jeudi 21 janvier 2010
Primature à trois têtes : Faut-il craindre une cacophonie ?

Le triumvirat de la Primature guinéenne Jean Marie Doré-Rabiatou Serah Diallo-Mamadouba Toto Camara risque-t-il de faire un cocktail explosif de personnalités aux horizons et vues divers ? La question taraude des esprits, qui redoutent qu’une mésentente au sein de cet attelage à trois ne fasse se gripper la machine de la transition. Une chose dont cette transition pourrait bien se passer pourtant.

Rentré le mardi 19 janvier dernier d’un séjour de près d’une semaine à Ouagadougou au Burkina Faso où a été signé un accord de sortie de crise en Guinée, le général Sékouba Konaté président par intérim devrait signer le décret devant nommer le président de l’UPG Jean Marie Doré au poste de Premier ministre. Sauf surprise de dernière minute, le chef du futur gouvernement de transition se verra adjoindre deux Vices Premiers ministres en l’occurrence la syndicaliste Hadja Rabiatou Serah Diallo et le général Mamadouba Toto Camara jusque-là 1er Vice-président de la junte militaire (CNDD) et ministre de la Sécurité. Au moment où nous mettions sous presse, les observateurs attendaient avec impatience le décret qui doit confirmer ces trois personnalités à ces différents postes. Conformément aux clauses des négociations tenues à Ouagadougou sous la férule du médiateur Blaise Compaoré, président du Burkina Faso.

Trois jours après la divulgation de cette information, le débat fait rage sur les motivations de cette structuration de la Primature. Certes, le contenu des attributions du Premier ministre et le visage du gouvernement préoccupent les Guinéens, mais il s’en trouve certains, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, qui se demandent à quoi sert ce triumvirat à la Primature guinéenne. Ils reconnaissent que le Forum des Forces Vives auquel l’accord de sortie de crise de Ouagadougou dédie le poste de Premier ministre n’ont pas facilité la tâche au général Sékouba Konaté, qui a reçu du chef de la junte le Capitaine Moussa Dadis Camara la charge de piloter la transition de six mois devant aboutir à l’organisation d’élections libres et transparentes en Guinée.

Il faut dire que le choix de Jean Marie Doré pour occuper le poste de Premier ministre est intervenu tardivement après moult tractations entre le mouvement social et la classe politique réunis au sein des Forces Vives. Les deux tendances ayant présenté dans un premier temps respectivement Rabiatou Serah Diallo et Jean Marie Doré. Les contempteurs de cette forme ne perdent pas non plus de vue le souci manifeste de privilégier une sorte de partage du pouvoir entre les quatre régions naturelles du pays.

Toutefois, certaines voix estiment que les protagonistes des négociations de Ouagadougou devaient procéder au choix, bien que difficile, d’une seule personne. Eviter ainsi cette Primature partagée qui risque de tourner en eau de boudin. En effet, il y a à craindre que cet attelage à trois ne fonctionne pas les prochains mois à cause des divergences de vue qui pourraient surgir entre des personnalités venant d’entités différentes. Jean Marie Doré, vieux briscard de la politique, Rabiatou Serah Diallo charismatique défenseur de la cause des travailleurs et le général de Division Mamadouba Toto Camara l’officier le plus gradé de l’armée. Si une telle équipe parvient à s’entendre comme larrons en foire, le résultat pourrait faire école. Néanmoins, toute anicroche suscitée par leurs façons de concevoir les choses pourrait faire se gripper la machine. Pourtant, il est plus qu’indispensable que les trois personnalités s’entendent pour sauver les meubles d’une transition dont le gouvernement sera sans doute la locomotive. Ce, d’autant plus qu’il est apparemment question, selon les accords de Ouagadougou, que les décisions touchant à la vie de la nation fassent l’objet d’une co-signature du président par intérim et du Premier ministre. Ce qui sous entend qu’il faudra que les trois de la Primature accordent d’abord leurs violons pour que la plume du Premier ministre se délie rapidement. Les trois s’entendront-ils chaque fois que nécessaire ? Espérons-le.

