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Au regard de la situation qui prévaut actuellement dans le pays, l’on peut se permettre de dire que le Premier ministre guinéen se trouve incontestablement dans une situation inconfortable. Le limogeage de Justin Morel Junior, celui que beaucoup considèrent comme l’un des plus proches collaborateurs de Lansana Kouyaté en est une parfaite illustration. Pour bon nombre d’observateurs, le locataire de la Primature a désormais le choix entre la démission et la soumission. Par le passé, Lansana Kouyaté a eu l’insigne honneur de travailler au compte des Nations Unies, de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de la l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). En janvier et février 2007, on le sait, la Guinée a été sérieusement secouée par une crise sociopolitique sans précédent. Pendant près de deux mois, les Guinéens, dans leur majorité, sont descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol par rapport à la façon dont les affaires de leur pays étaient gérées. Après moult négociations et tractations, les différents protagonistes de la crise sont parvenus à un accord pour éviter à la Guinée, un périlleux saut dans l’inconnu. Le chef de l’Etat, le Général Lansana Conté, a finalement accepté de nommer un Premier ministre de consensus. Quatre personnalités ont été proposées au président de la République par l’Intercentrale CNTG-USTG élargie à l’ONSLG et à l’UDTG, et par la Société Civile. Il s’agit de Lansana Kouyaté, de Kabinet Komara, de Saïdou Diallo et de Mohamed Béavogui. Le 26 février, le président Lansana Conté a signé le décret tant attendu, portant nomination d’un Premier ministre, chef du gouvernement, conformément à l’accord tripartite du 27 janvier 2007. Son choix s’est porté sur Lansana Kouyaté, alors Représentant spécial de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) en Côte d’Ivoire. Une nomination qui a été bien accueillie par la population, contrairement à celle du 9 février qui avait littéralement mis le feu aux poudres. Le nouveau Premier ministre mettra néanmoins plus d’un mois avant de constituer son équipe gouvernementale. Le 28 mars 2007, le décret portant nomination des membres du gouvernement sera signé par le chef de l’Etat, le Général Lansana Conté. Le nombre de départements ministériels a été ramené à 19. Les trois Secrétariats généraux ont été maintenus. Aujourd’hui, force est de constater que la cohabitation au sommet de l’Etat commence à battre de l’aile. Le Président de la République et le Premier ministre semblent ne plus filer le parfait amour. Le premier a mis par exemple l’absence du second à profit pour signer le décret de restructuration des départements ministériels. Un décret dont le contenu et l’interprétation continuent encore à faire couler des flots d’encre et de salive dans les milieux politiques. Le 3 janvier, le ministre de la Communication et des NTI et porte-parole du gouvernement a été limogé sans autre forme de procès, par décret présidentiel. Justin Morel Junior, que les observateurs présentent comme un proche parmi les proches de Lansana Kouyaté, a été remplacé par Issa Condé, précédemment Directeur général de l’Agence Guinéenne de Presse (AGP). Et de là à dire que le Premier ministre Lansana Kouyaté est désormais entre le marteau et l’enclume, il y a un pas que l’on serait tenté de franchir avec empressement. Pour certains, la démission constitue la seule porte de sortie honorable pour ce dernier. Beaucoup pensent en effet que Justin Morel Junior a été probablement limogé à cause de la déclaration qu’il a lue la veille (mercredi 2 janvier) au nom du gouvernement. Pour d’autres par contre, Lansana Kouyaté ne devrait pas démissionner, il devra plutôt changer de stratégie dans sa collaboration avec le chef de l’Etat pour mettre la Guinée à l’abri de la cacophonie. Mamy Dioubaté Source : Journal L’Indépendant, Conakry
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