mardi 3 février 2009
Primature : ce fauteuil éjectable qui humilie…
Thierno Fodé Sow

La Primature, quoique anticonstitutionnelle, serait-elle imprenable par les nombreux « technocrates » qui la pavoisent tour à tour, selon le gré des humeurs des Présidents qui se succèdent, et des circonstances du moment ? Le fauteuil de cette instance est tout de même éjectable et jette en pâture tous aventureux. 

A bien observer les faits, l’on a comme l’impression que la Primature est hanté par les dieux de la phobie, de la prémonition et dans une large mesure, du déshonneur et du règlement de comptes n’épargnant aucun imprudent. En tout cas, ces dernières années, les locataires de cette structure, à part M. ‘’Considérant’’ et autres inféodés du régime défunt, n’ont pas résisté au « mythique coup de balai ».

Ces derniers jours, c’est bien Komara qui a failli payer le prix de son ‘’imprudence’’. En effet, plus effacé que jamais, il a dû oublier qu’il travaille avec des militaires, donc sans coudées franches, en nommant Justin Morel Junior comme porte-parole du gouvernement, lors du tout premier Conseil des ministres, le 27 janvier.

Or, pour le capi Dadis Camara, très formel, le gouvernement n’est autre que lui, et c’est à lui seul, qu’il revient de nommer toute personne devant parler en son nom. La tension était bien palpable entre les deux têtes de l’Exécutif. Le branlant tandem Komara-Dadis a donc failli céder avec le départ éventuel du PM.

Il aura fallu, nous dit-on, la médiation des personnes bien écoutées, pour désamorcer la crise. Et d’éviter du coup, à ce que cet autre locataire de la Primature succombe à l’humiliation, dont Morel en serait encore la cause. Un incident quasiment identique a coûté à ce cadre, son poste dans le gouvernement Kouyaté. Est-il un bouc émissaire ou tout simplement une victime des séquelles d’un récent passé, fait d’abus et de règlements de comptes ?

Ce qui parait évident, le capitaine Moussa Dadis Camara, pour désapprouver l’acte du PM, a rendu public, samedi soir, un décret, pour confirmer le ministre de l'information et de la culture Justin Morel Junior, comme porte-parole du gouvernement Komara. Comme quoi, Komara doit encore attendre, pour se faire entendre et faire la sensation auprès de l’opinion jusque là, sous l’expectative. Sa marge de manœuvre s’est déjà rétrécie depuis la publication le 14 janvier de la composition de son gouvernement. Un gouvernement qui sent, de la tête au pied, du ‘’Dadis’’ : la junte qui avait déjà placé certains de ses hommes à d’autres postes, n’a en effet pas cédé
grand-chose.

Dix militaires dans un gouvernement d’une vingtaine de membres, en disent long sur la suite à donner à Komara. Comme le fait observer un confrère, « outre les graves difficultés économiques qu’il a à résoudre –déficit budgétaire abyssal, boycott du pays par les partenaires étrangers, mauvaise gestion des deniers publics-, Komara doit s’accommoder d’une autorité militaire issue d’un monde totalement différent du sien ». Faut-il composer ou partir ? La question ne semble pas loin de l’esprit du PM. Même s’il n’en fait pas cas.

En attendant, la situation économique du pays est désastreuse : l’Etat est plombé par un déficit de près de 100 milliards GNF pour l’exercice budgétaire en cours. Sans compter le faible recouvrement de recettes dans ce pays où les secteurs sociaux ne cessent de prendre de sérieux coup de vieux.

Ce fauteuil de la Primature est donc bien mouvant et éjectable. Cette malformation congénitale qui a révélé, encore une fois, que ce poste  ne saurait être constitutionnalisé, sera peut-être soignée, dès que la page Conté sera complètement tournée, après le 40è jour de sa disparition.

Comme pour conjurer le sort de la Primature, qui a tant humilié des PM et sacrifié tant de carrières pourtant données prometteuses. Dur, dur d’être Premier ministre dans un pays comme le nôtre, qui ploie sous le pouvoir militaire et une endémique situation économique catastrophique. Mais la Guinée a fait de cette particularité sa marque de fabrique. Ce qui pourrait saper à terme toute volonté censée servir loyalement et patriotiquement ce pays qui a tant souffert des affres des opportunistes.

A l’allure des choses, il sied de se demander : Komara, partira, partira pas ? La question reste en suspens et alimente sérieusement les débats.


Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Issiaga DANSOKO, mercredi 4 février 2009
C`est bien vrai que le poste de Premier Ministre n`est pas prévu dans la Constitution guinéenne. Mais attention! S`il est inconstitutionnel, il n`est pas anticonstitutionnel, car "Inconstitutionnel" n`est pas forcément égal à "anticonstitutionnel". Demandez-le aux juristes. De toutes les façons, il n`y a pas de constitution en Guinée depuis le 23 décembre 2008.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011