mercredi 23 juin 2010
Problématique de l’environnement – Un film documentaire épingle Rusal

Fria, jadis considérée comme une cité industrielle par excellence, tend à devenir un véritable mouroir pour les populations pauvres des villages abandonnés entourant l’usine Friguia. C’est du moins ce que nous avons constaté lors de la projection d’un film documentaire réalisé par un jeune cinéaste réalisateur ressortissant de la dite localité.

Le film documentaire de plus d’une trentaine de minutes, retrace l’historique de l’implantation de l’usine de Friguia dans l’exploitation de la bauxite dans la préfecture. Toutefois, l’auteur du film documentaire a surtout mis un accent sur les dégâts que cette usine a causé non seulement aux villageois, mais aussi à tout l’écosystème de la préfecture. Le titre du documentaire est : « Autour de nous », comme pour dire, expliquer ce qui se passe autour de l’usine et des carrières ouvertes de Friguia et qui sont de nature à causer un préjudice à la nature.

La projection de ce film sur l’impact de l’exploitation de la bauxite sur l’environnement des villages de Kimbo, de Fokhibo, Dotê et autres, a mobilisé les journalistes, les cadres des départements de l’environnement et du développement, dans la première quinzaine du mois de juin. Le cinéaste Ousmane Touré a pris soin de montrer le danger lié à l’exploitation anarchique et sans mesure d’accompagnement des ressources du sol et sous sol en Guinée, et notamment à Fria. En tout, 24 carrières sont exploitées théoriquement, mais 23 le sont pratiquement. Au cours de l’exploitation de ces carrières, une poussière s’est dégagée avec le système de dynamitage qui produit des bruits effrayants et assourdissants. Ce dynamitage des carrières, a même provoqué la naissance prématurée des jumeaux, qui sont décédés quelques minutes après, laissant la jeune maman dans une douleur inexplicable. C’était dans l’un des villages qui entoure l’une des carrières. Le dynamitage cause aussi des fissures sur les murs des maisons construites en banco ou des cases, qui, pour la plupart des cas, finissent par s’effondrer un jour. Dans ces villages, les cours d’eau sont pollués à telle enseigne que leurs eaux ne sont plus aptes à la consommation. Or les habitants des villages n’ont pas une autre source d’approvisionnement en eau potable pour leur consommation quotidienne.

Dans le documentaire, l’on constate plusieurs rivières ou fleuves dont les eaux sont fortement contaminées à la soude caustique, cette situation menace la santé des populations, surtout aux enfants et aux femmes. Des nappes d’eau souterraines ont fini par être détruites par des facteurs dégradants de l’environnement. En guise d’illustration, le fleuve de Konkouré risque de ne servir à rien si dans 10 ou 15 ans des mesures préventives ne sont pas prises, pour éviter l’élan de dégradation et de pollution.

Dans le village de Dotê pas exemple, l’impact de l’exploitation de la carrière est palpable sur l’agriculture et l’élevage. Partout des terres arides, qui ne sont plus arrosées par les eaux et finissent par être non rentables du point de vue agriculture ou riziculture. Dans le même village, un citoyen serait devenu aveugle pour avoir lavé son visage avec de l’eau contaminée par la soude caustique. Ce vieux père de famille est laissé pour compte sans aucune mesure d’accompagnement selon son témoignage. Pour se voiler la face, les exploitants font des reboisements dans certains endroits dégradés. Mais il faudrait plusieurs années pour que ces endroits redeviennent des espaces verts dignes de nom. L’un des villageois a même indiqué que le plus souvent c’est dans les forêts denses que les carrières sont ouvertes avec la destruction systématique de la flore et de la faune. Quel dommage pour le développement durable de la Guinée.

Et dans les débats qui ont suivi la projection du film documentaire, plusieurs cadres du département de l’environnement ont pris la parole pour prouver à l’opinion nationale leur implication dans la protection de l’écosystème en Guinée. Tout sauf de la réalité, dit-on dans la salle. Car la dégradation de l’environnement en Guinée se passe de tout commentaire. Et souvent d’ailleurs cet état de fait se réalise avec la complicité desdits cadres qui ne pensent qu’à leurs poches. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est la Secrétaire générale du département de l’environnement qui a révélé qu’en Guinée, il n’existe aucune étude d’impact sur l’environnement dans les mines et carrières. Pendant ce temps, la première carrière bauxitique date de plus de 50 ans. Ce qui signifie pour un profane, que depuis 50 ans des sociétés exploitent la bauxite guinéenne et ne sont pas soumises à des mesures de protection de l’environnement. Pour un autre cadre du même département, l’environnement n’est pas une priorité.

Tout porte à croire, eu égard à plusieurs situations alarmantes au sein des mines et carrières en Guinée, que le pays ne semble toujours pas prêt à s’imposer des mesures concrètes de protection de son environnement. Un tort que les générations d’aujourd’hui sont entrain de causer à celle de la Guinée de demain. En attendant, les promesses faramineuses des sociétés d’exploitations des nos ressources minières, plusieurs milliers de villages de la Guinée restent sans eaux, ni électricité, encore moins d’écoles, de dispensaires ou de routes pour nos frères, sœurs et parents de plus en plus pauvres. « Nous n’avons ni eau ni école pour les enfants de notre village. Alors que nous sommes à quelques mètres de l’une des carrières de l’usine Friguia. Si l’Etat ne fait rien pour nous, qu’il nous aide à quitter ici pour aller s’installer ailleurs, car nos maisons aussi risquent de tomber un jour sur nos familles » tels sont les lamentations d’un pauvre père de famille dans un village de Fria, s’exprimant dans le film documentaire.


Lansana Camara
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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