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On aura eu chaud. C’est un air brûlant comme les laves du volcan du stade des horreurs qui souffle depuis une petite semaine sur la Guinée, menaçant de ravager son « hinterland », son arrière-pays qui va de Koundara à Ouagadougou, traverse les Adrars et tout l’Atlas jusqu’à Rabat, avant de franchir Poitiers et Paris pour brûler la Maison blanche.
Sékouba Konaté renonce à la démission.
Les journalistes vous raconteront en détail les péripéties de ce qui eût été non pas seulement une démission, mais une forfaiture. En effet Rabat fut bel et bien la capitale de la Guinée et le restera jusqu’à la fin de la transition. Les pleureuses conduites par Hadja Rabiatou, j’ai nommé les institutions républicaines, les Religieux, les Coordinations régionales, etc., ont bien eu leur partition dans ce speech (ou pitch ?), scénario, script, méli-mélo comme on voudra.
De fait, c’est le « droit » international qui a prévalu. Le président de la transition tchogo tchogo, devait respecter le pacte scellé à Rabat avec Astérix et l’Oncle Sam. En revanche, qu’en est-il de ce que Sidya et Sékouba se seraient dit dans une alcôve d’un de nos palais couleur tropicale, quelques heures avant (je dis bien avant, les initiés me comprendront) que Ben Sékou Sylla ne verse la figure du premier, sur instruction du second, dixit le malheureux troisième larron qui s’était laissé persuader qu’il était le second ?
« Le Parti » avait déclaré la guerre à votre serviteur, parce que j’avais dit un ou deux mots déplacés à l’adresse de la CENI et de Ben Sékou Sylla (1), aujourd’hui voué aux gémonies par ce même « Parti ». C’est que le Parti avait pris ces mots déplacés à son compte.
C’est sans joie et avec compassion que je regarde passer l’ambulance où se trouvent Ben Sékou Sylla et même Sidya Touré. Pour le premier, il ne s’agit pas d’une figure de style. Pour le second, nous verrons si la Cour suprême pourra déroger à l’incroyable formule, « à l’impossible nul n’est tenu », tour de passe-passe du premier président de la Cour suprême, à l’occasion d’une autre massive annulation de suffrages. Le Père de la Nation d’alors était menacé de perdre son couvre-chef à Siguiri.
Il ne faut pas remonter au déluge pour s’expliquer l’impossible auquel se heurte la raison raisonnante et démocratique devant cet élan massif et pacifique d’un peuple autant déterminé que quand il s’était dressé, toutes « ethnies » confondues, pour exiger violemment le changement. Le peuple de Guinée s’est levé comme un seul homme et a massivement exprimé sa volonté.
Hélas, dans un océan de boue.
Une CENI adoubée par des acteurs politiques auxquels les accords de Ouagadougou ont donné l’opportunité de former un gouvernement issu d’eux-mêmes, a donc donné son verdict. Après-coup, la quasi-totalité de ces acteurs devenus candidats trouvent des poux à leur rejeton plus ou moins trisomique et veulent en faire un bouc-émissaire. Ils ont tous vu venir ce match nul, ce match de nuls, de bouffons, non pas passivement, mais de façon concertée, puisqu’aucun d’eux n’a réellement voulu remettre à plat cette CENI qui était une CENA, configurée depuis le « dialogue » de 33 Partis avec un certain Moussa Solano, suivi par un certain Kiridi Bangougra, qui ont théorisé et expérimenté avec succès l’excellence en matière de fraude. La CENI de Ben Sékou est l’héritière d’une culture, celle que j’ai stigmatisée comme étant à la racine de la mal gouvernance qui a nom « L’Ecole guinéenne » (2). La seule question qui se pose aujourd’hui en cette phase pré-insurrectionnelle est de savoir en faveur de qui cette CENI aura massivement « échoué », après avoir laissé s’organiser des fraudes massives.
En effet comme vient de le regretter avec des larmes de crocodile le Premier ministre, ce ne serait pas le MATAP et le gouvernement qui auraient été à l’origine de cette mascarade. Mais une CENI-CENA devenue vraiment une CENI depuis les accords de Ouagadougou, suivis de l’accord global inter-guinéen.
