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Guinéens ! A voir d'où nous venons - et nous venons de loin -, de presque une situation de chaos, remémorez-vous les journées de fin du mois de septembre 2009 et d'autres journées bien avant, j'avoue que, même à distance, j'éprouve pour la Guinée une certaine satisfaction à l'heure actuelle. Une satisfaction prématurée ? Non, et c'est celle de constater que depuis le début de la campagne officielle, nous n'avons pas d'échos de troubles majeurs, ici ou là, bien que des docteurs ès-rumeurs aient prédit l'apocalypse dès avant le début de la campagne. Plus encore, bien qu'un grand nombre de candidats se coudoient sur le terrain, rien de très grave ne s'est produit, jusqu'ici. Pour un pays où il n'est presque pas déraisonnable de remarquer, depuis 52 ans, une permanence historique de la lutte entre les forces du Bien et les puissances du Mal, cela peut annoncer une nouvelle ère. Permanence, jusqu'ici, de l'affrontement du Bien et du Mal ? Qu'on en juge.
Dès le départ de la République, une série d'assassinats fréquents d'une partie de l'élite de la Nation, celui du leader du PAIGC (Guinée-Bissaü) réfugié à Conakry, l'élimination anodine de citoyens ordinaires, la fuite massive de beaucoup d'autres pour l'étranger, le délitement lent et progressif des us et coutumes qui faisaient la force matérielle et morale de nos sociétés traditionnelles, la fin brutale ou peu glorieuse des trois premiers responsables du pays. A ce constat, on est en droit de se demander, est-ce la fin de l'infernal cycle cinquantenaire qu'annonce cette élection ? Mais il y a eu un tel élan de matérialisme vulgaire dans la course aux candidatures à cette Présidence de la République que quelques Guinéens en avaient dénoncé le grand nombre, non pas pour remettre en question un quelconque principe démocratique, mais pour protéger l'efficacité du métier des politiques. Mais puisqu'ils sont légalement au nombre de 24, il faut faire avec et que le meilleur gagne ! Les critiques sur le très grand nombre de postulants ne portaient pas seulement sur des perspectives de troubles mais aussi sur l'atomisation du champ politique, source potentielle d'un affaiblissement annoncé de l'Etat guinéen. Et surtout pour cause de logistique à mettre en place pour la gestion de ce grand nombre de candidats dans un pays qui attend presque tout dans ce domaine (et d'autres) de l'extérieur. Il est bien vrai que les Guinéens si fiers de leur indépendance semblent avoir complètement oublié ce que Mahmoud Ben Saïd intitule: « Ajuster le train de vie de l'Etat à ses propres ressources pour conserver sa dignité » dans son dernier livre « Guinéens, adoptons la bonne gouvernance! », page 67 (Ed. L'Harmattan, 2010). Autant on est pointilleux sur la dignité de la nation guinéenne, autant on a toujours tendu - à tous les niveaux -, comme de vulgaires mendiants, la main pour demander secours à d'autres nations. Ceux qui ont comparé, pour s'en satisfaire, le nombre de candidats à ceux du Liberia ou du Mali en leur temps, ont toujours pensé que ce que d'autres ont fait ailleurs, peut, ipso facto, se faire en Guinée. Ce me semble une erreur.
La satisfaction que je mentionne plus haut, nous la devons à la réorientation (mi-janvier 2010) de la période transitoire, inaugurée après le coup d'Etat de décembre 2008, par le Quartet (Présidence intérimaire de la République, Primature, Conseil National de la Transition, Commission Nationale Electorale Indépendante). D'aucuns continuent d'ergoter sur le fait qu'il ne s'agit pas d'institutions issues des urnes populaires. Mais le Conseil National pour le Démocratie et le Développement (CNDD) était-il issu des urnes populaires ? La différence fondamentale, est-il besoin de le dire, est que les membres du Quartet de la Transition réorientée travaillent conjointement (tant bien que mal, c'est selon les appréciations) pour la restauration de l'Etat de droit. Avec l'appui des Forces vives, les choses avancent, en tout cas, dans ce sens.
