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Un ballon d’essai ou un scoop mouillé ? En tout cas, la nouvelle de la désignation de l’actuel ministre de l’Environnement et du Développement durable, Papa Koly Kourouma, pour être le futur candidat de l’UPG (parti de l’actuel Premier ministre Jean Marie Doré) aux prochaines élections présidentielles fait grincer des dents. Qu’en sera-t-il de la neutralité que doit observer le Premier ministre tout au long de la transition ?
Au moment où le nouveau Premier ministre de la transition Jean Marie Doré entretient le doute sur son éventuelle candidature aux futures élections présidentielles, au mépris des accords de Ouagadougou, son parti, l’UPG (Union pour le progrès de la Guinée) fait parler de lui. Selon un site d’information guinéen, la jeunesse de cette formation politique dont le leader a pris fonction le mardi 26 janvier dernier à la tête du futur gouvernement de transition, aurait décidé de présenter la candidature de Papa Koly Kourouma à ces élections. Celui qui était le ministre de l’Environnement et du Développement durable jusqu’au moment où nous mettions sous presse pourrait donc porter les couleurs de l’UPG lors des élections qui devraient avoir lieu dans une durée de six mois. C’est en tout cas ce que prévoient les Accords de Ouagadougou qui relancent la transition désormais placée sous la coupe du président par intérim le général Sékouba Konaté.
On se rappelle que Papa Koly Kourouma occupe ce poste ministériel depuis juin 2008. Proposé par Jean Marie Doré pour figurer au nom de son parti dans le gouvernement dit de large ouverture du Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, il était l’un des rares ministres à avoir été reconduit dans le gouvernement de Kabinet Komara suite à la prise du pouvoir par la junte militaire (CNDD). Une reconduction qui s’expliquerait par les liens étroits de parenté qu’il aurait avec le chef de l’Etat Capitaine Moussa Dadis Camara. A l’épreuve des semaines et des mois que le CNDD a passés au pouvoir, cette affirmation s’est presque vérifiée, car Papa Koly Kourouma passait pour l’un des hommes de main de l’ex-chef de la junte. Après la mise à l’écart du Capitaine Dadis, qui est actuellement en convalescence à Ouagadougou, Burkina Faso, et la perspective certaine de la tenue d’élections libres et transparentes, l’homme devrait être placé sur la rampe de lancement de l’UPG lors des prochaines consultations présidentielles.
L’annonce de cette nouvelle a aussitôt alimenté le brasier des commentaires quant aux coups que le processus de la transition pourrait en prendre. Ce n’est pas le poids politique de l’homme qui focalise les débats, mais c’est plutôt l’incertitude de voir le Premier ministre Jean Marie Doré observer la neutralité requise par son poste qui préoccupe déjà. La candidature du nouveau patron de la Primature guinéenne et des membres du gouvernement et du CNDD étant interdite par les accords de Ouagadougou, le cas de l’ancien Secrétaire général de l’UPG et porte parole du Forum des Forces Vives inquiète moins également. Même si l’homme s’offre le malin et troublant plaisir d’entretenir le doute sur cette question. Qu’à cela ne tienne, Jean Marie Doré sait qu’il est tenu par les accords de Ouagadougou dont les termes ont favorisé son accession à la Primature.
Toutefois, son aptitude à conduire le gouvernement sans heurts et sa capacité à rester neutre tout au long du processus ont donné à réfléchir à beaucoup d’observateurs. Ces derniers craignent en effet qu’ils ne passent des accords tacites avec l’un des candidats aux élections présidentielles, afin que ce dernier lui trouve un strapontin après les élections qui marqueront la fin de sa présence à la Primature. Car, de l’avis de certains observateurs, il aura fallu de nombreux efforts pour convaincre Jean Marie Doré d’accepter le poste de Premier ministre. Une offre qui lui a été faite dans le souci de contenter le camp de certains extrémistes issus de la région du Capitaine Dadis. Mais, selon certaines indiscrétions, la réticence de M. Doré était liée à ses interrogations sur ce qu’il deviendrait après les élections. Lui, qui n’aura pas fait acte de candidature lors des présidentielles pour espérer se faire élire et nouer une quelconque alliance avec un autre candidat.
Au regard de ce qui précède, la nouvelle qui fait état de l’initiative de la jeunesse de l’UPG de présenter un candidat aux futures élections présidentielles est en passe d’enfler l’inquiétude d’une bonne partie de l’opinion. Une opinion qui ne s’attend pas forcément à ce qu’un éventuel soutien voilé du Premier ministre JMD au candidat de son ‘’ex-parti» soit payant. Autrement dit, ils sont nombreux qui ne parieraient pas sur la victoire d’un Papa Koly Kourouma dont le charisme et la combativité ne sauraient égaler ceux de Jean Marie Doré. Ce dernier a pourtant été candidat à deux élections présidentielles sans pouvoir secouer le cocotier.
S’il est une certitude cependant, c’est bien celle qui consiste à dire que toute candidature venant de l’UPG est de nature à jeter une suspicion d’impartialité sur le Premier ministre. Quand on sait que son rôle sera déterminant pour la réussite de cette transition relancée, on ne peut que souhaiter que cette nouvelle soit un pétard mouillé. Qu’elle reste donc sans suite. Il n’est pas question ici que le parti de Jean Marie Doré soit sans chef de file. Il est plutôt question que ce chef ne se jette pas dans la bataille présidentielle.
Aujourd’hui, l’on s’aperçoit que les Accords de Ouagadougou méritent d’être renforcés pour traiter de telles éventualités, ainsi que d’autres questions dont celle concernant les sous entendus liés au point qui écarte la candidature de tous les membres des forces de défense et de sécurité ‘’en activité». Qu’entend-on donc par ‘’en activité» ? Autant de zones d’ombre et d’autres qui méritent d’être clarifiées. Nous en reparlerons de ce point précis très prochainement.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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