mardi 25 août 2009
Promotion de l’expertise guinéenne en droit international et dans les institutions internationales

1) Constat

Un bref tour d’horizon dans les différentes juridictions à caractère international montre de manière criarde la sous représentation des juristes guinéens en leur sein. Faut-il rappeler que hormis la franco-guinéenne Madame Aicha Condé et son confrère Monsieur Amadou Kaba, aucun autre avocat guinéen ne figure sur la liste des conseils de la défense devant les juridictions pénales internationales. Pour les juges et magistrats la moisson est encore plus maigre, car sauf élection ou nomination de dernière minute, la Guinée n’y a aucun représentant. A ce titre il faut cependant noter et apprécier la contribution remarquable du magistrat guinéen Monsieur Mamadou Alioune Dramé dans la promotion de l’état de droit pour le compte des Nations Unies / PNUD à Haïti.

A ce jour la Gambie à elle seule peut se targuer d’avoir Monsieur. Hassan Boubacar Jallow et Madame Fatou Bensouda respectivement comme Procureur du TPIR et Procureur Adjoint de la CPI Le Sénégal quant à lui peut compter sur Madame Andresia Vaz, les Sieurs. Adama Dieng et Didier Preira sans oublier le feu juge Laity Kama qui a été le premier Président du TPIR. Madame Fatoumata Dembélé Diarra et Monsieur Abdul Koroma représentent dignement le Mali et la Sierra-Léone comme Vice Présidente de la CPI et Juge à la CIJ. La liste pourrait être encore plus exhaustive mais ceci n’est nullement le but de cette modeste contribution. Son objet est plutôt de tirer sur la sonnette d’alarme afin de remédier à ce déséquilibre et d’œuvrer pour la promotion du droit en général et de l’expertise de juristes guinéens au sein des juridictions internationales en particulier.

 

2) Potentiel de la Guinée dans le domaine

Ce constat ne remet cependant nullement en cause les compétences de nombre de juristes guinéens qui ont déjà fait leur preuve même au-delà de nos frontières. Je citerais par exemple Monsieur Lamine Sidimé qui a largement les compétences et l’expérience nécessaires pour siéger comme juge international, au vu de son parcours professionnel aussi bien au Sénégal qu’en Guinée. Cela est aussi valable pour Monsieur Alioune Dramé, qui de par la qualité de ses ouvrages et publications ferait honneur à la Guinée au sein de n’importe quelle juridiction pénale internationale. Il en est de même pour Monsieur Alexandre Cécé Loua, qui à travers ses qualifications et sa longue expérience de diplomate pourrait valablement prétendre à un poste de juge auprès de la CIJ. Ce qui est valable pour les juges, l’est tout autant pour un bon nombre d’avocats guinéens ayant les compétences et l’expérience pour plaider devant les juridictions internationales. Au-delà des juges et des avocats, tout juriste qualifié peut prétendre travailler dans le cadre de la justice internationale; Mr. Adama Laafa Sow, par ses contributions et réflexions pertinentes, notamment sur des sujets touchant au droit international, a démontré plus d’une fois son aptitude à pouvoir relever avec brio le défi que représente le travail au sein de cette justice internationale. Il est certain qu’en faisant plus de prospection, cette liste pourrait contenir d’autres confrères vivant aussi bien en Guinée qu’en dehors de nos frontières.

Ce petit aperçu du potentiel des juristes guinéens devrait ainsi inciter les bonnes volontés à entreprendre les actions qui s’imposent afin d’accroître le quota guinéen dans les différentes institutions mentionnées plus haut.

 

3) Proposition pour une stratégie à l’échelle nationale

Vouloir relever un tel défi ne peut cependant se faire sans la volonté politique d’élaborer une stratégie à l’échelle nationale, celle-ci devant néanmoins être accompagnée d’une bonne dose d’initiative individuelle. Si un tel pas a déjà été entrepris par les autorités et personnes compétentes, ma contribution servirait alors seulement à faire certaines suggestions ou propositions supplémentaires.

 

a) Pour les juges:

Sur évaluation de leurs compétence, expérience et probité morale au niveau national, ils doivent être proposés par le gouvernement guinéen aux assemblées indiquées[11]. Le gouvernement doit faire le travail de lobbying qu’il faut auprès des pays amis pour le soutien nécessaire à ses candidats, pratique qui est courante à ce niveau.

 

b) Pour les avocats:

Il revient en principe au Barreau guinéen d’informer ses membres sur les possibilités qui existent de se faire inscrire sur les différentes listes établies devant les juridictions internationales. Tout candidat jouissant de l’expérience et de la probité requise peut le faire de sa propre initiative. Une navigation sur les sites en ligne concernés fournit les informations nécessaires avec la possibilité de télécharger les formulaires d’inscription.

 

c) Pour les juristes spécialisés et chercheurs:

Les démarches individuelles sont les plus indiquées; l’Etat peut néanmoins signer des accords pour permettre à toute personne désireuse de profiter de bourses de formation ou de stages pour les professionnels. Beaucoup d’instituts de recherche offrent des bourses à cet effet; il en est de même pour les professionnels invités en leur allouant une compensation financière.

 

d) Pour les étudiants:

L’octroi de bourses est indispensable pour pouvoir effectuer des études, des stages ou encore suivre des cours d’été qui sont régulièrement organisés au siège de certaines institutions[13]. Au niveau du ministère de tutelle il serait impératif d’instaurer les programmes de coopération nécessaires afin de permettre plus d’échanges avec les universités étrangères.

 

En conclusion il faut permettre au juriste et cadre guinéen de se mesurer à la concurrence internationale pour se bonifier davantage enfin de pouvoir relever les défis auxquels il doit faire face aussi bien sur le plan national qu’en dehors.

 

*Ceci n’est qu’un document de réflexion pour toutes les bonnes volontés soucieuses de promouvoir une meilleure administration de la justice en Guinée.

 

 

Patrick Tchidimbo, La Haye
Juriste

 

 

www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
G Barry, mercredi 26 août 2009
Mr je vous remercie pour votre excellent article. J`espere que beaucoup de nos freres profiterons de votre article....
Taniko, mercredi 26 août 2009
En Guinée,briller est un délit.S`instruire est une faute,entreprendre est un danger.Que faut il faire?jouer au larbin,au fourbe et au delateur.Tout le monde vous aime et vous etes de tous les regimes et systeme.Voila,mon cher Tchidimbo,notre sort.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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