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Le gouvernement de transition a fixé le calendrier des Assises au 15 mars prochain. Des travaux qui verront défiler devant la barre plusieurs personnalités civiles et militaires soupçonnées d’avoir trempé dans le narcotrafic.
Bakary Thermite Mara et Victor Traoré, respectivement ancien directeur de la police routière et ancien directeur de l’Officie de répression des délits économiques (ORDEF) ont été mis en liberté provisoire la semaine dernière. Ces officiers de police qui ont en commun d’avoir tous deux dirigé Interpol Guinée et la police des mœurs, restent sous contrôle judiciaire jusqu’à leur comparution devant la cour d’Assises qui va démarrer ses travaux le 15 mars.
La similitude entre les deux cadres de la police ne s’arrête pas là. Ils ont en commun aussi d’avoir tous les deux des problèmes de santé. Ce qui avait motivé leurs avocats à engager très tôt la bataille pour leur remise en liberté provisoire, afin qu’ils puissent bénéficier de soins et de suivi médicaux. Mais, ils se heurteront à un refus catégorique de la part des autorités judiciaires, d’après nos enquêtes.
Il a fallu attendre que la transition amorce un nouveau cap, pour que la justice sorte soudain de sa torpeur, pour donner une réponse favorable au dossier. Ceci dit, ces deux policiers qui n’ont pas encore bénéficié d’un non lieu pour les graves soupçons qui pèsent sur eux, dans ce dossier de narcotrafic, doivent s’attendre donc à aller au procès. Victor Traoré et Thermite Mara, ces deux gros bonnets de la police, sont surtout accusés d’avoir des accointances parmi les membres des cartels de la drogue dont ils auraient facilité les transactions.
C’est leur train de vie qui les aurait surtout trahis, attirant de facto la curiosité sur eux, étant largement à l’abri du besoin matériel.
D’autres personnalités du monde de la police qui avaient été interpellées dans le même cadre, elles, ont eu la chance d’être définitivement blanchies. C’est le cas de Bô Kéita, ancien ministre de la Sécurité, Zakaria Cissé, ancien directeur adjoint des renseignements généraux, ainsi que de l’ancien procureur au près le tribunal de première instance de Kaloum, M. Fernandez. Un certain Mangué Camara, ancien secrétaire général du comité national de lutte anti-drogue (CNLD) et l’ancien argentier du pays, Dr Ousmane Doré figurent parmi les cadres qui ont été sortis de ce pétrin.
D’autres flics demeurent toujours derrière les barreaux ainsi que des hauts gradés de l’armée, dont le général Diarra Camara, ancien chef d’état major général des armées, en attendant le jour j.
Pendant que le ministère de la Justice est entrain de procéder aux préparatifs des Assises, le collectif des avocats chargé de la défense des présumés narcotrafiquants de son côté prépare une riposte destinée à compliquer la tâche au gouvernement.
Ainsi, dans une déclaration publiée récemment, le collectif menaçait de boycotter le procès. Arguant que les procédures en la matière ont été entachées d’irrégularités.
Dans la foulée, Me Abass Bangoura du Barreau de Conakry suggère même d’organiser une marche de protestation pour dénoncer les agissements de Moussa Tiégboro Camara, ministre à la présidence de la république chargé des services spéciaux et de la lutte antidrogue, que les avocats considèrent comme un « ennemi de la justice ». Depuis qu’il a procédé à la saisie des biens des mis en cause, sous le couvert de la justice.
On le voit, le traitement qui entoure le dossier des présumés narcotrafiquants déchaîne les passions. Et l’enjeu est de taille pour le gouvernement de Jean- Marie Doré qui à travers ces Assises, va tenter son premier grand test dans la gestion des affaires de la république. Le moindre faux pas pourrait écorner son image.
Il faudra surtout se garder de céder à la pression émanant de qui que ce soit, dans cette affaire très délicate. Car l’opinion ne tolérera pas que des personnes qui ont flirté avec des narcotrafiquants, jusqu’à bénéficier de leurs largesses, puissent se retrouver en liberté. Tout comme il ne sera pas juste de condamner des innocents, dans le seul but de présenter à la face du monde des boucs émissaires qui paieront en lieu et place des vrais coupables.
Comme l’a écrit Sir William Blackston : « Il vaut mieux que dix coupables s’échappent plutôt qu’un seul innocent ne souffre ».
Cela est un classique en Guinée, livrer les menus fretins à la vindicte populaire, pendant que des bandits à cols blancs et autres criminels de tout acabit vont continuer à se la couler douce.
Le gouvernement de transition ne se laissera certainement pas se distraire, dans le déroulement de ces Assises, étant suffisamment averti.
Afin que la justice fasse son travail en toute indépendance.
C’est le sacrifice à consentir, pour amener les citoyens à avoir foi en leur justice.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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