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Au fur et à mesure qu’on approche de la date fatidique fixée pour la tenue de la présidentielle, la fièvre électorale gagne les candidats et leurs militants, qui font feu de tout bois en cette période de campagne. Dans cette course effrénée pour le fauteuil, chacun des candidats déclarés y va de ses arguments.
ALPHA CONDE, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) figure parmi les favoris de ces joutes électorales.
Il est considéré comme l’opposant historique de l’échiquier politique guinéen, ayant pris goût à la chose politique alors qu’il était encore sur les bancs de la Sorbonne. Cet adepte de Nietzsche fut président de la Fédération des étudiants africains de France (Feanf). On lui reconnaît le fait d’avoir été parmi ceux qui ont payé un lourd tribut de la démocratisation en Guinée. Une lutte qui s’est soldée par un séjour en prison pendant plusieurs mois, avec des militants, qui ont eux aussi souffert le martyr, embastillés et gardés au secret au gré des humeurs de la soldatesque de Lansana Conté. L’esprit de sacrifice et la témérité qui constituent les traits de caractère des militants du RPG ont été considérés comme une force pour cette formation politique de gauche. Alpha Condé pêche cependant par le fait que son électorat soit composé quasiment de populations originaires de la haute Guinée, sa région d’origine. Ce fief du RPG étant devenu l’objet de convoitise de la part de Lansana Kouyaté, le leader du PEDN, lui aussi natif de la région. Sans compter que Lounsény Fall du Fudec, cet autre outsider est à l’affût, prêt à bondir à tout moment, pour rafler les électeurs indécis. L’émergence de Kouyaté pourrait également affecter l’électorat du RPG en Guinée forestière, où le parti comptait une certaine assise, il y a encore quelques années, à en croire un observateur vivant dans cette région. C’est dire que cette zone située au sud du pays, qui compte 15% de l’électorat national pourrait susciter un grand enjeu lors du vote du 27 juin.
Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG a connu une ascension fulgurante sur la scène politique et compte faire prévaloir cet atout pour s’imposer lors du scrutin du 27 juin.
Cet ancien Premier ministre de Lansana Conté a quitté le gouvernement sur la pointe des pieds, victime des intrigues des groupes de pression, qui pullulaient autour du président défunt. Une fois à la touche, Cellou Dalein Diallo fut alors adoubé par Bâ Mamadou, président de l’UFDG et doyen de l’opposition. Qui avait trouvé en lui un digne successeur, susceptible de représenter "dignement" son parti. Ce geste de Bâ Mamadou a permis de réconforter l’ancien Premier ministre, qui s’était heurté au refus des dirigeants de l’UPR de lui céder la présidence de cette formation politique qui était en proie à une querelle de leadership depuis la disparition de Siradiou Diallo en 2004. Et l’avènement de Dalein à la présidence de l’UFDG, a permis à ce parti, crée par des transfuges de l’UFD, d’avoir le vent en poupe.
Aujourd’hui, l’UFDG a fini par récupérer l’électorat de la moyenne Guinée, au grand dam de l’UPR, qui a du mal à se remettre de cette ascension de son rival.
Toutefois, le fait d’avoir longtemps collaboré avec le régime autoritaire de Conté, où la corruption était instituée en système de gouvernance, pourrait jouer contre Cellou Dalein Diallo. D’ailleurs, au niveau de certaines régions comme la basse Guinée, certains citoyens ne croient pas au projet de société qu’il a pour la Guinée.
Sidya Touré, le troisième du peloton de tête !
