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Le vote des Guinéens de l’étranger, la mise en place du CNT, la gestion des imprévus du calendrier électoral, la sécurisation des élections sont autant d’aspérités qu’il faut nécessairement surmonter pour respecter les six mois de transition, auxquels le président guinéen par intérim le général Sékouba Konaté tient tant. Que d’incertitudes sur la tenue des élections présidentielles à la date du 27 juin 2010, proposée par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
A en croire le calendrier électoral proposé par la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI), le 1er tour des élections présidentielles guinéennes devrait se tenir en juin 2010. Ce n’est là qu’une proposition que le président de la CENI, Ben Sékou Sylla, assujettit à l’évacuation de plusieurs étapes.
Dans la foulée, il a fait savoir lors d’une conférence de presse qu’il a animée la semaine dernière, que pour tenir les six mois prévus par les Accords de Ouagadougou du 15 janvier dernier, il fallait exclure le vote des Guinéens de l’étranger. Cette proposition qui a fait l’effet d’un séisme tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pourrait constituer l’une des premières hypothèques sur la tenue des élections en juin 2010.
Le calendrier électoral présenté à la presse lors de cette rencontre renferme des étapes dont la date d’exécution avait été dépassée. D’autres séquences de ce chronogramme électoral sont encore en souffrance au moment où l’on écrit ces lignes.
Au regard du tollé qu’une éventuelle exclusion des Guinéens de l’étranger a soulevé, le chef de l’Etat guinéen par intérim a été contraint de se prononcer sur la question lors de son récent séjour malien. Le général Sékouba Konaté a affirmé que tous les Guinéens se valent et qu’ils ont le droit de voter. Ajoutant que nos compatriotes vivant à l’étranger devaient pouvoir voter si cela est possible techniquement.
Le président de la CENI, qui a été pris dans la tourmente de sa proposition retentissante a cru bon de rectifier le tir. Il a affirmé mardi dernier sur un site Internet de la place, que le recensement de ces Guinéens dont il avait estimé le coût à plus de 4 milliards de francs guinéens serait organisé durant ce mois de mars naissant.
Cette annonce laisse entendre donc que la date du 27 juin qui résulte d’un calendrier électoral n’incluant pas le vote des Guinéens de l’étranger devrait être revue et corrigée. Pour faire clair, cette date devrait être repoussée. Même si, soit rappelé en passant, le 27 juin n’était qu’une proposition dont la confirmation ou le rejet revenait finalement au gouvernement guinéen.
Sait-on jamais à quel autre niveau de l’exécution du calendrier électoral l’on pourrait être confronté à des difficultés majeures de nature à pénaliser le processus d’organisation de ces élections ? Des étapes comme l’élaboration des listes provisoires et définitives, la confection et la distribution des cartes d’électeur, la mise à disposition du matériel… Ce sont-là des passages dont on ne sait pas s’ils seront sans heurts.
L’on s’achemine ainsi vers la première incertitude quant au respect des six mois de transition. Un délai que le président de la Transition défend pourtant urbi et orbi. Il s’est d’ailleurs illustré lors de la rencontre qu’il a eue à Bamako avec la Communauté guinéenne qui y vit. «Chaque Guinéen doit considérer qu’il reste quatre mois avant la tenue des élections », a-t-il martelé.
Selon une autre indiscrétion, le général Sékouba Konaté avait asséné les mêmes propos à la délégation des personnalités guinéennes venues lui proposer la nomination de la syndicaliste Hadja Rabiatou Serah Diallo au poste de Présidente du Conseil National de la Transition (CNT). En ce début du mois de février, le président par intérim avait rappelé à ses hôtes (dont l’actuel ministre d’Etat chargé de la Sécurité et de la Protection Civile le général Mamadou Toto Camara), qu’on était déjà dans la transition. Ce, alors que le Gouvernement d’union nationale de transition et le CNT n’étaient pas encore en place.
Justement, le retard mis dans l’installation du Conseil National de la Transition constitue un autre handicap qui jette le doute sur le respect des six mois de transition depuis la signature des Accords de Ouagadougou le 15 janvier dernier. Près d’un mois après la nomination de la présidente et des deux Vice-présidents, la composition du CNT n’est toujours pas connue. La répartition des sièges entre les différentes entités qui y sont prévues coince encore, chaque partie voulant se tailler la part du lion. Le partage de leurs 30 places entre les trois courants politiques du pays (Forces Vives, ANR et Bloc des Forces Patriotiques) en est une illustration. Et dire que c’est le CNT qui doit faire le toilettage de la Constitution, la relecture du Code électoral, et des autres textes de loi. Mieux, les plus pessimistes croient savoir que cet organe qui, selon l’ordonnance qui le crée, aura un rôle consultatif ne devrait être fonctionnel qu’au début avril.
Ce n’est pas tout. Le calendrier électoral devrait souffrir d’un autre manque important qui n’est autre que la sécurisation des élections. Décrites comme les plus décisives de l’histoire démocratique de la Guinée, les élections à venir recouvrent des enjeux sécuritaires à ne pas négliger. Des risques de débordement ne sont pas à écarter au regard de l’ambiance très compétitive qui marquera ces joutes. Une Commission chargée de réfléchir aux voies et moyens pour sécuriser ces élections travaillerait en ce moment à trouver la meilleure réponse à cette question cruciale.
Ainsi, la sécurisation des premier et second tours de ces élections pourrait être confrontée à l’insuffisance des effectifs de la Police nationale. Il y aurait en effet un déficit de plus de 5000 policiers pour assurer la sécurité des 13.000 bureaux de vote disséminés à travers le pays. Entendu que chaque bureau de vote doit accueillir au moins deux (2) policiers. La question donne tellement de soucis au gouvernement guinéen et ses partenaires au développement que, même en envisageant d’inclure la Gendarmerie nationale dans l’opération, le trou ne sera pas complètement fermé. Comment faire alors ? Faut-il former de nouveaux policiers pour les besoins de la cause ? Faut-il envisager l’envoi d’éléments des forces de sécurité de certains amis pour combler ce gap ?
En tout cas, il n’est nullement question pour le moment de faire appel aux effectifs de l’armée guinéenne pour renforcer la police. Tout le monde craint que la Grande muette ne commette encore des grabuges en faisant usage d’armes à feu pour contenir d’éventuels débordements dans des bureaux de vote.
Les problèmes ainsi passés en revue, et ceux qui pourraient surgir au cours du processus, doivent-ils donner à penser que les six mois de transition seront dépassés ? Pour certains observateurs, tout est une question de volonté politique des autorités de la transition. Aucun obstacle n’est insurmontable lorsqu’on veut engager la Guinée dans la voie d’un avenir politique porteur d’espoir et de bien-être. Autant y aller sans tergiversation. Le peuple veille au grain.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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