On est donc à présent sur la ligne droite pour le 27 juin 2010, date du premier tour de la présidentielle. On doit, jusqu'à présent, aussi rendre hommage aux candidats dans leur ensemble pour les comportements de citoyens responsables qu'ils recommandent à leurs militants. Cela démontre la faiblesse d'analyse que certains faisaient sur l'inefficacité des leaders politiques de l'opposition face à Lansana Conté et à Moussa Dadis Camara. C'était l'époque où la simple libre circulation d'un opposant face à ces roitelets n'était pas facile. Et dire qu'on trouve encore, dans la campagne électorale ouverte mais apaisée par les candidats eux-mêmes et les principaux responsables de la Transition, des scribouillards besogneux, attaquer systématiquement des candidats non pas sur leur programme mais sur ce qu'ils veulent leur prêter comme programme. C'est véritablement une situation d'instruction de procès en sorcellerie à laquelle se livrent sur le Net ces écrivaillons contre notamment le candidat Alpha Condé du RPG. Sans aucune argumentation qui tienne, celui-ci et ce qu'ils lui prêtent comme programme « caché » constitueraient des menaces pour la Guinée de demain. Comment l'ethnocentrisme de certains de nos compatriotes peut-il les pousser à ce point à accuser un homme auquel, personne en Guinée, ne peut pointer du doigt pour mauvaise gouvernance, prévarication des deniers publics, participation à la gabegie générale qui a mis la Guinée à terre ? Comment peut-on juger un candidat sur des actes qu'il n'a pas commis, alors que d'autres sur lesquels il y aurait des choses à dire ne sont pas attaqués ? Telle est devenue pourtant l'occupation de ces écrivaillons sur le Net. Tout le monde ne lit certes pas le Net en Guinée, mais les mensonges et le travail de division qu'opèrent ces individus sur ce formidable instrument d'information doivent être dénoncés avec force par d'autres.
Même en connaissant le parcours des principaux candidats à la Présidence de la République, moi j'avais expliqué dans un article sur les sites Internet (19-20 mai 2010), intitulé « Voici venu le temps des campagnes électorales », qu'il fallait éviter de faire d'un thème central de campagne la question de la corruption et du pillage des biens publics. J'avais ressenti l'inconfort pour moi-même d'une telle proposition, mais je m'étais expliqué là-dessus en évoquant le problème d'unité nationale et en renvoyant à la longue durée ayant permis ces pratiques dans la gestion de l'Etat guinéen. Mais j'ajoutais que cette position ne signifiait nullement l'abandon de poursuites judiciaires des délinquants économiques, pour le recouvrement des biens volés à l'Etat, après l'installation des institutions républicaines. Un procédé restait donc à trouver pour le règlement de ces problèmes.
Des Guinéens qui savent cette situation et qui la passent tout simplement sous silence, par ethnocentrisme, sont ceux qui manquent de foi en l'avenir du pays. Ceux-là doivent être heureux qu'on signale le 13 juin des affrontements à Nzérékoré entre militants du RPG et du PEDN. Tout ce qui peut assombrir l'atmosphère de cette campagne est pain bénit pour ces oiseaux de malheur qui se délectent de l'intoxication : « Election en Guinée : la CENI impliquée », « Les euros d’Alpha Condé »… Tels sont quelques titres de leurs productions intellectuelles. Ce dernier titre sur l'euro révèle la misère intellectuelle de l'auteur, parce que le candidat du RPG aurait, dit-il, dans l’émission de la RTG « Face au Public », déclaré : « … en 1998, j'avais des francs, des dollars, des euros » et cela a suffi à l'auteur de cet article pour souligner naïvement que l'euro n'a été mis en circulation qu'au 1/1/2002, ce que tout le monde sait. Mais relever ce qui pourrait paraître à beaucoup comme un lapsus dans une discussion de ce type, décrit parfaitement la qualité très médiocre et l'absence totale d'argument de ce genre de journalisme pour lequel le dénigrement systématique fait partie de son job. Du reste, pour montrer l'absence de base de cette référence à l'euro, il suffit de rappeler que l'ecu, qui a précédé l'euro comme unité monétaire de 1979 à 1999, a été « expérimenté », si l'on peut dire ainsi, par les Pays-Bas avant 2002. Le gouvernement néerlandais avait alors émis en 1989 une série de pièces de valeur déterminée d'ecu (1 ecu = 1euro) qui pouvaient être dépensées dans les magasins de La Haye. Alors quelqu'un qui dirait pour cette époque qu'il avait des valeurs libellées en ecus peut parfaitement être cru. J'extrapole sur cet exemple pour signaler des bonimenteurs qui racontent n'importe quoi. Si j'ai insisté sur ce cas d'Alpha Condé qui est aussi propre que des candidats comme par exemple Abé Sylla, Mamadou Baadiko Bah et quelques autres, c'est pour dénoncer l'acharnement que des professionnels de la haine exercent sur lui. Mais ce type de dénonciation, je l'aurais fait pour n'importe lequel des 24 candidats déclarés aptes par la Cour Suprême à se présenter le 27 juin s'il avait été autant harcelé et même si j'avais trouvé que ce nombre de 24 était élevé. Le harcèlement injuste d'un candidat qui n'a commis aucun acte de malveillance gouvernementale ou privée, mais uniquement fondé sur des motivations inavouées et sur des montages mensongers, doit nous indigner. Je souhaite que nous soyons nombreux, au-delà des militants, à dénoncer les imposteurs qui se vautrent dans ce genre de boue.
Ceci étant, je souhaite que la suite de la campagne se déroule dans l'apaisement et la traditionnelle civilité qui présidaient aux règlements de nos affaires villageoises et régionales des temps jadis.
Ansoumane Doré (Dijon, France)
www.guineeactu.com
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