Le président de l’Union des forces républicaines (UFR) est perçu comme le troisième homme dans le peloton de tête, lors de ces joutes électorales. Sidya Touré, a en effet vite réussi sa reconversion politique, après avoir été évincé de son poste de Premier ministre en 1999. Il aura tout de même réussi à passer trois ans sur ce siège éjectable. Trois années durant lesquelles, Sidya s’est forgé une image d’homme intègre, doté d’un carnet d’adresses bien étoffé. Un atout pour sortir la Guinée de l’ornière. Avec l’eau et l’électricité desservies dans les quartiers de Conakry, en son temps, Sidya Touré a pu gagner la confiance de beaucoup de Guinéens. Mais des zones d’ombre demeurent toujours dans l’achat des groupes électrogènes destinés à la centrale électrique de Tombo. Une transaction qu’il avait pilotée lui-même au coût de plusieurs millions de dollars US. Ces détracteurs parlent eux, d’une grosse arnaque. Sans oublier que le refus du président de l’UFR de rendre le tablier, avant son limogeage avait fini par le faire passer aux yeux de l’opinion pour un opportuniste, soucieux simplement de la bonne marche de ses affaires, étant président d’une société ayant pignon sur rue dans la sous région.
Issu d’une minorité ethnique, contrairement aux deux leaders cités plus haut, le président de l’UFR passe pour un candidat ‘’ transversal». En Guinée forestière par exemple, il avait acquis de la notoriété au détriment du PUP, avant la prise du pouvoir par la junte. C’est l’avènement de Dadis, qui avait bouleversé l’ordre des choses.
Lansana Kouyaté, veut marcher sur les plates bandes du RPG.
Il n’a pas échappé à cette réalité qui voudrait que quasiment tous les anciens Premiers ministres de Conté, une fois à la touche, se taillent un costume de leader politique, pour tenter de conquérir le fauteuil présidentiel. Lansana Kouyaté dont la nomination à la Primature, au lendemain des convulsions de 1997 avait suscité beaucoup d’espoir chez les guinéens, finira par se heurter aux lobbies qui avaient pris Conté en otage. Freiné dans ses actions, Kouyaté se verra réduit à inaugurer des chrysanthèmes avant d’être débarqué. Mettant ainsi à rude épreuve le mouvement syndicaliste, qui s’était battu pour le porter à la Primature. Afin de contenir les dérives du régime de la deuxième république. Le fait de n’avoir pas pu tenir tête à Conté et son entourage, malgré le soutien des syndicats dessert Kouyaté, qui est considéré par certains de ses compatriotes comme un velléitaire. A cela, il faut ajouter le fait qu’il soit issu d’une région où le phénomène de caste est érigé en régime de gouvernance au sein de la société.
Dans cette ambiance qui frise l’homophobie, Kouyaté qui est issu d’une famille de griots, devra retrousser les manches pour convaincre.
Mais, comme avec le démon argent, on peut tout s’offrir ici bas, certains observateurs pensent que le leader du PEDN n’a pas à se triturer trop les méninges pour convaincre les électeurs, surtout ceux de la haute Guinée, une région qu’il compte bien s’offrir.
François Lounsény Fall, veut bien tenter sa chance lui aussi à cette présidentielle.
Il a pris énormément de temps avant de se décider à se porter candidat à la présidentielle du 27 juin. François Lounsény Fall qui préside aux destinées du FUDEC a dû céder à la pression de son entourage, pour se résoudre à prendre position dans les starting-blocks, à en croire des sources proches du parti.
Ayant sans doute jaugé le terrain, Fall aurait compris que quand c’est l’ethnostratégie qui a droit de cité, il est illusoire d’espérer produire un effet sur les électeurs, déjà alignés derrière un candidat, tout simplement parce qu’il est de la même région qu’eux. Néanmoins, le président des Forces vives s’est jeté à l’eau, espérant capitaliser sur la confiance qu’il a pu se tailler suite à sa démission en 2004, de la Primature. Un geste qui provoqua une onde de choc au sommet de l’Etat. Il était devenu impossible de travailler avec Lansana Conté, à cause de l’hostilité de l’entourage de celui-ci. On soupçonne l’homme d’affaire Mamadou Sylla, d’avoir précipité le départ de Fall, à cause de l’ascendant qu’il exerçait sur le président. Et quiconque tentait de remettre cette influence en cause, était frappé d’ostracisme.
Bah Mamadou Baadikko, le président de l’UFD ne démord pas.