Car, l’autre inquiétude se situe au niveau des risques de candisation de la future équipe gouvernementale dont les membres pourraient être amenés à penser qu’il faut plutôt faire allégeance à tel Premier ministre qu’à tel autre. Lorsqu’on s’en tient au partage des fauteuils ministériels qui prévoit 30 sièges à pourvoir, il y a des risques. Pour l’heure, d’après les échos de Ouagadougou, il y aura 10 sièges pour les membres du CNDD (militaires), 10 sièges pour les membres des partis politiques et 10 sièges accordés aux quatre régions naturelles. Le mardi 19 janvier dernier, le Forum des Forces Vives a repoussé cette clé de répartition, estimant que les dix derniers sièges devraient revenir au mouvement syndical et au Patronat guinéen. Ils craignent en effet que ces postes ne soient affectés à des proches du CNDD. Toute chose qui pourrait être lourde de conséquences d’autant qu’une partie de l’opinion, sans douter de l’engagement de Konaté, ne croit pas encore dans la volonté réelle de certains membres de la junte à céder le pouvoir aux civils. Leur surnombre (militaires et civils) dans le gouvernement devrait donc être un motif d’inquiétude. Si fait qu’il y a à craindre que le général Konaté ne finisse par se laisser désorienter par les caciques de la junte qui auront pris d’assaut le gouvernement de transition.

L’un dans l’autre, il y a des raisons profondes de redouter que les membres du gouvernement ne fassent allégeance qu’à ceux dont ils sont le plus proches selon leur appartenance régionale, mais surtout selon qu’ils sont issus de la même corporation. Ainsi, les militaires guinéens qui ont souvent très peu d’égard pour les civils seront plutôt tentés d’obéir au général Toto Camara. Les ministres issus des partis politiques seront eux aussi tentés de n’être regardants que des volontés de Jean Marie Doré. Pour l’heure, tout ceci n’est de simples hypothèses traduisant les inquiétudes des uns et des autres de voir la Primature devenir l’ombre d’elle-même.

En fin, certains critiques qui ne font pas dans la dentelle estiment que cette Primature à trois têtes a été préférée à dessein par ceux qui souhaitent faire capoter la transition. Présents à Ouagadougou et ayant goûté aux délices du pouvoir, ils auraient ainsi fait croire que cette option avait un effet d’apaisement social. Vrai ou faux ? Quoi qu’il en soit l’avenir de la Primature dépend de la marge de manœuvre que le président par intérim lui conférera. Même si les tenants de la Primature, Jean Marie Doré en prime devra faire preuve à la fois d’autorité et de tact pour éviter le clash que les partisans du statu quo appellent de tous leurs vœux. Attendons de voir.


Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de
www.guineeactu.com

Des leaders politiques réagissent

Sauf changement de dernière minute, l’on s’achemine vers la mise en place d’une Primature où devront cohabiter trois personnalités. Aux côtés du Premier ministre Jean Marie Doré, il y a la syndicaliste Hadja Rabiatou Serah Diallo au poste 1er Vice-Premier ministre et le général Mamadouba Toto Camara au poste de 2e Vice-Premier ministre.

Bah Ousmane, UPR

« Jean Marie a été Persévérant et courageux »

« Je dirais que c’est la nomination de Jean Marie Doré est la consécration de beaucoup d’efforts fournis dans le cadre de la lutte politique. En particulier, la lutte politique que l’opposition guinéenne a livrée depuis l’avènement de la démocratie dans notre pays. L’homme a été persévérant et courageux parce qu’il a beaucoup subi. A travers lui, il y a aussi la lutte que nous avons menée ensemble dans l’opposition. Par rapport à la solution qui a été retenue finalement, nous pouvons dire que c’est une solution qui nous permet de sortir de notre système de blocage. Le but est de savoir maintenant ce que ce triumvirat pourra faire parce que une Primature à trois têtes suscite beaucoup d’interrogations. Nous souhaitons que cela puisse enfin conduire notre pays à des élections crédibles et au retour à l’ordre constitutionnel ».

