On les a tous vus à l’œuvre. Certains nous ont promis monts et merveilles mais ils ont fini par abuser de nous. D’autres, plus pragmatiques et endurants ont résisté pour ... plaire à Conté et prendre goût à la mangeoire. Il y en a eu qui ont tout simplement tourné le dos au peuple, alors qu’on avait tant besoin de leur aide. Ces anciens PM-là, ont aujourd’hui de drôles d’atouts pour occuper le fauteuil de Sékhoutouréya. Zoom !
Quatre anciens PM de Lansana Conté sont actuellement tous en embuscade pour emprunter le chemin de Sékhoutouréya. Chacun d’entre eux est derrière un courant politique qu’il cherche à enraciner. La lutte a l’air d’être corsée. On consulte à l’intérieur, à l’extérieur du pays pour ratisser large l’électorat. Seulement, ces PM-là, ont été vus, observés, acclamés. Mais tous ou presque ont fini par décevoir. Ils reviennent actuellement à la charge pensant que les plaies qu’ils ont laissées se sont cicatrisées. Voyons plutôt.
François Loncény Fall
Le dernier à entrer dans l’arène politique en qualité d’ex-PM a abandonné sa patrie au moment où ses compétences et relations étaient bien sollicitées par le pays. Mais, faute de flexibilité et de pragmatisme, il a déposé, étant très loin de sa Guinée, sa démission du poste de PM. Le motif était dit-on, son impossible cohabitation avec le défunt président. Lequel était pris en otage par une bande d’opportunistes, d’intrigants et de cadres véreux dont le seul objectif était de se tailler partout la part du lion. C’était un faux argument nous révèle-t-on plus tard. Car l’homme qui préside actuellement aux destinées du FUDEC a manqué d’astuces et de savoir-faire. De quoi inspirer l’inquiétude quant à un échec programmé. Qui pourrait donc voter pour cet imprudent, plus diplomate que technicien, fût-il porte-parole des forces vives s’éteignant au fur et à mesure que la présidentielle approche ? Bon Dieu ! On accusera à coup sûr le système alors en place. François Loncény Fall est-il donc excusable ? La réponse est attendue au soir du 27 juin.
Lansana Kouyaté
Le griot qui a fière allure. Il est issu des convulsions populaires de janvier et de février 2007. Précédé donc d’une forte capacité de sortie de crise, cet homme s’est révélé de l’avis de ses détracteurs, plus affaire-man que messie. Dès son arrivée en effet, il s’est perdu dans des promesses qui seront à elles seules une véritable prison pour lui. Qui peut donner à la ville de Conakry eau et électricité en trois mois quand on sait qu’il y a des quartiers qui ne se rappellent plus la date de la dernière goutte d’eau du robinet ? Kouyaté était allé vite en besogne. Ainsi, acclamé partout comme un sauveur, ce PM dit des obliques dossiers de BNP Paribas, des marchés gré à gré, des hôtels et des avions privés, etc. sera vite ‘’lapidé’’ par certains jeunes de la haute banlieue, le poussant même à changer d’itinéraire pour éviter les jets de cailloux en guise de réclamation d’eau et d’électricité. Il est resté Premier ministre, chef du gouvernement de consensus pendant 15 mois avant d’être limogé le 20 mai 2008. Reparti pour Abidjan où il était, ce PM a créé le parti de l’espoir et du développement national (PEDN).
Il était de ceux-là qui ne souhaitaient pas que les élections se tiennent en 2009. Pour le secret motif nous dit-on, d’implanter son parti à Conakry et à l’intérieur du pays. Sa présence au palais, à l’appel du président du CNDD, alors que l’ensemble des forces vives avait convenu de rester à la maison, a été, on se le rappelle, diversement interprétée. Lansana Kouyaté relevait, tranchant : « Pour 2009, la position de mon Parti n'est pas cachée. Depuis l'aube même de ces discussions, nous avons dit que nous ne pensons pas que techniquement, il soit possible d'organiser des élections en 2009. » Et de poursuivre : « Les forces vives ne sont pas un bloc monolithique. J'ai toujours pensé que comme un groupe de partis, l'initiative propre, la personnalité propre des partis, ne doit pas s'estomper devant une décision qui refléterait la pensée unique. (…) Pour l'instant, il n'y a pas eu de synthèse au niveau des forces vives. Donc nous trouvons qu'il n'est pas opportun de bouder une quelconque réunion tant que nous mêmes nous n'avons pas fait la synthèse de ce travail », explique Lansana Kouyaté dans la presse.
