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Le Projet présenté par le médiateur Blaise Compaoré avait-il eu l’aval de certaines institutions internationales qui avaient eu des mots durs à l’encontre de la junte au lendemain des évènements du 28 septembre ? Pourquoi la Communauté internationale se fait-elle discrète sur les derniers développements de la médiation menée par le président du Burkina Faso ? Autant de questions qui imposent un petit décryptage.
La semaine dernière, le médiateur burkinabé Blaise Compaoré a présenté son Projet de Protocole d’Accord Global au CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) et au Forum des Forces vives de Guinée. Les propositions du président burkinabé ont déchaîné la colère de l’opposition politique guinéenne. Les opposants au Capitaine Moussa Dadis Camara estiment que le facilitateur désigné par la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique) n’a pas tenu compte de leurs propositions. Le Projet de Protocole d’Accord Global ne reflèterait que les seules idées du CNDD, qui a presque applaudi des deux mains le document soumis par Blaise Compaoré. Il est mentionné dans ce document, entre autres, le maintien du Capitaine Dadis à la tête de la transition, la possibilité pour le chef de la junte de se présenter aux prochaines élections, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un Premier ministre issu des Forces vives, etc.
Il n’en fallait pas plus pour que les Forces Vives qui demandent le départ pur et simple du Capitaine Moussa Dadis Camara et la dissolution du CNDD, montent sur leurs grands chevaux. Après avoir menacé de quitter la table des négociations, mettant ainsi le médiateur dans l’embarras, les Forces vives ont fini par y renoncer tout en remettant à Blaise Compaoré leurs contre-propositions. Qui ne sont que la photocopie de leurs exigences de départ. La crise guinéenne semble donc dans l’impasse. Et c’est le moins qu’on puisse dire, surtout depuis que le CNDD rejette certains points du document proposé par le facilitateur.
Au-delà des positions pour le moins irréconciliables des acteurs de la crise guinéenne, ils sont nombreux ceux qui n’ont pas compris le silence de la Communauté internationale. En effet, depuis l’aggravation de la crise guinéenne suite aux massacres du 28 septembre au stade du même nom (plus de 150 morts, selon l’ONU), le CNDD a fait l’objet de la condamnation de la quasi-totalité des institutions internationales, ainsi que des grandes puissances occidentales. De la CEDEAO à l’ONU en passant par l’UA et l’UE, la junte militaire au pouvoir en Guinée depuis le 23 décembre 2008 a essuyé la réprobation de la Communauté internationale qui s’est surtout scandalisée des viols collectifs dont ont été victimes plusieurs jeunes filles et femmes présentes au Stade.
La Communauté internationale a aussitôt demandé et obtenu la mise en place d’une Commission internationale d’enquête chargée de faire la lumière sur ces évènements graves. Cette commission est actuellement à pied d’œuvre sur le terrain et dispose d’un mois pour boucler ses travaux. Pour une des rares fois, remarqueront certains observateurs, les USA et la France se sont mis d’accord pour condamner une situation et surtout exiger le départ de la junte militaire.
Justement, c’est au regard de cette exigence de l’ancien colonisateur et de la 1ère puissance mondiale que certains s’étonnent du mutisme de la Communauté internationale. Pendant que l’on était persuadé d’une réaction virulente de la part de ces institutions et pays, suite à la proposition de Blaise Compaoré, ce fut motus et bouche cousue. La seule réaction est venue du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Afrique de l’Ouest, Said Djinnit. Qui s’est plutôt contenté de lancer une phrase sibylline. « Le Burkina Faso est une partie intégrante de la Communauté internationale…», s’est exprimé, en substance, le diplomate onusien, qui suit la crise guinéenne depuis ses débuts.
Pour certains, cette déclaration sonne comme un rappel à l’ordre adressé à Blaise Compaoré qui aurait ficelé un projet ayant fait table rase des positions de la Communauté internationale. L’autre interprétation des propos de Said Djinnit estime que le tunisien a voulu signifier aux Forces Vives que le médiateur burkinabé n’agissait pas en solo. En d’autres termes, le projet de Blaise Compaoré a reçu l’aval de la Communauté internationale. Cette interprétation tient-elle la route ? En tout cas, il est à noter que c’est en présence M. Djinnit et de Ibrahima Fall de l’UA que le facilitateur a présenté son document. Ce qui fait dire à certains que ces deux personnalités avaient souscrit au dit projet ou du moins, elles en avaient pris connaissance. Autre élément troublant pour les observateurs, le voyage que le président burkinabé a effectué à Abuja, au Nigeria, en début de semaine dernière pour y rencontrer son homologue nigérian Umaru Yar’Adua. Les deux hommes auraient échangé sur ledit projet.
D’autres observateurs expliquent par contre que si la Communauté internationale s’est abstenue de toute réaction immédiate et ouverte, c’est parce qu’elle ne voulait nullement offusquer le médiateur qui croulait déjà sous les critiques des Forces Vives et d’autres détracteurs. Il fallait donc lui permettre de rectifier le tir ou tout au moins de remettre les pendules à l’heure. On constatera d’ailleurs que ce n’est que mardi dernier que la France s’est exprimée sur ce sujet par la voix de la porte parole adjointe de son ministère des Affaires Etrangères. Celle-ci a, sur les antennes de la radio BBC, souhaité qu’une solution rapide soit trouvée par le médiateur afin que des élections libres et transparentes soient organisées en Guinée. Sans pour autant dire si, oui ou non, la France rejetait de son côté le Projet de Protocole d’Accord Global.
En définitive, certains voient dans le manque de réactions ouvertes de la part des institutions et pays cités plus haut, une sorte d’assouplissement de leurs positions vis-à-vis de la crise guinéenne. Au contraire, certains pensent que, après l’ouragan soulevé par les massacres du 28 septembre, la Communauté internationale qui n’ignore pas la complexité du dossier guinéen aurait opté pour la prudence, afin de faciliter le travail du médiateur. Vrai ou faux ? Attendons de voir.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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