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A quelques mois des élections, on cherche encore étrangement, celui qui incarnera le véritable phénomène animal politique pouvant avec maestria, adresse et audace briguer Sékhoutouréya. Loin des faiseurs de rois, ces courtisans et intrigants de la République.
Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour voir enfin le peuple meurtri de Guinée vivre dans un pays normal où l’on aura réinventé la vraie démocratie ? Une lancinante question qui devrait peut être trouver de réponse avec les cartomanciens de Pirée ou de Constantinople.
La Guinée est en effet bien malade de ses hommes et de ses richesses minières. Ce petit quelque chose pour autant de fascinant ! Faut-il mettre les mains sur la tête et en pleurer toutes les larmes de son corps ? C’est la pire des solutions envisageables, nous dirait-on. Faut-il tourner le dos à la foire d’empoigne connue et reconnue des requins de l’administration publique et privée, comme pour légitimer les dérives historiques ? Ce n’est non plus l’option la plus viable.
Décidément donc, le sort réservé à la Guinée ne saurait trouver de lendemains meilleurs ! Et dans ces circonstances peu tenables que ce pays a été géré, pillé, morcelé, vendu, exproprié, etc. par des Guinéens au patriotisme chancelant, à la décadence morale sans précédent. De longues années durant, on tord le cou à la démocratie dont on a tant aspirée. Aujourd’hui, on rêve d’une Guinée nouvelle. D’une Guinée qui fait déjà face actuellement à une formidable envie de changement de politique, de génération, de visage. Cette Guinée-là a vraiment trop souffert, traumatisée par des massacres à la pelle, de pénuries de tous genres. Même de morale ! Il est donc temps de réinventer une nouvelle Guinée. Avec aux commandes une incroyable jeunesse cultivée, responsable et patriote.
A quelques mois des élections, on cherche encore étrangement, celui qui incarnera le véritable phénomène animal politique pouvant avec maestria, adresse et audace briguer Sékhoutouréya. Loin des faiseurs de rois, ces courtisans et intrigants de la République qui ne pensent qu’à eux-mêmes et à leurs familles. Au mépris de ce qui fait de notre devise : Travail -Justice- Solidarité. La Guinée a plutôt besoin d’un leader toujours en avance de quelque chose sur le reste de la nation. Car ce pays-là n’est pas du tout difficile à gérer. Il suffit d’avoir un certain courage et un certain patriotisme collectifs. On peut, somme toute, produire ce label en Guinée. Où cette étrange démocratie a été rongée par des loups et des lobbies. Ce label-là donnera ainsi à ce pays de l’ouest africain, une allure de jeunesse, de décomplexée, ouverte sur le monde. Mais qui sera cet homme parmi toute la kyrielle d’aspirants qui s’agitent ici et là en Guinée ?
A les interroger, tous risquent de lever le doigt. Et d’enchaîner des discours populistes ; se piégeant complètement de fait, en pensant écarter l’idée selon laquelle les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes. Or, tous les leaders politiques actuellement dans le starting-block, s’ils ne se mangent pas entre eux, ils se jettent des tomates pourries ou tout simplement se mettent au retrait et se muent en spectateurs de la scène politique dont le seul maître à bord, reste le capitaine Dadis. Un homme dont les ambitions pour 2010 se dissimulent à peine avec la succession des mouvements de soutien pour rallonger le passage à la tête de l’Etat. Réussira t-il à drainer l’électorat surtout que celui qui te dit d’acheter un cheval ne t’aidera jamais à le nourrir ?
Ce n’est pas si évident : la pression intérieure et extérieure est forte. Même s’il a ouvert nombreux chantiers au goût d’inachevé. Ses chances s’amenuisent d’ailleurs tous les jours que Dieu fait. Au-delà donc de toute la démagogie concoctée par d’incurables opportunistes, l’actuel président du CNDD ne saurait être favori. Peut-être... tocard. Pour des raisons exogènes majeures.
Et cette cohorte d’anciens PM ? L’on n’est pas non plus mieux loti. En effet, ces PM-là, ont été vus, observés, acclamés. Mais tous ou presque ont fini par décevoir. Ils reviennent donc actuellement à la charge pensant que les plaies qu’ils ont laissées se sont déjà cicatrisées. Erreur ! Certes, ces derniers temps Cellou Dalein Diallo (UFDG) s’est illustré par une sortie fracassante dont on parle encore. Cela ne le dédouane pour autant pas. Lounceny Fall (FUDEC) aussi sur les ondes des radios étrangères se fraie du chemin. Après Kouyaté (PEDN). Cependant, avec les audits évoqués - soit pour tout simplement disqualifier les plus potentiels, soit pour intimider ou donner de bonnes leçons de gestions orthodoxes des biens de l’Etat -, certains risquent de faire fausse route, si et seulement si ces audits sont minutieusement menés et engagés à l’approche de la présidentielle. Quoiqu’il en soit, sont-ils une gageure pour la junte ? Réponse sans équivoque de Dadis Camara le 19 août: « Les anciens PM ne pourront pas s’en sortir ». D’autres voix dont celles de la classe politique s’élèvent pour enfoncer le clou et réclamer l’audition des anciens PM avant les joutes électorales.
Quant aux autres leaders politiques, ils sont taxés d’être un peu au retrait : Alpha Condé, Baadiko, Bah Ousmane, Mamadou Sylla, etc. Jean-Marie Doré, quant à lui, avec cette affaire de commission ad hoc, a été bien actif pour produire un document ... à contre verse. Le jeune Mouctar Diallo des Nouvelles forces démocratiques, lui, multiplie ses sorties à l’emporte pièces pour taper sur tout ce qui empêche de tourner en rond.
La première victime, ses propres collègues politiques : « La plupart des leaders politiques n'ont pas de programme et ne comptent utiliser le pouvoir que pour s'enrichir et enrichir les membres de leurs familles. » Puis, des Imams affairistes : « Les imams nous font honte et font honte à la religion musulmane. » Mais aussi la société civile dont il doute l’efficacité: « N'est pas leader d'opinion qui le veut. On voit des gens ou de petites associations qui s'autoproclament membres de la société civile», peste le leader des NFD avant de condamner les faiseurs de roi : « Ce Mouvement Dadis est pire que les Cosalac et les Mosalac que nous avons connus sous le régime du Président Conté. Il faut absolument que cela soit dénoncé et condamné. »
Après donc une petite lecture de la scène politique, une question reste toujours en suspens : quel homme pour Sékhoutouréya ? La réponse, à la fin janvier prochain. En attendant, la pagaille continue en Guinée où avec le régime militaire, la sécurité des citoyens est le cadet des soucis de la junte au pouvoir. Cela se comprend car la politique en Guinée est devenue un espace pour tout dire et ne rien faire : un cirque ridicule où tous les hommes jouent le clown. On redoute tout de même un historique ‘’vote-sanction’’ en 2010. Le tout accentué par le fait qu’aucun leader politique ne suscite encore d’adhésion transversale susceptible de transcender les clivages ethniques !
Qu’on troque donc son treillis, qu’on soit en costume ou en boubou amidonné, les tares congénitales du défunt régime continueront d’imprégner les mentalités. Ça promet plutôt !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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