Il faut absolument réfuter cette proposition qui n’est vraie qu’en apparence. En effet, le MATAP ne se réduit pas au sommet de l’Administration du territoire. Le MATAP en matière électorale, c’est l'État délocalisé jusqu’aux CRD en ses deux composantes déconcentrée et décentralisée, dont les chefs sont les préfets et les maires, au-dessous desquels il y a des sous-préfets, des chefs de districts, des présidents de CRD, des chefs de quartiers, etc. Et donc qui est responsable du fait que des urnes se soient retrouvées chez des chefs de quartiers ? Je note en passant ce jeu dangereux qui consiste à exhiber tel bouvier devenu maquignon expert en urnes et bulletins, détenteur de cartes d’électeurs fabriquées dans une usine tropicalisée, également tenue par un sauteur de haies. Boubacar Sylla et ses journalistes commençaient à nous redonner goût à regarder le pluralisme et la pensée libre circuler, comme cette prestation de Maître Abass qui eût été inimaginable à la télégbantama. Chassez le naturel il revient au galop. Avec le matraquage actuel qui livre au lynchage pré judiciaire des présumés coupables, avec un quasi-délit de faciès, on nous ramène la télé « tondotourou », ou télé « togofobaly » !
A moins qu’on nous montre d’autres faciès.
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Les « corps habillés » qui ont mis le grappin sur les sbires ethniquement identifiables, doivent avec la même diligence, le même zèle, trouver leurs compères qui ont massivement bricolé et commis des vols à la tire ailleurs, où l’on a massivement fraudé, avec le même brio ethniquement identifiable selon le baragouin du coin qui pourrait ne pas être le fulfuldè !
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Notre paysage ethno ne manque pas d’accidents biologiques de tous les prognathismes. Plus sérieusement, les fraudes massives n’ont pas seulement ces visages ni seulement la corpulence comme le suggère cette pensée unique rampante, lisible en creux dans le discours distillé par ces images. Cela va du flekefleke au type « awlaba », avec polygone de sustentation au-dessus ou au-dessous de la ceinture. Bon, pour dire les choses fissa : la fraude fut massive, ethnique. Donc il faut au plus vite que cette télé retourne à sa nouvelle politique de libre expression critique et inclusive.
« On » a fraudé pour le compte de toutes les ethnies. Et basta avec la langue de bois !
Ce n’était qu’une incidente.
Donc ces élections ethno n’étaient ni transparentes, encore moins démocratiques.
Elles ne sauraient donc être ni justes, ni démocratiques.
Comment peut-on brandir le même fanion « de la transparence, de la crédibilité », censé nous conduire vers l'État de droit, quand ce torchon n’est qu’un mouchoir rouge, souillé depuis la première élection « libre, transparente » de la seconde République PUP ? Qu’attendait-on donc d’une administration frauduleuse, corrompue jusqu’à la corde, aux structures vermoulues, une administration maintenant livrée à elle-même depuis la disparition de son Chef, depuis que la balle de Toumba, et les diktats de Rabat et de Ougadougou l’ont livrée aux candidats à la succession ?
C’est cela le paradoxe de cette bouffonnerie. La balle est partie, on ne pourra plus la rattraper. Il faut maintenant boire la coupe jusqu’à la lie, à la santé d’un leadership frappé de la maladie du sommeil, le moindre mal des « tropicalités » (Sony Labou Tansi) qui l’accablent.
« On » vous remet les instruments de la transparence ou de la fraude, chacun laisse faire en pensant dans les coulisses et en solo, être plus malin ou plus riche que les 21 autres. Pan ! Les résultats sortent du chapeau et vous voilà lançant des cris de vierges effarouchées !
Je cite en vrac l’accumulation des démissions qui ont conduit le train poussif de la transition vers cette gigantesque urne sans fond de bulletins nuls.
