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Comme si le nouveau prix n’était pas de leur goût, les gérants des stations et les sociétés mères Total et Shell avec la Société Guinéenne du Pétrole font la pression sur les automobilistes par un jeu macabre à la pompe. Nul n’ignore la portée du prix des hydrocarbures dans la machine économique nationale. Et pourtant c’est comme si les actionnaires de ce secteur voulaient qu’on bascule dans l’anarchie totale. A observer leurs agissements, d’ailleurs habituels à chaque fin de mois. Le topo est compris et les acteurs connus, sauf que personne ne veut lever le petit bout de doigt pour crier « trop c’est trop ». A 7 000 Fg le litre à la pompe, le refus des pompistes et gérants de servir la clientèle, donne l’occasion aux trafiquants de majorer le prix du litre à 10 000 Fg et voire plus. La guerre des pétroliers est bien déclarée aux usagers mais plus à l’autorité de la République. Sans quoi, comment comprendre les files de véhicules sur les axes routiers à chaque niveau où existe une station. Les revendications salariales des pompistes ne sont pas satisfaites. Les bureaucrates des compagnies font la pluie et le beau temps. Les gérants des stations refusent de partager les intérêts et l’Etat s’accroche à des prévisions budgétaires sans fondement économique, révélant au grand jour notre système de pilotage économique à vue. Les attentes se transforment en tension dans chaque foyer de Guinéens. Les soldes mensuelles souffrent des pesanteurs d’une grille salariale en deçà des charges quotidiennes, rendant l’éducation et l’entretien des enfants problématiques. Il faut alors dire clairement aux opérateurs du domaine des hydrocarbures de savoir qu’on peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais pas tout le peuple tout le temps. Comme pour paraphraser Abraham Lincoln. Le carburant, il y en a plein dans les cuves. Seulement, ce carburant est acheté à un prix moindre par rapport au coût du moment. Visant à se faire de grosses bénéfices par le relèvement du prix de 4 300 Fg à 7 000 Fg, nos argentiers du pétrole misent sur une plus-value beaucoup supérieure à ce qu’ils touchent maintenant. Le refus de servir de l’essence à la pompe aux usagers malgré la réserve importante dans les cuves est une désobéissance, un manquement grave à l’éthique du service public quoique ces stations soient entièrement privées. Toute chose qui nous amène à demander une révision de notre politique d’économie libérale. Parce que le libéralisme n’est pas synonyme de libertinage pour les populations, qui sont obligées de payer au prix fort pour se déplacer, se nourrir et s’occuper des cas sociaux. Si l’Etat doit faire face à la crise ambiante, il faut repartir sur les fonds baptismaux de notre système administratif. Faire la réforme structurelle et se débarrasser des habitudes qui prônent au plus haut niveau la corruption et le manque d’application des textes de lois. C’est dire que toute action ne menant pas au renforcement de l’appareil judiciaire doit être écartée de nos préoccupations. Une fois la justice redorée, le reste vient avec facilité et célérité. Mais que des Etrangers et des Guinéens se coalisent pour narguer les populations, à travers la commercialisation d’un produit stratégique est une provocation. Et dire qu’on a tous condamné les vandales qui ont saccagé les stations d’essence, lors des graves convulsions de janvier et février 2007 et que ces gérants abusent de nous maintenant, est signe d’ingratitude. Ces gérants se rendent-ils compte du mal qu’ils font subir aux Guinéens ? En tout cas, une des solutions est de lever le monopole sur les hydrocarbures, afin que d’autres Guinéens s’impliquent dans ce secteur si fermé. Peut-être qu’avec cette ouverture, nous arriverons à nous faire respecter par ces barons sans pitié. A leur demander sur le prix qu’ils préfèrent, vous pouvez entendre plus de 15000FG. Histoire de gagner et gagner toujours plus sans aucune expertise. A servir par compte-gouttes les usagers, c’est les faire perdre du temps, donc de l’argent. Qui pour leur faire comprendre de respecter l’être humain ? Il est temps de s’occuper enfin de cette question suivant tous ses contours et exigences. Il y va de l’intérêt de tout le pays. Aboubacar Sidick Sampil. L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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