vendredi 4 avril 2008
Prix du carburant : Une hausse aux conséquences imprévisibles
Mamady Traoré, ministre du commerce

En décembre dernier, à la faveur d’une conférence de presse organisée à son département, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan avait clairement laissé entendre que l’augmentation du prix du carburant était inévitable. Aujourd’hui, l’on ne peut que donner raison à l’argentier Ousmane Doré. Les produits pétroliers se vendent désormais à 7000 francs guinéens le litre. Une hausse que beaucoup considèrent, non sans raison, comme une mesure aux conséquences imprévisibles.

Depuis quelque temps, l’on a constaté une récurrente crise de carburant aussi bien à Conakry que dans les villes et villages du pays profond. Les pauvres citoyens avaient fini, la mort dans l’âme, par s’habituer aux longues files de véhicules devant les stations d’essence. Certains gérants véreux avaient pris la mauvaise habitude de se livrer à un trafic qui ne dit pas son nom. D’importantes quantités du carburant destiné à la consommation nationale étaient exportées vers les pays limitrophes, avec la complicité active de ceux qui sont pourtant chargés de faire respecter la loi et autres mesures interdisant l’exportation frauduleuse des produits pétroliers. Comme conséquence fâcheuse, les détenteurs de véhicules, de motos et de groupes électrogènes faisaient régulièrement face à une inexplicable crise de carburant. Les maîtres spéculateurs mettaient souvent cette occasion à profit pour se lancer, à corps perdu, dans la course effrénée au gain facile. Le prix du carburant se fixait de façon fantaisiste et anarchique à la faveur de chaque crise réelle ou volontairement créée par ceux qui semblent avoir choisi de construire leur bonheur sur le malheur de leurs semblables. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’augmentation du prix du carburant était particulièrement redoutée par l’écrasante majorité de la population. Et pour cause. Nul besoin d’être un expert en Economie pour savoir que la moindre augmentation du prix des produits pétroliers peut avoir immédiatement une incidence négative sur le niveau de vie des citoyens.

Le lundi 31 mars, le ministère du Commerce a décidé de revoir à la hausse le prix des produits pétroliers à la pompe. Les tarifs de transport urbain et interurbain ont été conséquemment réajustés, au grand dam des populations qui, dans leur immense majorité, continuent de tirer le diable par la queue. Cette situation, on le sait, conduira inévitablement à la hausse incontrôlée des prix des denrées de grande consommation. Pour qui sait que le Guinéen moyen éprouve depuis un certain temps d’énormes difficultés à subvenir à ses besoins, il y a de bonnes raisons de s’inquiéter davantage pour lui. L’on peut désormais craindre que le prix du sac de riz n’atteigne la barre de 200.000 francs guinéens. Si le fonctionnaire doit débourser la moitié de son salaire pour s’acheter un sac de riz de 50 kilogrammes, il est à se demander s’il lui sera facile de faire face à d’autres charges inhérentes à la vie d’un homme moderne. L’augmentation du prix du carburant que les populations redoutaient à juste raison est enfin une réalité en Guinée. Une hausse qui, de l’avis de maints observateurs sérieux et attentifs, risque d’avoir des conséquences imprévisibles. Après bientôt un demi-siècle d’indépendance, les Guinéens, dans leur majorité, n’en finissent plus de tirer le diable par la queue. Le gouvernement Kouyaté, au bout d’un an, semble avoir montré clairement ses limites dans la résolution des problèmes auxquels sont confrontées les populations guinéennes au quotidien.

Mamy Dioubaté, L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com        

 

Des citoyens réagissent…

Barry Oumar, syndicat des transporteurs à Matam : « Tous nos espoirs sont maintenant brisés… »

« Nous nous demandons où ce Gouvernement veut nous mener. Tous nos espoirs sont maintenant brisés avec cette augmentation de trop.