Aujourd’hui, dès qu’on parle de Lansana Kouyaté, on voit certes ses lampadaires solaires, mais aussi et surtout le fonds de la jeunesse (deux milliards GNF), ses accointances avec le président Khadafi qui est loin d’être un modèle de démocratie en Afrique, le dossier BNP Paribas, le projet coton, etc. Il a certes tenté de lever l’équivoque, mais ne semble pas convaincre. Surtout quand on se rappelle les autres révélations de Chantal Colle : « Lansana Kouyaté, dans le dossier de l'électrification de la ville de Conakry avec les panneaux solaires, avait déclaré qu'il avait accordé le marché à 2 millions de dollars, alors qu'en réalité, c'était un marché de 23 millions de dollars qu'il a donné. (...) Il a promulgué un arrêté de cession des murs et des fonds des actifs hôteliers à la Libye pour 2,5 millions de dollars alors que le Novotel de Conakry à lui seul valait 15 millions d’euros. L’opération a finalement été annulée par un décret présidentiel ». Et d’ajouter : « Entre février 2007 et février 2008 il y a eu des dépenses qui n’honorent pas ceux qui prétendaient venir réduire ces dépenses. Si on prend Sidimé, Fall et Cellou, tous les trois réunis n’ont pas utilisé en dix ans, autant d’avions privés que le ministre Lansana Kouyaté. Ils se contentaient de se souvenir qu’ils étaient ministres de neuf ou 10 millions de citoyens et prenaient des billets en business class. Ils partaient en mission et revenaient sans femme, sans enfant, sans chien et sans cuisinier. »
Ces chiffres sont tout de même difficiles à vérifier. C’est pourquoi, il faudra au leader du PEDN des gages solides pour s’attirer davantage le reste de l’électorat qu’il se dispute ardûment avec Alpha Condé et bien d’autres. Lui aussi était-il victime du système ? Oui, pourrait-on répondre. Donc bénéficie-t-il de circonstances atténuantes surtout quand on sait qu’il avait organisé des audits dont les montants détournés donnent des maux de tête ?
Cellou Dalein Diallo
Venu aux affaires après huit mois de vacance du poste du PM, l’homme de la longévité gouvernementale, synonyme chez des adversaires d’enrichissement illégal, a lui occupé de nombreux juteux postes ministériels. En 2007 Cellou prend la direction du parti de l’union des forces démocratiques de Guinée. Avec sa hantise dans l’attribution de la licence à la Sonatel pour des raisons peu ou pas du tout connues de l’opinion, Dalein sera victime de la lutte des clans qui gravitaient autour du vieux général malade pour le contrôle de la Présidence dont Fodé Bangoura était passé maître dans l’art. 16 mois après, il sera révoqué le 05 avril 2006, au lendemain des décrets et contre décrets à propos de la formation de son gouvernement mort-né, quasiment ressuscité juste après l’arrivée tout dernièrement de Tidiane Souaré, son alter ego. Les accusations portées contre Cellou aujourd’hui sont celles qui brisent une carrière. Taxé par ses détracteurs d’ ‘’ethniste’’, de prédateur de l’économie nationale, cet homme-là se bat pour une cause perdue, rassurent-ils. Malmené au lendemain de la prise du pouvoir par le CNDD par des ‘’éléments incontrôlés’’, peu supporté par le chef de la junte d’alors, inimitiés avec l’UPR, accusé d’enrichissement illicite, pris pour principal acteur de la vente d’Air Guinée, etc.
Cellou Dalein Diallo aura fort à faire pour se débarrasser des taches noires supposées ou réelles qui le suivent depuis des lustres. Mais il reste en lice pour la présidentielle. Etait-il réellement victime lui aussi du système qu’il a d’ailleurs servi avec autant d’années ? Si Lansana Conté pouvait répondre à toutes ces accusations portées contre lui ! L’accusé ne pourrait hélas plus témoigner. Comme quoi cet autre favori est-il excusable ?
Sidya Touré
Il est resté Premier ministre de 1996 à 1999, en qualité de simple coordinateur de l’action gouvernementale. Il a vite imposé sa ‘’sydiatisation’’ qui a du reste fait des effets appréciables. Sa mission était essentiellement économique. Après avoir entamé quelques réformes et accompagné le feu Président Lansana Conté dans la campagne électorale pour la présidentielle de décembre 1998, l’homme sera destitué en début d’année 1999. Il aura été le premier ex-PM à faire sa rentrée en politique dans les années 2000. Il est actuellement le président de l’UFR (Union des forces républicaines), le seul courant politique jusqu’à une date récente, censé mettre en place un gouvernement digne du nom : il n’était entouré que de grands intellectuels. Mais cette ascendance ne fait pas de lui un super candidat.
On révèle ici et là de grandes déviations sous son règne qui nécessiteraient des audits. Info ou intox ? En tout cas lui-même demande au CNDD d’engager des audits pour tous les PM de Lansana Conté. Comme peut-être pour noyer le poisson et remettre sur la table les dossiers maffieux de ses prédécesseurs.
Loin d’être exhaustif, ce décryptage sur les anciens PM du régime défunt en dit long sur ce que le peuple pense de ceux qui veulent le gouverner dans les prochaines années. Ce peuple-là se prononcera le moment venu et des surprises, il y en aura très certainement. Mais déjà certains vont s’offusquer à la lecture de ces drôles d’atouts pour les PM. Tant mieux. L’essentiel est de savoir que l’électorat guinéen a bien mûri politiquement. Donc pas question de l’haranguer et de lui ‘’voler’’ les suffrages. Ça ne tient plus ! Qui avait dit déjà : « Aucun ancien Premier ministre ne pourra s’en sortir. Pour être Président de la République, il faut avoir un passé propre. C’est pour cela que nous allons faire les audits avant les élections. Je vais très vite interpeller d’abord tous les anciens premiers ministres, puis les ministres » ? Cette déclaration qui avait l’allure d’une menace émane d’un certain Moussa Dadis Camara. Le capitaine aux sautes d’humeur maladives. Manœuvre politique ou sage prédiction ? A chacun d’y réfléchir.
Quant aux ex-PM, il faut voter pour eux. Car, ils attribuent tous à tort ou à raison, leur échec au système Conté. Voilà aujourd’hui que ce système n’existe plus. Seront-ils réellement aptes à nous faire rêver une fois au pouvoir. On croise les doigts !
Thierno Fodé SOW
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