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Louncény Camara n’était pas privé de ses droits civiques, à l’image de son ancien collaborateur El hadj Boubacar Diallo. Mais, vu l’influence qu’il a sur la CENI, l’homme qui a le plus fait parler de lui était durant l’entre-deux tours, on l’a compris, était toujours au plus près de Siaka Sangaré. Un fait qui a du coup suscité de nombreuses interrogations auxquelles le Malien a dû faire face, sans trop convaincre les plus sceptiques.
Pourtant, explique-t-il ces dernières 72 heures « C’est encore le fruit de l’imagination de beaucoup de gens. Quand j’ai été nommé à la tête de la CENI, j’ai essayé de ramener la cohésion au sein de l’institution. À cet effet, j’ai convoqué les deux vice-présidents pour qu’ils se mettent d’accord et cela a été une réussite totale, et j’en ai été comblé. Parce que les deux se sont pardonnés et se sont mis à mon service. Le fait que j’étais toujours avec Louncény Camara à la publication des résultats n’a rien à voir avec la fonction qu’il a assumée. Louncény et Hadja Mame ont toujours travaillé avec moi. Pour toutes les décisions que je prenais, je les consultais. Louncény ne s’est jamais substitué à moi pour prendre une quelconque décision. Mais, il faut savoir que c’est le même décret qui a nommé Louncény, Hadja Mame et moi. Aucun d’eux n’a eu plus de prérogatives que l’autre. » Cette explication n’a pas trop convaincu certains observateurs, notamment ceux très proches de Cellou Dalein Diallo qui ne voulaient pas du tout voir Louncény Camara rôder autour de la CENI, au risque d’altérer le processus. Ils ont été sidérés d’apprendre le départ vite récusé de Mame Camara pour Dakar afin de superviser le second tour.
Sauf que l’annulation de cette affectation n’aura rien changé puisque la dame n’était pas visible auprès du Malien. Cela ne change en rien, a toujours rassuré le général Siaka Sangaré. Car, « Nous avons travaillé en toute indépendance et en toute sincérité. » Peut-être et ce, dès lors que des représentants des deux finalistes du second tour étaient impliqués dans tout le processus. Et c’est tant pis pour les myopes et tant mieux pour les espiègles ! Du moins, c’est l’argument avancé à tout bout de champ par le patron de la CENI. Comme pour manifester sa sincérité.
Est-ce qu’il fallait faire travailler le gens le jour de la fête ?
Seulement, voilà que l’examen des requêtes de Cellou Dalein Diallo fait encore grincer les dents et Siaka Sangaré s’en défend : « On n’a pas refusé d’examiner les requêtes. Nous avons reçu une lettre de l’Alliance Cellou demandant de surseoir à la publication des résultats provisoires. Nous avons pris acte de cette demande. On était tout à fait partant pour le report. Nous avons fait des démarches auprès de la Cour suprême, qui n’ont malheureusement pas abouti. Vous savez, il y avait un délai légal que nous devions respecter et il était arrivé à expiration. » Jusque-là sans réaction, Alpha Condé lui, exige la proclamation des résultats. « La CENI n'est pas un tribunal de première instance. Le délai légal court jusqu'à midi. Nous exigeons la proclamation des résultats. Je suis gagnant car j’ai gagné 4 communes sur 5, presque toutes les circonscriptions de la Basse Côte, etc. Nous avons signé (NDLR, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé) un protocole d'accord où chacun de nous devait envoyer ses assesseurs dans l'ensemble du pays et porter plainte devant la Cour suprême en cas de contentieux. Le délai légal court jusqu'à ce lundi à midi. Nous exigeons la proclamation des résultats. » La pression monte sur la CENI.
Et qui est derrière cette manœuvre ? Réponse de Siaka Sangaré : « On raconte que c’est Louncény Camara, le Premier ministre Jean-Marie Doré et le général Sékouba Konaté qui ont refusé que la publication des résultats provisoires soit reportée. Encore une fois, nous n’avons reçu aucune interférence venant de qui que ce soit. Ni Konaté, ni Jean-Marie Doré ne se sont mêlés de cette affaire. » Trois à quatre jours ont été pris par la CENI sans trop savoir ce qu’elle faisait. Et il parait que la Tabaski a joué sur le calendrier. Siaka se justifie : « On a publié les résultats provisoires lundi, mardi c’était la fête de Tabaski. Est-ce qu’il fallait faire travailler le gens le jour de la fête ? Non ! Par respect pour les musulmans, je n’ai pas voulu faire travailler les gens le jour de la fête. Le mercredi, tout le monde s’est retrouvé, nous avons mis de l’ordre dans tout ce que nous avons fait, nous avons regroupé toutes les pièces qui devaient être envoyées. Nous devions envoyer le mercredi même, mais comme il y avait le couvre-feu, les gens sont rentrés plus tôt que prévu. Le jeudi, je me suis déplacé personnellement pour les remettre au Président de la Cour suprême. » C’est donc à cause de la légèreté des arguments avancés que certains doutent toujours de la neutralité et surtout de l’indépendance de Siaka Sangaré. Et cela se révèle aujourd’hui avec son « On m’a menacé de mort » paru dans un journal malien, ‘’Nouvelle libération’’. Selon cet hebdomadaire d’informations générales, du 22 novembre, Siaka Sangaré aurait dit à des interlocuteurs qu’il « n’avait pas de choix et qu’il fallait publier les résultats ». La lecture de cet article qui rapporte des sources de confrères, confirme, on ne peut plus, que le président de la CENI était sous une forte pression.
En attendant de démêler l’écheveau, le Malien, lui, est en passe de trouver une autre promotion chez lui car il est pressenti pour présider aux destinées de l'Agence générale aux élections (AGE), calquée sur le modèle ghanéen et qui sera chargée de gérer désormais tout scrutin dans le pays.
L’œil de Guineeactu.com
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