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« Le droit de vote n’est pas seulement un acte d’exprimer une voix, c’est aussi un symbole d’appartenance à un peuple dont on veut forger le destin. Au nom de ce besoin sociologique de participer à l’émergence d’une nation démocratique en Guinée, il n’est point besoin de démontrer que soustraire une partie du peuple au choix éclairé n’est pas une solution de sagesse. »
Ce coup de cœur de Mouctar Diaby vivant loin des frontières guinéennes est manifestement largement partagé par les nombreux autres Guinéens disséminée à travers le monde et dont le nombre constitue à lui seul une énigme. En effet, dans quelque cinq mois maintenant, la Guinée pourrait basculer vers le gotha des pays normaux. Ce, à travers la tenue enfin des joutes électorales, notamment la présidentielle dont la date a été déjà projetée : 27 juin 2010. Cette consultation électorale qui doit mettre fin au régime d’exception imposé aux Guinéens depuis la disparition du vieux général Lansana Conté s’effectuera sans la participation effective des Guinéens vivant à l’étranger. Discrimination planifiée ? Dénis du droit à la démocratie ? Insuffisance de financement pour réaliser des recensements adéquats ? Temps court pour les recenseurs? Mauvaise organisation des Guinéens de la diaspora ? Des questions et d’autres que l’on se pose depuis cette fin de la semaine dernière. Tant à l’intérieur de la Guinée qu’au-delà. La non participation des Guinéens au choix de celui qui doit présider aux destinées de leur nation agace plus d’un ‘’expatrié’’.
A leur niveau, personne n’a trouvé la réponse aux questions multiples posées çà et là. Seulement, tous ou presque pointent du doigt Ben Sékou Sylla, le patron de la Commission nationale électorale indépendante (CENI). Lequel a pour autant dit avec ‘’Mais’’ que : «…Oui on peut aller aux élections dans le délai imparti (6 mois) mais, il faut que le président par intérim le général Sékouba Konaté et le premier ministre Jean Marie Doré prennent une décision politique pour sensibiliser nos parents qui vivent à l’extérieur à ne pas voter aux présidentielles… Il faut que nous puissions leur dire que nous allons continuer à les recenser, mais on ne peut pas les conduire aux prochaines échéances électorales. Ils pourront voter pendant les législatives ». Loin de s’avouer alors vaincu, le président de la Ceni se défend : « La distance et les coûts de transports entre les lieux de recensement (Ambassade et Consulats), sont entre autres facteurs qui font qu’on n’a pas pu recenser plus de 56 215 personnes dans les 17 identifiés pour le recensement des Guinéens de l’étranger … On spécule trop sur le nombre de Guinéens vivant à l’extérieur, il y en a qui disent trois millions, d’autres cinq. Mais, personne ne connaît le nombre exact. Parce que, la plupart d’entre eux vivent dans la clandestinité.… Certains sont sans- papiers et ils ne sont pas autorisés à sortir, d'autres sont dans des camps, d'autres aussi ont jeté leurs papiers, au point que les pays d'accueil se demandent de quelle nationalité ils sont. D'autres enfin sont arrêtés».
Archi faux, rétorque t-on partout. La fièvre monte et des compatriotes, notamment de New York jurent n’avoir point vu des agents recenseurs aux lieux et aux heures indiqués. « En lieu et place des hôtels, les recenseurs venus ont préféré se faire loger par des parents et amis. C’est pourquoi, quand tu viens, il y a toujours un élément qui manque. Là-bas ce n’est pas comme quitter Dixinn pour Kaloum à des heures tardives. Nous, nous n’avons pas pu nous enregistrer à cause de la pagaille qui caractérisé le recensement», peste un compatriote actuellement au pays pour des problèmes de famille. Ce Guinéen vivant à Brooklyn aux USA témoigne avoir vécu une volonté délibérée des autorités de la Ceni à bâcler les consultations électorales. « C’était tout simplement un gâchis, une mascarade de recensement », a conclu notre compatriote qui ne nie cependant pas le manque d’organisation de la diaspora guinéenne. Une opinion partagée avec certains Guinéens souvent entre deux avions.
Ce qui est évident, de nombreuses organisations de Guinéens existent en Europe, en Afrique, en Asie, etc. Cependant, elles peinent à se fédérer pour rapatrier des fonds, constituer un contrepoids aux dérives totalitaires des régimes qui se sont succédé ou aux décisions avérées d’écarter des Guinéens au processus de développement de la Guinée. C’est certainement à cause de tout cela que la diaspora n’a pu être de l’équipe du gouvernement de transition afin de défendre réellement les principales préoccupations de Guinéens de l’étranger. Ne serait-ce qu’apporter une certaine embellie à nos comateuses représentations diplomatiques. Ce n’est toutefois pas une raison de se cloîtrer à Bruxelles ou à Paris pour s’attendre à recenser tous les Guinéens vivant en Europe, encore moins de retrancher à Pékin pour enregistrer nos compatriotes, se rebiffer à Grand Bassam pour s’attendre à des Guinéens du Kenya, etc. Il est alors question de revoir la stratégie de recensement : jouer sur la proximité et impliquer les présidents d’associations partout où cela existe. Cela vaudrait mieux que d’évoquer des ‘’sans-papiers’’ comme si c’est un phénomène inédit et propre à la Guinée.
On conviendra donc que du tact et de la manière ont manqué à la Ceni et à la diaspora afin qu’on en finisse complètement avec ces vieux démons : facilité, mascarade et supercherie à haute échelle. Comme quoi, le chemin reste encore long, escarpé et semé d’embûches. Chacun nourrit néanmoins le secret espoir de voir de grandes conclusions sortir des rencontres inter guinéens projetées ici et là dans le cadre de l’amorce imminente d’une nouvelle ère démocratique en Guinée porter fruit et renverser la Guinée dans le fleuve tranquille de la démocratie réelle.
Thierno Fodé SOW
www.guieeactu.com
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