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Cette nuit à Ouagadougou, le Président intérimaire a pris la décision de nommer Jean Marie Doré comme Premier Ministre et Hadja Rabiatou Sérah Diallo comme Vice Premier Ministre.
Je n’ai personnellement aucun problème avec cette décision, mais cela ne m’empêche d’avoir de sérieux doutes et d’exprimer mon opinion.
Je ne peux que constater une fois encore que la Guinée est un monde dominé par les hommes. La promotion de la femme n’existe que dans les slogans.
Je constate aussi que notre pays est un pays ingrat qui ne reconnait pas le bon travail et les sacrifices de ses dignes fils et dignes filles. On préfère de loin les « femmes caisses de résonnance » ou « femmes Wrangler » à une brave femme comme celle-là.
Qui ne se rappelle pas le rôle joué par cette syndicaliste pour la revendication pour le bien être de nos populations depuis 2006 ? Elle a été battue, sa famille menacée. Hadja Rabiatou et Ibrahima Fofana sont même allés en cachette en 2007 avant et après les grèves. Là ou les partis politiques et l’armée ont échoué, seulement les syndicats ont réussi.
C’est grâce au combat des syndicalistes que Lansana Conté a été obligé de nommer le Premier Ministre Kouyaté parmi 3 autres candidats.
Où étaient les dirigeants des partis politiques avant qu’on ne parle de forces vives ?
Comme chacun le sait, c’est le syndicat qui a été à la base des grèves de 2007. Les partis politiques n’ont fait que récupérer la situation à leur détriment.
Ce qui me parait surtout ridicule, ce sont les raisons avancées pour justifier cette nomination de Jean Marie Doré à la place de celle qui est connue de tout le monde pour avoir les mains propres.
QUE REPROCHE-T-ON A LA CANDIDATURE DE MME RABIATOU SERAH DIALLO ?
En quoi le fait ne n’avoir pas eu de diplôme universitaire en fait-il une candidate de second rang ?
Veut-on exiger le diplôme universitaire de tous nos dirigeants? Ça sera merveilleux. Seulement dans ce cas, il faudrait ajouter l’expérience de gérer, la rigueur, le professionnalisme et l’honnêteté. C’est ce qui est souhaitable pour la Guinée et c’est ce qu’il fallait faire il y a longtemps.
Pour être candidat à un poste politique, les diplômes ne suffisent pas. Et s’il s’agissait de bons diplômes, il y a des centaines de Guinéens rompus à la gestion qui ont des MBA et qui sont plus brillants, à qui ont aurait donc pu faire appel. M. Jean Marie Dore a 73 ans. Il fait partie donc de la vieille école comme mon père. Beaucoup de choses ont changé depuis qu’ils ont obtenu leurs diplômes.
Pour occuper un poste dirigeant, l’honnêteté, le bon sens, la rigueur dans la gestion, l’ouverture et le patriotisme comptent parfois plus que les diplômes. On peut avoir les meilleurs diplômes au monde et être un piètre leader.
C’est la première fois en Guinée que quelqu’un est disqualifié à cause du manque de diplôme.
Parlons de notre ancien dirigeant AHMED SEKOU TOURE. Était-il un universitaire ? NON.
Au temps colonial, un élève sorti de l’école primaire est certainement mieux que certains qui se disent universitaires. AST est de cette classe là. Avec son niveau d’école primaire, il était nettement mieux à l’aise sur ses connaissances des choses que la plupart qui se vantent comme Dadis d’avoir un diplôme en économie à Poly et des stages en Allemagne.
Il ya des gens qui n’ont jamais été à l’école, mais qui raisonnent mieux que ceux qui se disent universitaires. D’ailleurs, de nos jours, on peut avoir un diplôme de plusieurs façon y compris en l’achetant.
Hadja Rabiatou a prouvé qu’elle pouvait diriger (n’est-elle pas la Secrétaire générale de la plus grande centrale syndicale du pays, la CNTG) ?
Elle n’est pas la première du mouvement syndical à faire de la politique. Avant elle, il y a eu LECH WALESA, Président Polonais. C’était un simple ouvrier qui a su diriger un mouvement et transformer son pays. Ensuite, il est devenu syndicaliste, prix Nobel de la Paix et président de son pays. Il y a un autre grand président actuellement qui est issu du syndicat, qui a quitté les bancs à l’école primaire et qui est Président du Brésil. C’est le très respecté président Lula.
Donc pour conclure cette parenthèse, disons simplement que les arguments avancés par quelques membres des forces vives sont justifiés dans ce contexte-là.
DRE ADAMA-RABI YOULA-BALDE, CANADA MEDECIN CLINICIENNE
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