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Il était attendu. Il est enfin arrivé. Le suspense n’aura pas été long. Saïd Fofana est le successeur de Jean-Marie Doré, dans un tout nouveau contexte, pourrait-on dire : le début d’une nouvelle ère de démocratie. Reste que cet économiste de formation, qui a servi à la Chambre du commerce de Guinée après avoir été directeur de la coordination, du suivi et de l’évaluation des projets au ministère du Commerce, de l’industrie et de la promotion du secteur privé du précédant gouvernement ne fait pas encore rêver nombreux Guinéens.
Punch, charisme, aptitude à tenir tête à certains adversaires, etc. rien de tout cela ne semble allonger la liste des admirateurs du nouveau PM nommé par Alpha Condé. Des proches affirment que ce sortant du CEDOR (Roumanie) a le même feeling que certains de ses devanciers, donc modeste fonctionnaire ‘’ordinaire’’ : sous-estimé au départ, mais qui peut se révéler très efficace au fil des ans. Nombreux leaders politiques restent quand même très prudents quant à la capacité de Saïd Fofana d’incarner le changement toujours prôné par le Pr. Alpha Condé. Le nouveau PM, lui, a exprimé devant la presse le 25 décembre, son ambition de travailler à «consolider la paix» et d’«œuvrer pour l’unité nationale». Pour y arriver, «Je voudrais lancer un appel à tous les Guinéens pour qu’on se donne la main et que je puisse bénéficier de l’appui de tous les Guinéens, qu’ils soient à l’intérieur du pays ou à l’extérieur, afin que nous puissions accompagner le président de la République ». Saïd Fofana s’est dit en outre conscient de l’immensité de la tâche qui l’attend. «Je mesure parfaitement la délicatesse de cette mission. Mais je voudrais assurer le président de mon engagement à œuvrer auprès de lui : d’abord à consolider la paix dans notre pays et à œuvrer pour l’unité nationale qui lui est très chère. Je voudrais aussi et surtout, traduire en actes concrets les idéaux de changement que le chef de l'Etat souhaite pour la Guinée. Des idéaux qui ressortent de tous les discours qu’il a tenus, non seulement lors de sa campagne électorale mais aussi particulièrement dans son discours d’investiture. »
Qu’est-ce qui particulariserait (outre le contexte sociopolitique et les statuts des présidents, alors en fonction) alors ce Premier ministre, 58 ans, de Sidya Touré, Lamine Sidimé, Kabinet Komara, Cellou Dalein Diallo, etc., alors sous l’étreinte de la gouvernance de Lansana Conté, pour certains, et de Dadis Camara pour d’autres, notamment K. Komara ? Cette question est actuellement sur toutes les lèvres. Sera-t-il un faire-valoir, juste pour « récompenser» la Basse Côte qui semble avoir massivement voté Alpha Condé ? Comment pourra-t-il porter sa voix avec un président de la République nous dit-on peu porté sur la contradiction ou les avis contraires ? Les Guinéens gardent en attendant leur patience, le temps de voir la nouvelle configuration du gouvernement qui sera mis en place. Mais déjà, l’on se demande fort bien comment pourra-t-on faire du nouveau avec du vieux : des cadres qui ont servi au temps de Lansana Conté - donc qui ont mis le pays en coupes réglées, comme le dit le Pr. Alpha Condé - infestaient auparavant l’Arc-en-ciel. Certains comme Kiridi Bangoura, François Fall sont positionnés à la Présidence de la République. Indubitablement, les autres viendront meubler le reste, au nom de l’union nationale, de la victoire de l’alliance ou au nom de l’amour de la patrie (?).
Et c’est au nom de ces vertus que les autres leaders politiques alliés à Cellou Dalein Diallo devraient participer au gouvernement d’union. Seulement, soutient l’ex-PM, Alpha Condé « n'a fait aucune proposition concrète à mon alliance et, en tout cas, à moi-même. Je n'ai reçu aucune proposition. » Et d’ajouter avec les confrères d’aminata.com : « Mais, je ne suis pas, bien sûr, intéressé par participer à son gouvernement. On a des divergences fondamentales sur la gestion du pays, notamment à l'unité de la nation, au respect d'un certain nombre de valeurs qui fondent l'unité nationale. Puisque, comme vous le savez, il a fait usage de la haine et de la violence ethnique comme arme de campagne. J’ose espérer qu'il ne fera pas de cette haine et de cette violence ethnique des éléments de sa gestion politique. C'est seulement dans un contexte de paix et d'unité nationale qu'on peut promouvoir le développement. » Cette position tranchée qui masque mal les inimitiés entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo empêchera-t-elle Saïd Fofana d’avoir des coudées franches et du coup, faire rêver les Guinéens ? Trop tôt peut-être pour tirer une conclusion. De toutes les façons, on veut bien voir le tandem Alpha-Said nous faire oublier les congénitales divergences de vues faisant de fait du fauteuil de la Primature le plus éjectable.
STF
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