samedi 6 décembre 2008
Projet versus promesses : le bluff récurrent de nos leaders politiques
London Camara

Je souhaiterais aborder dans cet article, le fondement et l’essence qui justifient l’existence des partis politiques : le projet politique. Cette expression si importante dans la vie politique, semble totalement absente du vocabulaire de nos hommes politiques de tout bord. S’il y a un mot ou une expression à inventer pour eux, c’est bien celui de « projet » ou « programme »,  ou encore « plan », bref tout ce qui définie et identifie un parti politique. Ainsi à l’approche des fêtes de fin d’année, je me propose de leurs offrir gentiment et sur un plat en or ce néologisme comme cadeau.

Il est assez étonnant de constater que des hommes politiques aussi bien formés et bien ambitieux, ne se soient jamais préoccupés des véritables fondements des partis politiques. Ils ont, de fait, réduit les partis politiques à de simples appareils de propagande et de conquête de pouvoir, sans aucune vision d’avenir.

Cependant la vocation première de tout parti politique est la mise en place d’un véritable projet de société, par des propositions qui touchent tous les aspects de la vie de la nation. C'est à croire que nos hommes politiques n’ont pas lu le fameux discours de la méthode de Descartes.

Je vais alors essayer de leurs faire un petit résumé mais tout simple de cet extraordinaire livre. S’il y a un seul mot à retenir de ce bouquin c’est : méthode, qui est d’ailleurs son titre. Il est dit dedans que pour toute entreprise humaine, l’Homme (Homo sapiens) doit se définir une méthode, se donner les moyens et se fixer des objectifs à atteindre dans le temps, le tout, afin d’arriver au but visé. C’est simpliste mais c’est une approche fondamentale que nous utilisons d’ailleurs, tous les jours, dans notre vie quotidienne. Bizarrement, ceux qui aspirent nous gouverner semblent l’avoir complètement oubliée.

Le projet politique est l’identité d’un parti, qui définit son orientation et ses méthodes de travail, une fois le pouvoir acquis et tout au long de sa vie. Il balise et esquisse tous les secteurs de la vie d’une nation. C’est dans ce projet politique que le candidat puise un programme qui tient compte des priorités de la nation pendant une certaine période, en fonction de la conjoncture et des circonstances. Ce programme doit être budgétisé et chiffré en recettes et en dépenses. Ce qui rend simple la lecture de la fiabilité du dit programme.

La planification de ce programme aboutit à un plan étalé dans le temps avec des objectifs mesurables et des critères d’évaluation concrets et simples. En cours de mandat, on est amené souvent à procéder à des réajustements, par ce que la politique n’est pas une variable fixe. Ce sont ces réajustements qu’on appelle des mesures politiques, dont l’exemple typique en est les actuels plans dans le monde, pour faire face à la crise économique internationale.

Au lieu d’un tel attelage, nos hommes politiques excellent par des envolées lyriques, ponctuées de tout genre de promesses, qui n’ont aucune consistance. C’est bien de dire que « je vais construire des écoles et des routes… », et que sais-je, mais c’est encore mieux d’en définir les contours et dire comment on compte les construire, puisqu’on ne se réveille pas un beau matin dans un chantier.

Le souci aujourd’hui avec ceux qui aspirent nous gouverner, c’est qu’ils ont mis tout cela dans le placard, se lançant dans des campagnes de propagandes sans fin et assez coûteuses. Or, le mieux aurait été que plus de temps soit accordé à la conception des projets, des programmes et à la définition des méthodes de travail.  Sinon, même si on arrive au pouvoir par défaut d’être venu avec une méthode, on sera obligé de suivre une autre, et parfois, celle qui a été utilisée par le régime que l’on a tant combattu. On se sera ainsi inscrit dans une logique de continuité, au sacrifice du changement.

Le changement ne se limite pas seulement aux hommes, mais c’est surtout aux méthodes. Avec des changements de méthodes, le plus mauvais d’hier peut s’avérer très efficace aujourd’hui ou demain.

Pour essayer de comprendre cette absence de projet politique dans le vocabulaire de nos hommes politiques, je vais essayer de faire un retour en arrière et examiner le fonctionnement des partis politiques post indépendance et finir par ceux qui ont vu le jour après le discours de la Baule du 20 juin 1990.

En effet, ce voyage dans le temps permettra d’examiner en profondeur les motivations des premières formations politiques africaines qui ont mené la lutte contre le colonialisme et qui nous ont ainsi conduit à l’indépendance, avec la lourde tâche de diriger des jeunes Etats, fraîchement et dans la douleur, sevrés de l’ancien colon.

