou trop complexe pour être juste et infaillible si la finalité est le bonheur de l’homme. Le Capitalisme montre ses limites (je ne suis ni socialiste, ni communiste ou autres, pour information) et n’est pas équitable comme le montre la crise actuelle en Occident. Tous ceux qui vivent dans cette partie du Monde savent que nous avons l’illusion de bien vivre grâce aux découverts bancaires et cartes de crédits faciles à obtenir. Nous vivons sur une richesse en fait virtuelle qui tôt ou tard risque de s’écrouler. En matière d’Economie, le facteur « perception », intangible et difficile à quantifier, est très important pour un pays : Par exemple, les Etats-Unis et la Grande Bretagne sont perçus comme des destinations privilégiées qui drainent investissements et matière grise sans que la vie y soit forcément plus agréable et plus rentable qu’en France ou au Danemark entre autres.  En plus les critères admis par les organisations des Nations Unis  pour classer les pays sont largement biaisés, favorisant leur économie et perpétuant cet attrait en partie justifié seulement et exagéré. Tout est mis en œuvre pour maintenir cette perception. Je n’irai pas plus loin sur ce sujet complexe et à controverses.

Quant à la Démocratie (grand "D") : c’est le concept le plus relatif de tous et brillamment utilisé pour nous abuser et parler des pays occidentaux en terme de « Monde civilisé » (euphémisme raciste).  Quelle arnaque intellectuelle et politique quand on sait que ces pays sont comme nous sur la voie de la Démocratie et n’y sont pas parvenus encore, même s’ils sont très en avance: ce sont des pays de grande libertés - d’association, d’expression, de religion et autres actions et attitudes - mais à l’exception de pays comme la Suisse, l’Irlande et certains pays scandinaves, une fois l’exécutif élu, le peuple n’est plus associé aux grandes décisions le concernant comme les guerres et autres traités entre Etats.  Le Législatif est élu sur la base d’un programme et non pour décider à la place du citoyen sur les grandes questions de souveraineté nationale et de vie ou de mort de la nation qui ne sont pas mentionnées dans les programmes électoraux ! Sans revenir sur tous les moyens et dispositions votées par ces gouvernements pour imposer au Peuple leur agenda avec l’aide de puissants groupes de presse. Comme nous le voyons d’ailleurs depuis le 9 septembre 2001, les libertés individuelles sont en recul sous prétexte de lutte contre le terrorisme dans tous les pays qui se disent "civilisés"!  La leçon est que rien n’est définitivement acquis, surtout pas la Démocratie !

Toute cette digression pour dire que nous devons construire notre Afrique et notre Guinée selon le modèle que nous estimons approprié pour nous sans complexes du Monde qui se dit « civilisé » très en avance sur nous sur beaucoup d’aspects mais encore loin d’approcher la perfection malgré la perception que nous en avons.  Sans aller jusqu'à « réinventer la roue », nous devons nous inspirer de ce qui est positif sans chercher à leur ressembler sur tout ou encore pire être « anti occidental » comme certains démagogues (Sékou Touré, Kadhafi, etc…).    

Nous avons les ressources humaines pour le faire ; tout ce qui manque, c’est d’atteindre localement le nombre « critique » (en pourcentage de notre population)  d’hommes et de femmes patriotes, sans complexes, avec une vision claire, pour faire basculer le continent, à travers les pays africains, irrémédiablement vers la Démocratie et le progrès économique. 

Que Dieu sauve la Guinée (et l’Afrique)!

Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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