Le Forum national de Dadis, après le refus d’une conférence nationale ? Vous dites,
Non c’est une combine pour perdurer. Il faut d’abord aller aux élections
Il faut respecter le fameux chronogramme, devenu culte, à l’égal de notre « Komo (Manding) », attention, il ne faut pas que j’en oublie un, le Niamou (Forêt), Kakilambè (Guinée maritime), Yéla (Toucouleurs), Khaidara ( des Peuls), ça suffit, trop de tribus...
En lieu et place du forum national, on se fourvoie dans un Forum des Forces vives qui pond un comité ad-hoc dont la durée de vie est réduite à 10 jours ! Comité de 22 membres composé 50/50 des Forces vives et de ceux d’en face. Comité qui se fait piéger, d’aucuns disent, se fait acheter et vire sa cuti : les élections ne pourront pas avoir lieu avant 2010, alors que 2009 était non négociable, selon le chronogramme fétiche. Et Dadis de se frotter les mains. Sautons quelques promenades coûteuses à Ouagadougou.
Voici venu le CNT qui de seulement consultatif, deviendra délibérant grâce à la pugnacité de la présidente de cette institution, qui en théorie donc, est habilitée à contrôler l’Exécutif et même la CENI ; le CNT eût pu auditer ça et là les différents actes financiers qui ont conduit au gouffre de 45 milliards aujourd’hui « dénoncé » par le PM, comme pour suggérer à la Cour suprême je ne sais quel autre historique considérant !
En vérité, cette farce n’est qu’une étape de la longue crise de leadership qui dispute à la mal gouvernance les racines de l’Impasse guinéenne depuis près de deux décennies.
Depuis 2005, j’ai dit jusqu’à la nausée, qu’il fallait avant toute chose démanteler un appareil d'État que 200 prédateurs ont privatisé sans contrepartie, au contraire, certains sont à regretter avec nostalgie le temps du ravitaillement, en oubliant les enterrés vivants de Dixin et d’autres horreurs. D’oubli en amnésie, voici passés à pertes et profits les suppliciés du « coup » Diarra, voire les violées du second et horrible 28 Septembre. Ne parlons pas des jeunes martyrs de juin 2006 et de Janvier et Février 2007. Passons, on verra ça après le 27 Juin. Donc, ils ont dit, il faut y aller avec ce qu’on a, cette CENI, il faut faire avec, d’ailleurs y insister c’est déclarer la guerre au Parti.
Le Peuple des ethnies aurait fait un vœu dans ce vote ethno : lui seul debout ou allongé dans son entrée-coucher, « promulguera » le verdict de la cour suprême le 19 Juillet.
Si au vu de l’ampleur et de l’échelle des fraudes, la Cour suprême annule des suffrages et que cela entraîne la modification de l’ordre d’arrivée, seul le peuple debout pourra faire avaler (promulguer) ce demi-tour qui fera des derniers les premiers, et vice-versa, sinon elle aura lancé l’étincelle qui mettra le feu à la plaine (Mao Tsé-toung, avant qu’il ne devienne Mao Ze-dong). Si au contraire elle décide que les choses doivent rester en l’état, c’est encore le peuple debout qui décidera les conséquences qu’il faudra en tirer. C’est-à-dire amplifier le mouvement de contestation des femmes « rouges » ou la marche des femmes « blanches » qui s’étaient succédées, contre ou aux côtés du Président de la Transition, comme les « jeunes 2009 » face aux « jeunes 2010 » de l’ère Dadis. Certes, la volonté populaire ne devra pas se limiter aux bravades héroïques des femmes de Kaloum, car la Guinée va des Iles Loos à Bolibana, de Lakhara à Hamdalaye !
Wa Salam !
Saïdou Nour Bokoum
Notes :
(1) Voir mes articles : « Il faut débarquer Ben Sékou Sylla » et « Il faut donner le coup de grâce à la CENI »
(2) Sur cette notion, je me suis largement expliqué ; je précise pour ceux qui ne me lisent pas, qu’elle ne se ramène pas aux dégâts syntaxiques du koko lala, ni d’une façon générale à la coûteuse mal formation des institutions scolaires guinéennes..
www.guineeactu.com
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