Des condamnations à un an de prison avec sursis, assorties d’une amende d’un million GNF pour les uns, condamnation d’un an de prison pour les autres, acquittement pour un troisième groupe. Ainsi en a décidé Victorien Haba. Cet humiliant prologue du quinquennat du Pr. Alpha Condé en dit déjà long sur un règne au parfum bien âcre aujourd’hui et asphyxiant demain. Et pour annoncer les couleurs, le président de la République envoie de fait un signal très fort à la déjà déliquescente opposition désunie dans son ensemble. Croire donc que c’est seul Dalein qui est visé dans cette politique de ‘’chasse à l’homme’’ est une grosse erreur d’appréciation. Sidya, Abbé et les autres sont tous sous la même menace du pouvoir en place en quête d’assise forte.
Pour sa part, les nouvelles autorités de Conakry et leurs faiseurs de rois ont un objectif : bien mâter les vrais remuants, intimider les têtes brûlées, créer la zizanie et puis, phagocyter les poltrons. Le tout, au nom d’une compromission fructueuse avec d’éventuels tocards. Si donc l’avanie des militants de l’UFDG est perçue comme un moindre mal au sein de la NGR, de l’UFR, des NFD, de la GECI, etc., voire même des faire-valoir de l’Arc-en-ciel, il est tout de même clair que ce mal n’arrive pas qu’aux autres. Autant alors le combattre avant qu’il ne s’enracine et que ses commanditaires ne trouvent davantage leurs aises.
Une telle démarche exige naturellement – de la part des combattants contre l’exclusion – cohésion, sincérité, audace, don de soi et savoir-faire. Car après tout, ils ont tous un ennemi commun bien déclaré, jusque là se faisant passer comme un réel défenseur de la démocratie et de la justice.
Pousser Resco à la porte
Comment comprendre qu’un gouverneur de la ville de Conakry ait giflé un magistrat et que cet acte reste impuni, sachant que le manque de sanction appelle à la récidive ? Sûr alors de son statut et conscient que l’assassin revient toujours sur son lieu de crime, Resco, l’homme en treillis, puisque c’est de lui qu’il s’agit, lâche cette fois-ci sa meute, nargue, interpelle, abuse, humilie d’honnêtes citoyens assoiffés de démocratie et de liberté d’expression. Son mentor l’acclame en signe d’approbation et d’encouragement. Pendant ce temps, notre capitale fourmille de bandits (toujours en treillis) de grand chemin qui attaquent et abrègent quotidiennement le sommeil de la population de la haute banlieue. Une population durement éprouvée par cette affaire de riz du changement, quasiment introuvable et hors de portée de la bourse du citoyen moyen. Pendant ce temps aussi, nos rues et ruelles nauséabondes ne savent plus à quelles poubelles donner de la tête.
Vu le comportement plus que paranoïaque du Resco du gouvernorat, soutenu entièrement par celui qui a été démocratiquement élu, pour ainsi reprendre le terme consacré, les anciens alliés de Dalein doivent savoir au même titre qu’Albert Einstein (1879-1955) que les grands esprits ont toujours subi une opposition violente de la part des esprits médiocres. Autant pousser le gouverneur Resco à la porte pour combattre – pourquoi pas à jamais – à travers lui, l’arrogance et les multiples abus des hommes en uniforme qui ne montrent leurs biceps qu’en face d’une population à mains nues.
De qui se moque-t-on réellement ? Les gens ont manifesté à Kankan en exigeant le départ du gouverneur et du préfet. Alpha Condé n’a pas envoyé des loubards pour tirer dans la foule. Il a plutôt limogé Antoine Kankoudono et son préfet pour satisfaire à la volonté populaire. Vous rappelez-vous aussi du cas de Dubreka avec l’autre zélé de Bondabon ? Et à Fria où Mahamed Nabé faisait la pluie et le beau temps avec les Russes avant de se retourner contre eux et la cohorte de retraités ? Nulle part dans ces villes on n’a tiré. Et nulle part aussi les manifs étaient interdites. Dalein et ses anciens alliés ne doivent pas attendre pour faire pression afin de libérer les citoyens injustement incarcérés. Et mieux, exiger le départ du gouverneur de la ville de Conakry.
Oser ou périr l’épée à la main
L’opposition doit se lever et crier haro sur les pseudo-intellectuels mués en opposants historiques, alors qu’ils soufflent inéluctablement sur les braises. Il est donc temps de combattre ce régime autocratique, né du fond des décombres du PDG au plus fort de sa photosynthèse. A défaut, on risque d’être en face, dans les prochains mois en Guinée, d’une équation: Tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit.
Il n’est pourtant pas tard. Et chacun de nous doit avoir à l’esprit, comme Franklin D. Roosevelt (1882-1945), 32e président américain que : “En politique, rien n'arrive par accident. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon.” Peut-on donc s’attendre à un sursaut de l’opposition afin de faire valoir la démocratie en Guinée ? Une démocratie qui a déjà enterré des centaines de morts, endommagé de nombreux citoyens et endeuillé plusieurs familles. Les auteurs restent encore hélas impunis. De quoi les encourager à tirer dans les foules. Au nom de l’autorité ou de la lutte contre ce que les hommes à la gâchette facile appellent si bêtement ‘’désordre’’.
Quoiqu’il en soit, le ciel est loin d’être dégagé. Et un analyste de conclure avec beaucoup de scepticisme : « Si la mort de Zakariaou reste sans conséquence au moins pour le gouverneur de la ville de Conakry, alors nous prions chaque Guinéen d’informer sa famille qu’il ne faut plus répondre à un appel d’aucun parti actuel en Guinée pour sortir dans la rue ou participer à un meeting, autorisé ou pas. » C’est, de toutes les façons, le vœu du pouvoir en place, s’inspirant si étrangement d’Aristote (384-322 A. J.-C.) : « Il est aussi dans l'intérêt d'un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu'il ne puisse pas se protéger par les armes, et qu'il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu'il n’ait pas le temps pour la rébellion. »
Il faut donc oser ou périr l’épée à la main. Mais encore faudrait-il que le message envoyé par Alpha et son bataclan à leurs adversaires politiques soit bien décrypté, analysé et puis renvoyé à temps. Sinon, bonjour l’atroce dictature. Peut-être pire que celle enfourchée par le sinistre modèle : Ahmed Sékou Touré. Sait-on jamais avec les politiciens versatiles !
Un Guinéen en Guinée (nom connu de la rédaction)
pour www.guineeactu.com