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L’un fut ministre des Mines, ministre de l’Enseignement supérieur puis, le 20 mai 2008, Premier ministre – le dernier sous le long règne de Lansana Conté – jusqu’au 23 décembre 2008, date de prise du pouvoir par la junte dirigée par Dadis Camara. L’autre fut aussi ministre des Mines sous le gouvernement Kouyaté. Au-delà de leur passage aux Mines, Cheick Ahmed Tidiane Souaré et Ahmed Kanté ont eu des dénominateurs communs : la gestion hasardeuse du fonds minier, le déshonneur subi avec Dadis Camara, la prison puis le rappel quasi-simultané aux affaires par Alpha Condé. Le changement de décor, on l’aura compris, est somme toute saisissant.
De la vache laitière…à la prison
En s’entourant donc aujourd’hui de deux pièces jugées louches du fonds minier, le président guinéen balaie d’un revers de main les accusations portées contre ces deux anciens ministres des Mines. Si donc Ahmed Kanté est présumé coupable d’un détournement de quelque 2 milliards 152 millions 216 mille GNF à partir du fonds minier, mais sans jamais le reconnaître, même en face du juge, son prédécesseur quant à lui est accusé d’avoir détourné 12 milliards 500 millions 837 mille 559 GNF. L’ex-Premier ministre avait même reconnu les faits – au plus fort moment de l’ubuesque Dadishow – devant les caméras de la télévision guinéenne, tout en impliquant tacitement ce que les administrateurs véreux appellent si honteusement "l’autorité".
A côté de ces deux, figuraient en bonne place Ousmane Sylla à qui il a été reproché la malversation présumée de 11 milliards 109 millions 096 mille 700 GNF et Louncény Nabé 754 millions 542 mille GNF. Tous connaîtront la prison. Et tous avaient justifié "le service libre" par l’achat du carburant, des matériels de bureau. Pour dire les choses autrement, ils se sont servis de ce fonds minier – une cagnotte alimentée par une série de redevances que paient les compagnies minières comme la CBG – censé servir à la recherche minière et à la promotion du secteur des mines.
Fait singulier, Ahmed Tidiane Souaré après avoir passé une nuitée en prison en compagnie d’Ousmane Sylla et d’Ahmed Kanté, lui tassé au PM3 depuis de longs mois, a demandé à ses geôliers deux semaines de rémission afin de verser la totalité de l’argent. Pure diversion, nous dit-on !
Ahmed Kanté, lui, ne s’est pas laissé faire
Son jugement a été entamé au TPI Kaloum mais, avec une protection suspecte dont jouissait Alhassane Onipogui, alors ministre du Contrôle d’Etat et inspecteur des Mines au moment des faits, la procédure s’est muée en règlement de comptes. Le procureur sera même affecté avec la complicité du ministre de la Justice d’alors, proche de Dadis Camara.
Vu donc l’absence des témoins, le Procureur avait fait recours aux articles y afférents : 594, 535 et 597. Ces articles indiquent la possibilité ou non pour un ministre en fonction de venir à la barre. Partant, le Procureur soutenait : « Je suis ce procureur qui poursuit à charge et à décharge. J'ai convoqué des personnes en fonction des postes occupés dans le temps où les faits ont été commis. M. Alhassane Onipogui que je respecte tant, est convoqué en tant qu'ancien inspecteur du fonds minier », dira-t-il à l’endroit des avocats de la partie civile. Lesquels avaient émis des réserves quant à la comparution d’un ministre en fonction. Pour les avocats de la défense, pour faire venir Alhassane Onipogui à la barre, il fallait une autorisation du Conseil des ministres ou un décret du Président de la République. Or, Ahmed Kanté avait juré ne point parler sans la présence des témoins à charges.
Le coup de grâce de Toumba Diakité
Ce qui fut fait jusqu’au jour où le coup de grâce vint de Toumba Diakité donnant ainsi une nouvelle configuration à la junte et au gouvernement. Kanté a été d’abord réhabilité avec un nouveau poste, celui des Impôts. La suite, chacun la connaît : liberté sans conditions. Et quelques mois après, les promotions auxquelles nous assistons aujourd’hui. Le changement tant prôné passe aussi par-là, non ? Sacré Alpha qui s’achemine du reste, vers 100 affidés "avec rang de ministres et de ministres d’Etat" ! Vivement donc la fin des législatives qui signeront sans doute, le départ massif de ces faire-valoir.
TFS pour www.guineeactu.com
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