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Le processus de réconciliation nationale a été lancé ce lundi 21 juin à Conakry au palais du peuple. Cette fois a été la bonne, après un ajournement de cet événement qui vise à amener les guinéens à faire table rase du passé. Faut-il cependant s’interroger sur l’opportunité de ces réconciliations, qui surviennent à la veille du premier scrutin démocratique que la Guinée s’apprête à vivre, depuis son indépendance, quand on sait que les nombreuses plaies laissées par les différents régimes sont encore béantes ?
La cérémonie était placée sous la présidence du général Sékouba Konaté, président de la République par Intérim. Ce qui a donné lieu à une forte mobilisation des membres du gouvernement, aux côtés du Premier ministre, Jean-Marie Doré. Le Conseil national de transition (CNT), qui a initié ce projet n’était pas en reste dans cette mobilisation.
Hadja Rabiatou Serah Diallo et ses collaborateurs étaient donc réunis au grand complet ce lundi au palais du peuple. A cela il faut ajouter les membres du haut commandement de l’armée ainsi que des diplomates accrédités en Guinée. Ce coup d’envoi du processus de réconciliation nationale a été marqué par un discours jugé émouvant, voire pathétique, du général Sékouba Konaté.
Le président de la Transition a mis cette prestation à profit pour lancer un appel solennel au peuple de Guinée, afin qu’il pardonne toutes les exactions subies ces dernières années. ‘’Si l’on ne peut refaire l’histoire, on peut tirer les leçons des erreurs, de toutes les erreurs pour ne pas les refaire. Il faut oser dire et défendre la vérité pendant qu’il est temps. Aujourd’hui, la Guinée a compris que l’amertume du passé ne doit pas peser sur notre avenir. Nos frustrations, nos rancunes, nos démons personnels pour légitimes et fondés qu’ils soient ne devraient constituer en aucun cas une menace pour notre volonté de vivre ensemble. Aujourd’hui, grâce à l’effort de pardon et de tolérance de la part de chacun de nous, les guinéens se reconnaissent dans leur histoire et surtout consacrent leurs énergies à construire ensemble leur avenir. La réconciliation des uns avec les autres, explique le climat de confiance et de paix dans notre pays qui permet de panser les blessures en toute sérénité et par la même occasion de juguler les cœurs et les esprits de la haine et des passions causées par de nombreuses années d’injustice, d’oppression, de violences gratuites et aveuglent. Divisés, nous avons échoué et subis ensemble. Unis et solidaires, nous nous en sortirons tous et rapidement. Ce 21 juin 2010 est une date chargée d’émotion qui marque une prise de conscience individuelle et collectivité qui sera gravée dans les annales de notre histoire. Je le proclame entre guinéens, nous devons pouvoir nous pardonner nos fautes et offenses voire nos crimes. Car si nous devons nous rappeler de ce qui est passé, nous devons être parfois capables d’oublier quand cela est nécessaire à préserver l’unité de notre nation et la paix sociale. En votre nom à tous, du peuple souverain de Guinée, vous me permettrez, à cette occasion solennelle et du haut de cette tribune, de demander pardon pour mes prédécesseurs et tous ceux qui, dans l’exercice du pouvoir d’Etat ou aux différents leviers de commande du pays, ont pu commettre des abus et exactions ou encore ont été amenés à causer des torts : Pardon! Pardon! Pardon!...», a souligné le général Sékouba Konaté, sous des applaudissements nourris du public.
Un défenseur des droits de l’homme qui était à cette cérémonie, a remarqué la forte présence des femmes balayeuses du gouvernorat, qui auraient pris d’assaut le palais dès les premières lueurs de l’aube. Notre interlocuteur qui a requis l’anonymat, voulait dire par là que les vraies victimes n’ont pas accordé d’importance à cette rencontre. Et que pour réussir une réconciliation, il fallait obéir à un triptyque qui est : vérité-la justice et réconciliation. Brûler donc les deux premières étapes ne peut mener au résultat escompté.
Pour preuve, au moment où les gens étaient réunis au palais pour procéder au lancement de ce processus de réconciliation nationale, Mme Aminata Barry, fille de feu Barry Diawadou, décédé dans les geôles de Sékou Touré, était entrain de trimballer devant les tribunaux Sidiki Kobélé Kéita et Mohamed Touré. Le premier est un écrivain, soupçonné d’avoir fait l’apologie des crimes sous la révolution. Tandis que le second n’est autre que le fils de Sékou Touré.
N’est-ce pas à une fuite en avant que les initiateurs de ce projet de réconciliation se sont livrés ?
Voilà en tout cas une question qui hante de nombreux esprits aujourd’hui. Ces gens pensent qu’il appartiendra au futur gouvernement de s’atteler à cette grande tâche. Car, pour eux, il y a eu trop de crimes commis depuis 1958 dans notre pays, pour que la question soit ainsi banalisée.
N’empêche le discours de Konaté restera gravée dans les annales de l’histoire, lui qui est considéré aujourd’hui comme étant la cheville ouvrière du retour à ordre constitutionnel en Guinée.
D’ailleurs, l’université de Nongo-Conakry lui a décerné un diplôme « Honoris Causa » pour la paix. Fruit de ses efforts.
Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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