L’idéologie des ces formations politiques est justement inséparable de ce douloureux sevrage, surtout dans le contexte de la guerre froide de l’époque. Peut être qu’il faudrait juste rappeler que la guerre froide a opposé, après la fin de la deuxième mondiale, deux blocs : l’Occident (Europe occidental et USA) qui incarnait le model démocratique et le bloc de l’Est (URSS, pays communistes et Europe de l’Est), symbole d’un socialisme révolutionnaire et nationaliste.

A noter aussi que les leaders de ces deux blocs, USA et URSS, ont été des alliés durant la seconde mondiale. La tactique de ces deux blocs, dans leur lutte, a été l’affaiblissement réciproque.

C’est ainsi que l’occident a soutenu les démocrates des pays de l’Est dans leur conquête du pouvoir, avec l’espoir qu’une fois au pouvoir, les pays de ces derniers deviendraient des nouveaux alliés. A l’inverse, l’URSS a soutenu les mouvements d’indépendance dans les colonies, généralement détenues par les pays de l’Europe de l’ouest. C’est ce qui fait que la plupart des partis politiques africains, pré et post indépendance, sont d’inspiration d’un socialisme révolutionnaire et communiste.

L’idéologie principale de ces partis était fondée sur le nationalisme révolutionnaire, sans véritable projet politique, en tout cas qui cadrait avec les besoins fondamentaux de construction à l’époque. L’objectif était de résister à l’adversaire pour défendre la nation et le peuple, surtout contre l’occident. Il a été ainsi créé des partis de masse et de propagande.

Pour calmer les populations, les responsables de ces formations politiques ont mis en place la stratégie des promesses de grands projets et de grandes réalisations, qui ne s’appuyaient sur aucune conception stratégique et politique de la gestion et de la réalisation d’un projet, ni sur une certaine maîtrise technique. Ce sont ces projets qu’on a appelé dans les années 60-70, les éléphants blancs. Voilà l’héritage politique de la période post coloniale.

Le discours de la Baule de 1990 a sonné l’avènement de la démocratie dans les pays africains. Roland Dumas, ancien patron du quai d’Orsay, résume ce discours comme suit : "Le vent de liberté qui a soufflé à l'Est, devra inévitablement souffler un jour, en direction du Sud ... Il n'y a pas de développement sans démocratie et il n'y a pas de démocratie sans développement".

C’est le discours fondateur de la vie démocratique dans les pays africains, et qui a abouti à l’émergence d’une certaine opposition politique qui, jusqu’alors, était exilée en Occident. La logique voudrait que ces nouveaux partis, avec une nouvelle génération d’hommes politiques, soient mieux organisés et gérés de façon moderne, d’autant plus que leurs responsables ont passé le plus clair de leur temps en Occident où ils ont fait des bonnes études. Il est tout bonnement logique de croire qu’ils sont largement imprégnés de la vie démocratique à l’occidentale, encore que plusieurs d’entre eux ont été des responsables associatifs. Tous les ingrédients étaient réunis pour que les pays africains connaissent enfin une vie politique et démocratique axés sur des propositions, des projets et des méthodes. Mais force est de constater, avec regret d’ailleurs, qu’il n’en a pas été ainsi et que globalement ce sont les mêmes méthodes qui ont prévalu dans la gestion des partis politiques.

L’examen de la vie politique après l’avènement de la démocratie dresse un tableau criard de désolation et de déception. C’est difficile de l’admettre, mais à mon sens, ils n’ont pas contribué à la hauteur des espérances, à la mise en place d’une autre façon de gérer les choses, à une autre façon de faire la politique, et surtout, ils n’ont pas été des forces de propositions, mais plutôt, des forces d’opposition sans boussole ni gouvernail.

Car, cette opposition n’était pas suivie par une véritable alternative, incarnée elle-même, par un véritable projet de société. Si la dénonciation est l’arme de tout parti d’opposition de tout pays, la proposition doit en être l’aiguilleur. Il est facile d’appuyer sur la gâchette et de détruire tout ce que l’autre a fait, mais il faut savoir reconstruire quelque chose de plus consistant et de plus durable à la place.

La première erreur de ces nouveaux responsables politiques post-Baule, est la constitution de leur parti sur des bases plutôt ethniques et régionalistes, qu’idéologiques. C’est notamment un peu le cas guinéen.

En effet, il n’est un secret pour personne que nous avons quatre blocs de partis en Guinée, qui correspondent à nos quatre régions naturelles. Ceci n’est pas sans lien avec ces velléités ethnocentriques observées depuis, dans notre pays, même si elles datent de l’indépendance. Ce qu’on peut reprocher à ces responsables, c’est justement d’être tombés dans le même piège et d’avoir repris les mêmes méthodes. La balkanisation de la vie politique aurait pu s’éviter par le regroupement des ces hommes politiques dans des blocs hétérogènes par leur composition mais homogènes par leur motivation et leur orientation, d’autant plus beaucoup d’entre eux se connaissaient bien et ont lutté ensemble.

