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Plan des chapitres :
1. Introduction
2. L’importance du leadership
3. Que signifie l’industrialisation de la Guinée ?
4. Pourquoi doit-on industrialiser la Guinée ?
5. Comment peut-on industrialiser la Guinée ?
6. Deux notions économiques très importantes
7. Considérations essentielles
8. La restauration de la confiance
9. La lutte contre la corruption
10. La reforme monétaire
11. Conclusion
Suite…
5. Comment peut-on industrialiser la Guinée ?
En ce moment, la Guinée ne dispose pas de moyens suffisants pour financer son industrialisation. Pour amorcer l’industrialisation de notre pays, nous allons donc être obligés de faire de gros efforts pour encourager une délocalisation massive des manufactures européennes, américaines et asiatiques vers notre pays. On n’a pas d’autres choix. Mais, dans certaines conditions, de nombreuses industries pourraient être favorables à délocaliser vers notre pays pour échapper à certaines contraintes liées à leurs propres pays : taxes exorbitantes, impôts excessifs, normes très strictes en matière d’environnement, une main d’œuvre très onéreuse, cotisations sociales importantes, éloignement des matières premières, perte de compétitivité sur le marché international…
Pour encourager la délocalisation des usines vers la Guinée, nous devons ouvrir notre pays au commerce international, aménager des centres de fabrications, créer des zones de libre échange et construire des entrepôts qui peuvent abriter les machines de fabrication. Nous devons aussi mettre en place une réglementation et une fiscalité susceptibles d’attirer les entreprises des pays déjà industrialisés.
En outre, nous devons avoir de l’électricité en grande quantité pour électrifier les zones industrielles. Pour fonctionner, une usine a besoin du courant électrique. C’est pourquoi, si je suis élu, je vais tout faire pour que la Guinée puisse atteindre rapidement ”le point d’achèvement” en vue de bénéficier d’une annulation de notre dette colossale estimée à plus de 4 milliards de dollars. De ce fait, au lieu de payer les intérêts sur cette dette, nous allons réorienter nos dépenses vers les secteurs de l’électricité et de l’eau pour poser les bases d’accueil et d’installation des premières délocalisations d’usines.
Toutefois, il est important de souligner que ces délocalisations sont irréalisables dans un pays où il y a une corruption généralisée, de l’insécurité et des tensions ethniques. Par conséquent, si nous voulons industrialiser notre pays, nous devons placer la lutte contre ces trois (3) fléaux au centre de nos préoccupations.
Les experts ont toujours professé que l’industrialisation des pays africains doit passer par la transformation de leurs matières premières en produits finis. Ils préconisent aux pays africains d’investir dans les secteurs en aval. En Guinée, depuis plus de 40 ans, la stratégie a toujours été de transformer sur place l’alumine en aluminium. Malheureusement, après plusieurs décennies, il n’y a même pas eu une seule raffinerie d’aluminium dans notre pays. Cette stratégie n’a pas réussi à faire décoller l’industrialisation de la Guinée. Pour amorcer le processus d’industrialisation de notre pays, je propose de suivre le chemin inverse : La stratégie de la remontée de filière.
La remontée de filière est une stratégie qui vise à investir dans les secteurs en amont. Elle oriente l’activité de production vers les secteurs à valeur ajoutée maximale (recherche, nouvelles technologies, finances...). Cette stratégie est essentiellement tournée vers l'exportation. Au niveau initial, les manufactures ne requièrent pas une main-d’œuvre très qualifiée. Le niveau technique peut même être très élémentaire. Mais, progressivement, les manufactures les plus simples seront remplacées par des industries qui nécessitent des techniques de pointe beaucoup plus complexes, notamment dans les secteurs de la recherche et de la conception.
Pour bien comprendre la stratégie de remontée de filière, prenons le cas de l’alumine. La Guinée est un pays exportateur d’alumine. A l’usine d’alumine de Fria, la bauxite (terre rouge) est extraite du sol, puis transformée en alumine (une fine poudre blanche), à l’aide d’ingrédients, d’accessoires et de machines-outils. La production d’alumine nécessite, entre autres, de la soude caustique, de systèmes de chauffage, de containeurs à haute pression, de pompes, de vérins hydrauliques, de capteurs électroniques, de compresseurs et de machines-outils. Pour l’alumine, la stratégie de remontée de filière consistera à commencer par fabriquer de la soude caustique ; ensuite on fabrique les systèmes de chauffage et les containeurs à haute pression ; puis on fabrique les pompes ; enfin on s’attaque à la fabrication des compresseurs et de tout un éventail de machines-outils nécessaires à la transformation de la bauxite en alumine.