C’est vrai que le baril du pétrole est en hausse partout dans le monde, mais vu les conditions guinéennes, le gouvernement ne devrait pas aller jusqu’à 7 000 francs guinéens. A l’allure où vont les choses, je ne le souhaite pas mais une grève est inévitable et cela dans un bref délai. Les commerçants sont les seuls à jubiler au lendemain de cette augmentation parce qu’ils augmenteront les prix de leurs articles comme ils le veulent. Le changement est totalement passé à côté de la plaque du bonheur des Guinéens. Les mesures d’accompagnement ne concernent que les fonctionnaires de l’Etat et nous autres des secteurs privés. Et si les choses se passent ainsi, les autres se sentiront laissés pour compte et ils se vengeront des fonctionnaires en augmentant tous les prix, croyant que ces derniers ont tout eu avec le Gouvernement. Et d’ailleurs, ces mesures ne seront que circonstancielles et après, ce sera : chacun pour soi, Dieu pour tous ».

 

Mohamed Chérif, étudiant à l’université de Conakry : « Les mots me manquent pour qualifier cette situation… »

« Que Dieu aide la Guinée. Nous voyons dorénavant que nous avions eu  tort de nous sacrifier pour des gens qui ne font que nous promettre tous les bonheurs du monde. Personnellement, j’ai perdu des amis de classe et des parents dans la grève. Paix à leurs âmes. Par rapport à l’augmentation du prix du carburant, je dirai que c’est une source de tous les problèmes du monde pour les pauvres Guinéens et surtout nous les étudiants.

Avec nos maigres pécules, qu’allons-nous faire ? Même avec une majoration. Nous craignons beaucoup le cas de nos amis qui sont à l’intérieur du pays. Aujourd’hui, je peux parier que le gouvernement Kouyaté a échoué et de façon totale. Nous nous demandons à quel saint se vouer, tellement l’augmentation est abusive et très dure. Les mots me manquent pour qualifier cette situation qui risque de nous conduire dans le chaos total. La solution aux problèmes guinéens se trouve être le chef de l’Etat ».

 

Salématou Bangoura, vendeuse de glace au marché de Taouyah : « Nous sommes déçus par le Gouvernement Kouyaté… »

« Nous finirons par se bouffer ici. Je me demande même quel était le motif de la grève survenue l’année dernière. Aujourd’hui, les choses coûtent plus cher qu’avant la grève. Avec cette hausse de prix du carburant, les choses coûteront  plus cher encore. C’est le panier de la ménagère qui en souffrira, parce que tout ce que nous mangeons ici est soit cultivé à l’intérieur du pays ou importé d’ailleurs. Et là, c’est le carburant qui est consommé et par les véhicules et par les bateaux. En tout cas, nous ne serons plus prêts à mettre dans la rue nos enfants pour qu’ils soient sacrifiés pour des gens qui ne font que des promesses durant toute l’année. Nous sommes déçus par l’attitude de Lansana Kouyaté et de tout son gouvernement. En plus du manque de courant et de l’eau, une autre situation va se présenter pour tout gâter dans le pays ».

 

Lieutenant KC, gendarme à la retraite : « J’ai pitié de la Guinée… »

« J’ai pitié de la Guinée. Si avant, nous pleurions parce que les denrées alimentaires étaient très chères, aujourd’hui nous allons mourir de faim et de galère. Le Gouvernement parle des mesures d’accompagnement, c’est bon mais cela ne suffit pas. Ces mesures d’accompagnement vont être une petite augmentation sur les salaires des fonctionnaires. Et pour les autres qui ne sont pas à la Fonction publique ? La vraie solution à tous nos problèmes est de stabiliser les prix des denrées sur les différents marchés du pays.

Vous savez que nos commerçants sont très très méchants. Ils vont croire que cette situation est une aubaine pour eux. Je ne suis pas contre le gouvernement Kouyaté, mais je préfère les anciens ministres qui ne promettaient rien aux populations pour les faire rêver dans la misère. Et puis leur seul défaut a été le vol et le détournement des deniers publics plus la clanisation au sommet de l’Etat. Si Kouyaté ne peut répondre aux besoins du peuple, et bien qu’il démissionne. C’est vrai que le président Conté est ingérable, mais Kouyaté nous a tenu des promesses. Par peur, ils veulent promettre des bus aux étudiants pendant que nous attendons les 100 premiers promis depuis des mois. Qu’on ne nous prenne pas pour des gamins. Kouyaté peut s’en aller droit dans ses bottes comme il nous l’a si bien dit lors de son passage devant les députés ».

Propos recueillis par Aly Badara Condé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com        

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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