Bah Oury, UFDG

« Le choix de Jean Marie est conforme à la décision des Forces vives »

« Le choix de Jean Marie Doré est conforme à la décision du Forum des Forces vives. Pour ce qui est de Hadja Rabiatou Serah comme 1er Vice PM, c’est une recommandation également des Forces vives pour qu’elle ait un haut poste de responsabilité au sein de la structure gouvernementale. On va tous travailler pour que l’équipe gouvernementale qui sera l’aspiration des Forces vives puisse réussir la transition. Et Jean Marie pourrait travailler avec cette équipe pour nous sortir de cette situation de crise. Maintenant pour ce qu’ils sont en train de faire à Ouaga, actuellement, (au moment de cet entretien le général Konaté était encore au Burkina Faso), personnellement au nom de l’UFDG, nous pensons que c’est une très mauvaise chose. Il faut que Sékouba revienne immédiatement en Guinée pour se concerter avec les Forces vives et le nouveau PM pour savoir quelle structure gouvernementale faudrait-il mettre en place. On n’est pas d’accord sur un partage du pouvoir, comme ils sont en train de le préconiser à Ouaga. Et tout ce qui sera signé sur cette base n’engage pas les Forces vives ».

Mamadou Diawara, président du PTS

« Ce sont des personnalités d’horizons divers »

« Si elle est retenue, la proposition de Jean Marie Doré pour occuper le poste de Premier ministre est une bonne chose. Cet homme a été le porte drapeau de la lutte démocratique au cours de ces derniers mois. Jean Marie s’est personnellement inverti et a souvent accueilli chez lui les réunions du Forum des Forces vives. Au-delà, il a été la voix de l’opposition et la voix de la contestation au cours des différentes gestions que notre pays a connues. Il faut reconnaître aussi que Jean Marie Doré a l’avantage de l’expérience et de l’âge. Nous nous devons surtout de reconnaître qu’en acceptant ce poste, Jean Marie Doré a consenti un sacrifice énorme en renonçant à se présenter aux futures élections présidentielles. Il accepte ainsi de gérer la crise guinéenne en mettant de côté ses ambitions personnelles. S’agissant de ma lecture de la configuration de la Primature, je dirai que cette équipe de la Primature ne vient pas pour exécuter un programme politique ou un programme de gouvernement sur la base duquel un président de la République a été élu. Jean Marie Doré vient pour gère une crise et renforcer cette paix qui reste encore fragile dans notre pays. Dans ces conditions, je trouve normal qu’il lui soit adjoint deux Vices Premiers ministres. D’autant que ce sont des personnalités d’horizons divers. Ils seront donc à la tête d’un gouvernement qui devra faire en sorte que les Guinéens se retrouvent tout en mettant en place les conditions d’une élection crédible, transparente et acceptée de tous. Pour terminer, je dirais donc que c’est la paix que nous sommes en train de gagner. Je reste à connaître maintenant le contenu qui sera donné au gouvernement».

Mamadou Mouctar Diallo, président NFD

« Je ne vois pas une primature à trois têtes »

Je pense que dans l’ensemble l’accord de Ouagadougou du 15 janvier 2010 est prometteur si les l’esprit et le contenu de ces accords sont respectés par toutes les parties prenantes de la crise. Il n’y a pas d’accord parfait, il appartient aux Forces Vives de savoir bien interpréter et exploiter l’accord de Ouaga pour avoir le maximum d’acquis en vue de contrôler et d’influencer efficacement le processus de transition pour une meilleure sortie de crise. Par rapport à la primature, je ne vois pas une primature à trois têtes comme certains le disent: il y a un premier ministre chef du gouvernement et deux vices premiers ministres qui n’ont pas le même rang que le premier. A mon avis ces deux vices premiers ministres doivent être chargés de missions et de compétences précises. Par contre, je trouve que 30 ministères c’est trop surtout pour une transition de 6 mois en principe. Je rentre à Conakry le vendredi prochain le 22 janvier 2010 à 11 heures avec le vol Air Mauritanie provenant de Dakar.

Soriba Sorel Camara, UDG

« Je crois que Jean Marie est un bon choix »

« Je dirais que tout choix d’un Guinéen qui concourt à la paix et à l’unité est à saluer. Aux premières heures, nous avons revendiqué un consensus national autour d’un choix. Nous avons demandé l’implication de tous les partis politiques pour faire ce choix. Les Forces vives ont travaillé et choisi Jean Marie Doré, l’ANR est en train de faire son choix.

Mais, moi à priori, si le choix est de l’autorité politique et que ce choix est un facteur de paix, d’accompagnement de la déclaration de Ouaga, mais aussi de mise en œuvre du message du président de la République, dans le cadre du soutien des idéaux de paix du général Sékouba Konaté, je crois que Jean Marie est un bon choix. C’est un homme politique aguerri, un bon Guinéen. S’il a été choix parmi tant d’autres, je pense qu’on peut lui faire confiance ».