Avec cette stratégie, on cible le marché extérieur. Par exemple, en fabriquant de la soude caustique et en l’exportant vers les autres pays, on finit par développer une véritable industrie chimique dans notre propre pays. En effet, la soude caustique est un produit aux applications multiples. La soude caustique est utilisée dans l’industrie du papier, dans l’industrie de l’aluminium, dans l’industrie du textile, dans l’industrie alimentaire et dans le traitement des eaux usées. Elle est aussi utilisée dans les forages de pétrole offshore.
De même, en commençant par fabriquer des containeurs, des pompes, des chaudières et des machines-outils, on finit petit à petit par développer une véritable industrie de biens d’équipement en Guinée. De cette manière, on parviendra graduellement à développer un tissu industriel diversifié et autonome dans notre propre pays, avec une expansion considérable de l’activité économique.
Au cours de ce processus d’industrialisation, de nombreux emplois seront créés et des revenus seront distribués aux travailleurs. Au fur et à mesure que le pays s’industrialise, les coffres de l’État vont se remplir. En outre, un tel effort d’investissement s’accompagne inexorablement d’une croissance accélérée, avec un taux de croissance à deux chiffres. Encore une fois, j’ai pris la filière de l’alumine pour tout simplement faciliter la compréhension de la stratégie de remontée de filière. En fait, dès que les délocalisations vont s’intensifier, nous aurons un choix et nous allons retenir seulement les filières les plus rentables telles que l’électronique, les panneaux solaires, les produits pharmaceutiques, les motos et les pièces d’automobile. Voilà, si je suis élu, comment je compte bâtir un miracle économique en Guinée, étape par étape, en remontant les filières qui peuvent nous procurer une très grande valeur ajoutée.
Le miracle ivoirien : Félix Houphouët-Boigny avait sérieusement essayé de bâtir une économie sur la base de la stratégie de la croissance accélérée. Malheureusement, la croissance économique ivoirienne était essentiellement basée sur l’exportation du Café, du Cacao et du bois. Houphouët n’avait pas donné la priorité à la notion de remontée de filière. Il avait par contre essayé de transformer les matières premières en produits finis. Malheureusement, une telle stratégie n’a fait que renforcer la dépendance du pays sur les deux produits de base : le café et le cacao. Comme conséquence, la Côte d’Ivoire a basculé dans la crise économique dès qu’il y a eu une chute des cours mondiaux du café et du cacao.
La croissance ivoirienne reposait sur une théorie que les experts appellent la théorie des avantages comparatifs qui encourage un pays à se spécialiser dans l’exportation de quelques produits de base. Dans certains cas, cette théorie est très risquée, car elle peut induire un pays à mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour la Guinée, cet exemple de la Côte d’Ivoire illustre bien le danger de fonder son développement économique uniquement sur l’exportation des produits primaires tels que la bauxite, les minerais de fer et le pétrole brut.
Ce projet d’industrialisation reconnaît l’importance de l’agriculture dans le développement économique. C’est pourquoi, dès que la phase d’industrialisation prendra son envol, nous intensifierons les financements dans le secteur agricole. Graduellement, notre agriculture de subsistance va céder la place à une agriculture très mécanisée. L’irrigation sera utilisée pour augmenter la productivité et améliorer les rendements. L’objectif sera de produire au moins 50% de notre nourriture de base en Guinée avant l’an 2020. Mais, l’industrialisation de notre pays ne peut plus attendre, car elle est indispensable à la croissance économique et à la création de ces emplois bien payants que les jeunes africains vont chercher désespérément dans les autres continents.
A suivre…
Barry IV Candidat à l’élection présidentielle Pour le Rassemblement Démocratique de Guinée (RDG)
www.guineeactu.com
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