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La commission électorale nationale indépendante (CENI), née du fond des décombres du régime bananier du vieux général Conté au plus fort de sa photosynthèse fait face à son tour à une impasse historique : dilapidation présumée de fonds destinés aux élections, recensement d’électeurs à la va-vite, pour ne pas dire mascarade, le tout accentué par la congénitale déstructuration des Guinéens, notamment ceux de l’extérieur.
Cloîtrée dans la pure grisaille depuis l’annonce d’exclusion des Guinéens de la diaspora, la Ceni ou de ce qui reste du temple Conté, résiste pour autant. Comme pour se défendre et de mettre un peu d’eau dans son vin. Mieux, marcher au même rythme que le président intérimaire, lui, plutôt pressé de voir la présidentielle organisée sans faille et à la satisfaction de tous. Konaté apparaît aux yeux de nombreux Guinéens comme un adepte du droit, de l’équité et de la démocratie. Au lieu donc de ramer à contre courant, le patron de ladite Ceni tente de rassurer. Lui qui avait dit à un moment que tout est prêt pour organiser des élections en six mois : « Nous sommes en train de réunir les voies et moyens qui permettent à nos compatriotes de l'étranger de prendre part au vote pour la présidentielle »
Ce que les Guinéens et la communauté internationale redoutent, c’est bien le syndrome ivoirien : les prolongations sans fin, souvent synonyme de frustration ou de bombe à retardement. Pourtant, selon des rumeurs persistantes, la présidentielle de ce 27 juin pourrait être reportée. Or, avec la grande chance offerte à la Guinée de sortir enfin de sa pagaille démocratique, un seul mot d’ordre devait habiter chacun : celui qui peut, agit. Celui qui ne peut pas, enseigne. Pour sa part, Konaté a pu et il agit. Mais la Ceni n’a pas pu encore, elle ne nous enseigne non plus les bonnes manières démocratiques. Pour une raison ou pour une autre.
De toute évidence, un savant dosage de travail de qualité pourrait éviter à la Guinée de jouer les prolongations ou les précipitations aux grandes déconvenues. Ce faisant, toutes les tares congénitales du défunt régime de Conté – élections truquées, suffrages volés, opposants embastillés – qui continuent encore hélas d’imprégner notre Ceni et de polluer la transition en cours doivent être combattues. De leur côté, les leaders politiques ont compris qu’aucun d’entre eux ne suscite d’adhésion transversale susceptible de transcender les clivages ethniques. C’est pourquoi, chacun tente de s’éloigner des relents du quart de siècle de règne précédent. On invite aux militants de défendre une idée, une politique, une feuille de route.
Manifestement, l’électorat gagné par la maturité commence à comprendre le message. Il n’est donc plus question, en ces heures de décrispation politique de donner sa vie en rançon pour un leader politique. Un regrettable comportement qui a longtemps gangrené notre société, avec en toile de fond, l’ethnie. Pour dire tout net, l’heure est venue de bannir tous jeux de prolongations sans fin. Une simple surenchère explosive rappelant de fait une situation antérieure où aucun politicien n’avait réussi à ébranler Lansana Conté, alors seul détenteur de la boussole du pays. Le tout causé par le fameux référendum prolongeant le mandat présidentiel. La suite chacun la connaît : frustration et rancœur entretenues par les caciques du pouvoir d’alors. En aucun cas donc le vocable « prolongation » n’enthousiasme les démocrates.
Pour rappel, à l’avènement du CNDD, le délai de transition a fait grand bruit. Jusqu’à ce que Dadis Camara a menacé de troquer le treillis. Et le cas du Niger et son Tandja Mamadou ? Le cas ivoirien et les dernières émeutes ? C’est peut être conscient de tout cela que Ben Sékou Sylla a fait machine arrière : « Chez nous à la Ceni, il n’est pas question du vote ou non ; il est question du vote des Guinéens de l’étranger », avait déclaré le week-end dernier le patron de la Ceni avant d’interroger « les spéculateurs »: « Qui a intérêt à ce que les Guinéens de l’étranger ne votent pas ? ». Qui doit répondre à cette question, Ben Sékou Sylla ? Puisque la réponse se trouverait entre les quatre murs de la Ceni. Point de polémique tout de même. Aux Guinéens de l’étranger de revoir leur copie. Ainsi que la Ceni dont on doute déjà de l’efficacité et l’impartialité. Ça nous éviterait beaucoup de préjudices dont... le syndrome ivoirien !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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