Alpha Mamadou Diallo, président du PUL

« Il faudra mettre de côté la politique politicienne tout en privilégiant les intérêts de la nation »

«Je dois dire que c’est ma première fois de voir une telle structuration d’une Primature. Ceux qui ont élaboré ce schéma ont certainement tenu compte de la situation sociopolitique de la Guinée. Le défi qui se pose à cette équipe aujourd’hui consiste à parvenir à une cohésion permettant aux 3 personnalités de travailler ensemble. J’ose espérer qu’ils n’auront pas assez de difficultés à mettre en marche le gouvernement de transition. Ce futur gouvernement aura la lourde tâche de préparer et réussir des élections libres, transparentes et acceptées de tous. J’espère également qu’ils vont saisir l’opportunité pour relancer l’économie en mettant en place un plan d’action qui tienne compte des préoccupations des populations. Donc, il faudra mettre de côte la politique politicienne tout en privilégiant les intérêts de la nation. C’est en posant les actes forts qui on pourra rassurer les populations. En résumé, je prône la cohésion, le dialogue et l’esprit d’équipe pour aboutir à une transition apaisée et consensuelle »


Propos recueillis par

Talibé Barry & Samory Kéïta
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Aissatou diallo, mercredi 27 janvier 2010
La raison du 28 Septembre c`est que Daddis reste au pouvoir et, il est toujors le presidne rien n`a changerpour moi les paroles sont les memes. Je NE CROIS pas a Sekouba il ne sais rien c`est Daddis et Blaise qui vont decide tout.La seule facon qui peut sauver c`estles elections si elles aurons lieu dans "SIS MOIS` 6 MOIS .Jean Marie Dore devait etre nomme President DADDIS s`est leve un bon mation pour dire a la TELE c`est CNDD QUI EST POUVOIR DONC UN premier Ministre sous CNDD ne change rien. 1- Jean Marie Dore President pour 6 mois et il nomme son premier minstre pet le gouvernement pour 6 mois dans ses conditions il ya des changement si non c`est la meme pagaille. Vive la Guinee nous attendons les elections.
balamine toure, dimanche 24 janvier 2010
mr dorè doi savoir que la clef de la recite de la democratie guinnenne ce trouve dans sa main il faut pas qui il fai comme dadis a esayer de fair ce tadir mentir si tout foi il tante sa acroghe au pouvoire il finira comme dadis dans humiliation total mais on se laisse pas fair goundo lamine tourè france orleans
Keoulenba, vendredi 22 janvier 2010
Jean Marie DORE, flanqué d’un bon général, garde de corps, qui pourra prochainement faire face aux bandes incontrôlées de l’armée, lors des tirs nourris sur les civils. Et d’une grosse secrétaire, charismatique qui fera front aux enseignants qui ne tiendront pas compte de cette période délicate de transition, pour débrayer. Le contraire pourrait se produire ; que les deux gars et la go s’organisent pour faire durer la transition. Là, nous seront cuits. N’oubliez pas, les bons guinéens sont devenus une denrée rare.
Aboubacar sow, vendredi 22 janvier 2010
Jean Marie doit assumer ses responsabilités en mettan les deux vices a leur place de seconds.Il doit simposer a eux pour eviter de capoter la transition .IL n`ya pas de demi chef.Jean est le chef et c`est tout.D`ailleurs il faudra confier des departements a ces vices PM pour qu tu es la main libre.
oumar bah, vendredi 22 janvier 2010
Il est temps que les Guinéens comprennent qu`en Guinée ils y a des Guinéens.Il est temps qu`un peulh soit fier d`un malinké ou qu`un soussous où autres ethnies soient fier de dire que je suis fier de mon faire car il fait un travail excellent. Il est temps que nos leaders arrettent de diviser les guinéens par des propos racistes. Si nous échouons cette fois ci nous devons changer le nom du Pays en Haiti 2 Was salaam
DABIA, vendredi 22 janvier 2010
Tout ce mauvais theatre est un signe que la Guinée se cherchhe et que la médiocrité est primée sur le merite.C`est aussi la preuve d`une crise de leaderships qui a fait dire à un ami que les partis en guinée,sont des mouvements de soutientà des individus pour leur promotion sociale et leur vantardise.Nous sommes mal barré.Vous verrez.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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