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« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs » Jean-Jacques Rousseau Tout a été dit sur la situation guinéenne, des qualificatifs de pays en faillite, narco-état, pays poubelle, bref tout ce qui n’honore pas une nation démocratique. Pourtant, on ose toujours dire à qui veut l’entendre que la Guinée est un scandale géologique, elle regorge les meilleurs métaux précieux du monde. Mais on oublie aussi de dire que nous sommes le pays africain le plus corrompu. Deuxième nation au monde bénéficiant de ce triste satisfecit. Nous sommes la vitrine de l’autocratie. En moins de huit ans, nous avons connu 4 premiers ministres ce qui veut forcement dire quatre gouvernements même si le noyau central est reste inamovible. Nous étions nombreux a croire que Soirée, devenu premier ministre pouvait rentrer dans l’histoire et sauver la Guinée. Mais c’était mal connaitre l’homme. Il nous a prouvé que l’habitude est une seconde nature. Nous lui avons déroulé le tapis rouge, il nous a craché dessus. Certes, il n’a pas bénéficié de l’engouement populaire qu’a eu Kouyaté mais sa nomination fut accueillie avec méfiance donc acceptable puisqu’aucun soulèvement n’a été constaté. En acceptant sa nomination, nous avons servi de marche pied a un assoiffé de pouvoir comme en témoigne sa rencontre de Koulak (Labé) avec Cellou Dalein et les guides religieux de cette bourgade pour utiliser les termes d’un compatriote. Nous assistons aujourd’hui à une course effrénée pour la succession du vieux General entre les prétendants déclarés d’une part (Cellou et le reste de l’opposition) et de l’autre, les candidats de l’ombre (Kassory, Souaré et Ousmane Conte). Ce que les gens ignorent c’est que Lansana Conté est un fin stratège. Il est déjà en avance dans sa stratégie pour faire accepter son rejeton Ousmane. Mais la Guinée n’est pas le Togo, Ousmane Conté n’est pas Faure Gnassingbé. Ce dernier n’a pas fait école chez Pablo Escobar. Ses mains ne sont pas tachées. Il est diplômé de la prestigieuse Georgetown University. Comparaison n’est pas raison. Pour son coup d’état anticonstitutionnel, Conté a besoin de cerner deux facteurs incontournables dans l’optique d’une succession paisible : la légalité et la légitimité. Il s’est déjà arrangé pour avoir une armée acquise à sa cause d’où la vague de nominations des jeunes officiers aux différents postes de commandement. Il s’active à avoir un parlement PUP avec alliance d’où le report des législatives pour trouver les hommes qu’il faut. Il n’aura aucune difficulté à ce niveau pour faire passer les lois. Ensuite vient la question de la légitimité. Sur ce dernier point, Conte rencontre plus de difficultés que sur le premier mais ce n’est pas un obstacle pour quelqu’un qui a réussi à déjouer tous les assauts qui auraient pu lui couter son fauteuil. Conté sait que son fils peut emporter des élections a défaut de pouvoir les remporter. Ousmane n’a pas de base politique déclarée pour le moment donc il ne peut pas descendre dans l’arène mais cette activité interviendra en dernier ressort pour chapeauter un plan en phase d’achèvement. Il ne va pas se tuer pour créer une base politique conséquente, il n’en a pas besoin puisque l’option choisie n’est pas la voie démocratique. Elle peut avoir une connotation démocratique mais elle ne le sera pas en réalité. L’achat de conscience peut toujours servir. Ce que Conte craint en réalité, c’est que ces procédés anticonstitutionnels déjà connus et détectés ne puissent pas fonctionner comme il le veut. La légitimité usurpée demandera pour cette fois un travail plus sérieux. Il faut rallier plus de monde et de couches. L’armée comme je l’ai dit plus haut, est acquise. La démarche semble concluante auprès de sa base politique le PUP. Quant aux imams et autres religieux censés être les dignes représentants de Dieu sur terre, ils ont troqué la parole divine contre des billets de banque. Ils ne parlent que de 3e ou 4e femme ou encore de 4x4 derniers cris. Au niveau des intellectuels, le culte de l’argent a remplacé le culte de l’excellence. Cette frange de la société fera alliance au moment opportun. Ce complot savamment ourdi est en gestation. Le reste n’est qu’une question de temps et de communication et surtout ne comptons pas sur l’ONU, la France ou les USA pour déjouer ce coup. Il n’est point besoin de s’y attarder : les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Si Conte leur promet des dividendes économiques, ils ne se priveront pas d’être de simples spectateurs qui finiront par se ranger à la volonté souveraine d’un état. Conté a fini par connaitre la passivité extrême et la psychologie des Guinéens. Il a fini par relever et cerner les failles des syndicalistes. Failles dans leur capacité de riposte, failles dans l’organisation. C’est pourquoi, renoncer a son projet de succession ne semble pas être une option raisonnable parce que ne faisant face a aucun obstacle susceptible de le contrer. Il s’y ajoute que des enjeux liés à la protection de son entourage font de son projet, la priorité de ses priorités. Il revient cependant aux démocrates, aux citoyens guinéens et amis de la Guinée de contrer son initiative. C’est un devoir républicain pour tout Guinéen. L’heure n’est plus à la susceptibilité, aux calculs politiques. L’heure est à l’unité contre la forfaiture, unité contre un recul démocratique imminent, unité contre l’instauration d’une monarchie républicaine. Les Guinéens ont été nombreux à dénoncer le retour des anciens ministres dans le gouvernement mais rien dans la démarche, rien dans le comportement ne pousse à penser que cette affaire, ils en avaient fait une question d’intérêt national. Face à la donne, il est temps de transcender les intérêts partisans et les adversités politiques pour mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation. Les guinéens ne doivent plus attendre l’action des syndicalistes pour combattre le danger. Ils ne vont plus nous défendre. La limousine d’achat de conscience les a rattrapés en chemin. Des structures citoyennes doivent être créées pour s’opposer au projet monarchique du Général. Des structures citoyennes qui pourront valablement s’associer avec les politiques pour mettre en place des stratégies de lutte pour la défense des principes et valeurs républicains. Moussa Konate « Papus » pour www.guineeactu.com
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