Godot c’est ce personnage porteur d’espoir de changement qu’attendent deux vagabonds Vladimir et Estragon dans la pièce du dramaturge irlandais Samuel Beckett. Cet homme(Godot) – qui ne viendra jamais – leur a promis qu'il viendrait au rendez-vous ; sans qu'on sache avec exactitude ce qu'il est censé leur apporter. Mais à force de faire le pied de grue, les deux compères se doutent : Est-ce le bon jour ou le bon endroit ? Peut-être est-il (Godot) déjà passé ? Que faire en attendant ?
La présidentielle guinéenne y ressemble, sauf que dans le cas de la Guinée c’est un électorat majoritairement peuhl violenté, torturé, martyrisé qui n’attend qu’à exprimer librement et démocratiquement son choix politique comme cela se fait partout dans le monde.
Qu’on soit clair : Etant peuhl, je ne pas suis en train de verser là dans l’ignoble communautarisme que certains esprits mal intentionnés ne s’empêcheront pas de me reprocher. Je n’ai pas voté Cellou ni d’ailleurs pour aucun autre candidat peuhl, parce que tout simplement je n’ai pas d’obédience politique en Guinée. Je ne fais que commenter des actes d’atrocités avérés dont les auteurs sont connus, infligés à des compatriotes guinéens, des êtres humains qui se trouvent être de la même ethnie que moi. Quiconque eût été à la place des peuhls j’aurais déployé la même énergie de commentateur de l’actualité politique guinéenne qu’ici pour dénoncer l’exaction. N’aurait-on pas droit de parler de soi après tout !
C’est une certitude imparable le cynisme et le ridicule ont atteint le comble en Guinée avec cet énième délai au 07 novembre de l’élection présidentielle et la montée brusque de la violence du pouvoir contre les peuhls. La faute bien évidemment à l’incompétence, l’avidité boulimique du pouvoir, la haine du peuhl, l’irresponsabilité des autorités de la transition et de certains responsables politiques se servant de l’ethnie comme d’une arme qui ont mené leur pays (qu’ils veulent gouverner ) à cette situation catastrophique dont le pire est à craindre. Elections ou pas élections, nos responsables ne nous auront évité ni la honte ni le massacre. Notre souveraineté et notre fierté ont pris un sacré coup car il aura fallu qu’un dictateur nous donne des leçons de démocratie, et Malien, pour nous aider à faire élire notre président après 52 ans d’indépendance.
Prétexter par mauvaise foi du manque de temps, de moyens suffisants pour essayer de sauver la face en refusant d’organiser ce scrutin libératoire parce qu’on est boulimique du pouvoir ou qu’on est foutu après ou qu’on veut favoriser le candidat de son ethnie pourrait paraitre compréhensible à la limite mais de là à violenter, tuer ses propres concitoyens parce qu’ils ne sont pas de votre ethnie est i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e . Vous donnez raison Messieurs aux préjugés racistes du noir sauvage et à leurs auteurs.
Je ne comprends toujours pas de quel droit un être humain peut s’arroger de torturer, de tuer un autre être humain quoi qu’ait pu faire ce dernier. Ont-ils une âme cette horde de bidasses assassins ? Peut-on continuer d’être homme avec tant de sang sur les mains ? Ne pleure plus Docteur Mamadou Aliou Barry, l’humanité entière est choquée. Leur crime ne restera pas impuni. Toi Dr Aliou, tu as préféré servir dignement ton pays au luxe de ta condition enviable en Occident. Eux de le spolier sans vergogne. Et aujourd’hui tu réalises l’avoir fait au risque de ta vie. Icône de la lutte pour les droits de l’homme en Guinée, tu es désormais entré dans le panthéon de l’histoire. Cesse tes larmes Aliou Barry, le Maitre en toute chose rendra infailliblement justice. Immanquablement ils seront tous ramenés du premier au dernier et alors le bien sera rétribué et le mal aussi - tout tortionnaire sera torturé, tout corrupteur perdu, tout violent rétribué de sa violence, la barbarie rendue au barbare, le criminel rétribué de ses crimes, la méchanceté retournée à son malheureux auteur.
Le mal de la Guinée et de plusieurs pays africains c’est d’avoir laissé s’instaurer impunément depuis les indépendances, et au vu et au su du monde entier, la violence gratuite du pouvoir comme si ce dernier avait un droit de vie et de mort sur les gouvernés. Et les différentes dictatures militaires ethniques qui se sont succédées en Guinée depuis Sékou Touré jusqu’à aujourd’hui ont hérité de cette violence institutionnelle allégrement perpétrée, comme s’il était normal, par une clique de bidasses dont les délinquants, les ratés sociaux, les repris de justice et les naufragés de l’école guinéenne constituent le gros du contingent et qui, en outre, plus d’un quart de siècle durant, ont gouté sans retenue aux délices du pouvoir. Le grand défi de la Guinée et de l’Afrique dans sa démocratisation sera de parvenir à dépasser l’ethnie et à civiliser aux valeurs républicaines son armée concupiscente et ethnicisée à la solde du dictateur en place.
Dans ce macabre imbroglio qu’ils nous ont imposé de force pour s’accaparer les maigres ressources du pays, jamais autant la bassesse, le manque de scrupule, la voracité de richesses, la violence, l’avidité du pouvoir n’ont autant justifié pleinement leurs sens. Ô Ciel aide-nous ! Tous les maux ont atteint leur paroxysme. L’anxiété et le désespoir ont envahi les esprits, l’incertitude dans tous les cœurs, la mort si présente, l’implosion si proche ; la déchéance humaine - dans tous les sens - « n’équivaut plus à l’éclipse de la raison, elle est la raison d’être. »
Au nom du droit inaliénable à la protection, droit à la justice, du droit au bonheur, reconnus au citoyen par la constitution guinéenne et garantis par la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, j’accuse X de détournement et d’abus de pouvoir, de coups et blessures ayant entrainé mort d’homme, d’incurie dans l’exercice des obligations souveraines de l’Etat, d’irresponsabilité, d’enrichissement illicite, de vols de deniers publics, d’incitation à la haine et à la violence, de violences et de tortures à l’encontre d’une composante inséparable de la nation guinéenne (les Peuhls) en raison de son appartenance ethnique, de mise en danger d’un peuple aspirant librement à la démocratie et à son bien-être, de confiscation du pouvoir à des fins personnelles.
« Ils (les ennemis) peuvent couper toutes les fleurs. Mais jamais ils ne seront les maitres du printemps.»
A. Oury Baldé
Etudiant Guinéen en France.
Correspondant de yalosse.info
www.guineeactu.com