L’Union des forces démocratiques (UFD), dont les transfuges ont créé l’UFDG est une formation politique qui mise sur l’élite pour mener la Guinée vers le changement. Son président Mamadou Bah Baadikko, doté d’une excellente culture politique, croit toujours en ses chances dans cette course qui s’annonce très serrée. Cependant, il aura fort à faire face aux poids lourds de l’opposition, dont les militants continuent de se livrer à des démonstrations de force, à longueur de journée, depuis maintenant des semaines.
Bah Ousmane, Comme le dernier des Mohicans
Il est déterminé à défendre les couleurs de son parti, dans ce vote, bien que l’UPR ne soit plus dans ses meilleurs jours. En effet, depuis la disparition de son président Siradiou Diallo en 2004, cette formation politique qui avait acquis de la notoriété au delà de nos frontières, souffre de querelles de chapelle, à telle enseigne qu’elle s’est vidée de ses militants au profit de l’UFDG.
Pendant que Bah Ousmane se débat pour sauver le navire contre le naufrage, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, lui, boit du petit lait. Vu tout ce monde qui traîne aujourd’hui derrière lui, signe de la ‘’ bonne santé ‘’ de son parti.
Les adversaires de Bah Ousmane qui ne lui font pas de cadeau, ont utilisé la répression du 28 septembre, comme une arme contre lui, pour le discréditer aux yeux de l’opinion.
En faisant croire qu’il avait ‘’ pactisé avec le diable». Son apparition aux côtés du chef de la junte à Labé a suffit pour illustrer cet argumentaire.
Une épreuve difficile à surmonter alors que la présidentielle approche à grands pas.
Parmi la quarantaine de candidats enregistrés au niveau de la Cour suprême, d’autres noms méritent qu’on s’y attarde. Comme celui d’Abe Sylla, de NGR, venu tout droit du pays de l’Oncle Sam, pour apporter son savoir faire, acquis dans les écoles américaines.
Cet homme originaire de la basse côte attire aussi des foules sur son passage, ayant une réputation de leader politique généreux.
Le président du groupe Futurelec Mamadou Sylla, lui, va porter les couleurs de l’UDG à ce scrutin. Perçu comme un homme d’affaire sulfureux par la plupart de ses compatriotes, Sylla n’en a cure. Son modèle, c’est maintenant OBAMA, le président américain, depuis la chute de Marc Ravaloramane, à qui il semblait s’identifier dans les temps. Ses détracteurs le trouvent ‘’ridicule». Mais le président de l’UDG espère bien se servir de son portefeuille bien garni, pour attirer des électeurs.
Dans ce lot des seconds couteaux, il ne faut pas oublier Aboubacar Somparé, du PUP, ancien parti au pouvoir qui veut sauver les apparences, malgré la brutalité de la chute, consécutive à la disparition du président Conté.
Un autre héritier vient jouer les figurants dans cette partie. Il s’agit de Mohamed Touré, fils de feu Sékou Touré, qui aura à défendre les couleurs du PDG-RDA. Il peut miser sur les suffrages de quelques nostalgiques, restés fidèles à AST.
On ne va pas clore ce dossier, sans faire un clin d’œil à la gente féminine, qui entend se faire entendre, avec des candidates, bien connues du public. Telle que Mme Rougui Barry, ancien ministre du gouvernement Komara. Cette "belle" dame, jouissait d’une grande popularité auprès des populations de Conakry, pour avoir posé des actes durant son passage à la tête de la mairie de Matam dans les années 90. Son bref séjour au sein de l’équipe de Dadis et son ‘’indifférence», suite aux massacres du 28 septembre, alors qu’une centaine de femmes avaient été violées, lors de cette expédition punitive, ont révélé le vrai visage de RBB, selon ses détracteurs.
Saran Daraba, également ancienne ministre de Conté, veut s’essayer en politique. Elle a un profil intellectuel qui ne souffre d’aucune contestation, mais en politique, cela ne suffit pas souvent, il va falloir faire prévaloir d’autres arguments, surtout quand on veut briguer la magistrature suprême.
Maintenant que la liste des candidats est close, et que la campagne suit son court, c’est vers la CENI que l’attention se focalise où on s’active, afin de pouvoir distribuer les cartes d’électeurs avant mi juin.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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