La seconde erreur est justement ce manque de vision d’avenir soutenu par des véritables propositions, elles-mêmes incarnées par un véritable projet de société. C’est étonnant car ce sont tous des hommes qui sont bien formés et qui ont vécu dans des pays de tradition démocratique.  

La troisième erreur est la mise en avant des intérêts personnels, qui a fait qu’il n’y a jamais eu ni entente, ni consensus, ni union autour d’une idée fédératrice pour le bien des populations. Chacun s’est vu investi du droit de devenir président et a voulu préserver ce privilège. La stratégie a été de s’entourer de personnes complètement acquises et dévouées, et qui n’ont aucune ambition présidentielle.  Ce qui a conduit à la personnalisation des partis politiques : chacun s’identifiant presque par le nom de son leader. La conséquence inéluctable est la dépendance financière des partis par rapport à leurs responsables.

Et enfin, la dernière erreur aura été le manque de courage politique pour faire face à des régimes souvent dictatoriaux et assez durs. Face à ces régimes, il fallait une opposition non seulement unie, soudée et solidaire, mais aussi courageuse, et prête à aller au charbon, au prix de tous les risques. Une opposition pacifiste mais frontale était celle qu’il fallait, pour faire face des régimes sans vergogne. 

Actuellement, dans la plupart des pays africains, l’opposition est incarnée par des anciens ministres ou premiers ministres, qui ont une bonne connaissance des rouages administratifs de leur pays, avec les vices qui les accompagnent. Cette nouvelle classe d’opposant est pourtant bien à même de définir un projet de société pour leur pays, car ils connaissent parfaitement le mal qui les gangrène, mais hélas, c’est toujours les mêmes méthodes.

On a l’impression que toute personne qui se lance en politique, vise exclusivement l’acquisition du pouvoir. Or, l’exercice du pouvoir ne devrait pas être une fin en soi, mais un objectif qui s’inscrit dans un tout politique. 

London Camara
www.Guinee58.com

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Vos commentaires
Bangaly traore, dimanche 7 décembre 2008
La defaite de pup aux elections parlementaire et presidentille est extremement necessaire pour notre nation ,et le peuple ne cachent plus le changement.Concernant la democratisation de la nation,les partis de l’opposition, UFDG,RPG,UFG sont plus credible devant le peuple.Mon frere London ,en realite tout ce que je peux vous dire,c’est que nous devons assumer,cette periode et repondre aux attentes d’une population qui a voulu touner la page de pup.C’est 3 parties politique , chacun a un programme pour notre nation et dans l’unite nationale.Je dit bien un programme;l’agriclture,l’education,la santé,l’engerie,l’industrie,le transports,le commerce,le sports,la culture,l’art,la peche,l’elevage l’economie,l’administration,l’armee,la police et la justice.La domocratie a un prix, la justice, l’armee,l’administration, un parlement et le chef d’Etat Elu democratiquement par le peuple voila les valeurs de la democratie dans une nation.Mon frere avec le PUP il suffit de sillonner,le pays nous constater que,l’Etat n’existe pas,la mauvaise gouvernance,et le peuple est fatigue,le gouvernement n’a pas de programme,le parlement n’existe que dans l’imagination,la corruption,l’inpunite,l’arbitraire,voila le bilan politique et economique de PUP.Mes compatrlotes pour le changement il conpte sur les leaders de l’opposition UFDG,RPG,UFR.
Tabouna, dimanche 7 décembre 2008
Bravo mon frère London. Ce texte majeur devrait être copié, mis dans des enveloppes et distribué à chacun de nos leaders politiques pour des séances de "récitation" comme à l`école primaire. C`est leur égo égoiste et étriqué qui fait que ces systèmes despotiques perdurent. Ils ne veulent pas s`unir pour affronter ensemble et balayer ces systèmes. Il va falloir d`ailleurs, comme je l`ai toujours proposé, revoir notre Loi fondamentale et imposer 3 (trois) Partis politiques en Guinée. Deux grands et un centriste pour faire la balance au cas où... Sinon, on continuera à patauger dans ces partis ou "particules" tribaux, familiaux, ethniques, avec le danger d`un affrontement meurtrier comme ce qui vient de se passer au Nigéria. Ils n`ont ni projets de société ni programmes de développement, ni même la noble ambition de partager. Ils continuent à s`arc-bouter sur leurs ethnies, avec des slogans incendiaires, pour nous pousser à nous entretuer pour eux, oh Dieu !!! Braaavo cher London et continuons à nous conscientiser entre nous! C`est l`ultime remède à leurs mensonges carnassiers.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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